Agriculture : « La réponse politique au réchauffement climatique est parasitée par ceux qui le croient naturel »
Dans une tribune, Christophe Gatineau, agronome spécialiste des agricultures dites innovantes telles que la permaculture et l’agroécologie, revient sur les conséquences de la sécheresse pour l’agriculture.
Une crise de l’eau sans précédent touche la France. Les causes sont connues : le réchauffement climatique et une augmentation faramineuse de la consommation, tant agricole et industrielle qu’individuelle. Or, contre toute attente, le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, a argué le 11 avril dernier, lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, que le réchauffement climatique était naturel. « Le réchauffement climatique est une réalité qui n’est pas politique, mais naturelle » a-t-il déclaré. Un avis qui rejoint celui des 43 % de Français qui nient ou minimisent l’impact de nos activités sur le climat, d’après l’OCDE. Une stratégie qui permet au ministre de parler aux sceptiques tout en affaiblissant la parole scientifique. De surcroît, dans un contexte où 13 % des Français croient que le réchauffement climatique n’existe pas. Mais le bouquet, c’est cette étude de l’IFOP qui confirme que 35 % des Français sont séduits par les contre-vérités scientifiques.

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Publiée le 13 avril dernier, cette étude pointe que 29 % de nos concitoyens pensent réellement que le réchauffement climatique est un phénomène naturel. Du petit-lait pour les multinationales des énergies fossiles. C’est naturel, on n’y peut rien… c’est la volonté de Dieu, celui qui gouverne la Nature. Selon un sondage Gallup, 40 % des Américains rejettent la théorie de l’évolution des espèces et croient que l’homme a été créé tel qu’il est par Dieu. Ces mêmes 40 % considèrent la Bible comme une source d’information plus fiable que la science !
Haro sur la science
« Je ne serai pas le ministre qui abandonnera des décisions stratégiques pour notre souveraineté alimentaire à la seule appréciation d’une agence », a déclaré Marc Fesneau lors du 77e congrès de la FNSEA à Angers, fin mars. Il pointait du doigt l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), la référence en matière d’expertise scientifique indépendante, un service public placé, entre autres, sous sa tutelle !
Certes, le ministre s’est défendu d’avoir voulu remettre en cause son expertise, mais il l’a quand même livré en pâture. « L’ANSES n’a pas vocation à décider de tout… sans jamais penser aux conséquences pour nos filières », a-t-il déclaré au sujet de l’agence qui projette d’interdire le S-métolachlore, un herbicide polluant gravement les eaux souterraines et potables. Or, en la dénigrant, le ministre poursuivait un autre objectif : réhabiliter la balance bénéfice-risque qui a du plomb dans l’aile depuis la loi d’avenir pour l’agriculture de 2014. Une balance qui dit : si les bénéfices commerciaux sont grands, le risque peut être pris ! Tant pis pour l’environnement et la santé publique, une posture en totale contradiction avec les missions de l’Agence.
Mais le 20 avril, à la suit d’une négociation avec Matignon la veille, l’Agence décide d’interdire totalement l’herbicide en question fin 2024 ! Ce qui donne suffisamment de marge au gouvernement pour ajuster la loi et interdire l’interdiction, la Première ministre ayant déclaré le 28 février lors du SIA : « Je veux être claire : en matière de produits phytosanitaires, nous respecterons désormais le cadre européen et rien que le cadre européen. » Et dans l’UE, aucune interdiction en vue pour le moment.
L’eau : le remède et le poison
L’eau et les gaz à effet de serre sont à la fois bénéfiques et nuisibles, car l’eau est également un gaz à effet de serre (GES) sous forme gazeuse : la vapeur d’eau. Et selon le principe de la dose qui fait le poison, la bonne dose d’eau et de GES fait la vie sur notre planète, tandis qu’une quantité excessive ou insuffisante d’eau ou de GES entraîne mort et désolation. Sécheresses et inondations pour l’une, canicules et sols gelés pour l’autre. De plus, la productivité des sols nourriciers est également asservie à la bonne dose d’eau et de GES. Tous les déserts naissent de sols gelés, déshydratés ou salés.
La sécheresse est au départ un manque de précipitations : il pleut peu ou pas ! Une situation qui a un impact sur les sols et le niveau des cours d’eau. À l’extrême, on parle de sécheresse agricole quand les plantes n’ont plus d’eau et que les sols sont secs en profondeur. Ne pouvant pas faire de réserves, l’eau étant pour les plantes aussi vitale que l’oxygène pour les humains, elles peuvent mourir en quelques heures.
Il y a enfin la sécheresse souterraine, quand les nappes phréatiques sont basses. Selon les experts hydrologiques du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), le niveau actuel des nappes indique un risque très élevé de sécheresse estivale. À la surprise générale, c’est l’agriculture sans eau ajoutée qui a fait le buzz en 2022, l’année des sécheresses et canicules ! À l’exemple de ce maraîcher des environs de Paris qui a dit cultiver sans arroser. Sa vidéo a fait plus d’un million de vues… No comment. Alors, en ces temps où le mythe du jardin d’Éden fait encore rage, et désespoir, il n’est pas inutile de rappeler l’importance de l’eau pour les plantes.
Manger par les pieds, quelle drôle d’idée, d’autant plus que les plantes et les arbres mangent en « buvant » ! Animal, végétal, deux modes d’alimentation radicalement différents : les uns mangent par la tête, les autres par les pieds ! La plante boit pour se nourrir, réguler sa température, faire circuler son « sang », capturer le CO2 et le transformer en oxygène et en glucose pour se développer. La plante est assignée à boire tout au long de sa vie, et si elle manque d’eau, elle stresse parfois jusqu’à rendre l’âme. Et bien qu’elle puisse survivre avec très peu, comme un animal peut survivre avec la peau sur les os, elle perd sa fonction nourricière. En conclusion, la réponse politique au réchauffement climatique et la crise de l’eau qu’elle induit, est aujourd’hui parasitée par les « négationnistes climatiques » et ceux qui croient que son origine est naturelle. Tout cela au préjudice de la science, du bon sens et d’un monde durable.