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« Souvent la foule trahit le peuple »

« Souvent la foule trahit le peuple ». Cette formule de Victor Hugo trouve un écho sensible dans les
propos du président Macron : « L’émeute ne l’emporte pas sur les représentants du peuple, et la
foule n’a pas de légitimité face au peuple qui s’exprime souverain à travers ses élus ». Une manière
un peu méprisante de rappeler son credo démocratique déjà formulé lors de ses vœux du 31
décembre 2018, après l’épisode des gilets jaunes : « Le peuple est souverain. Il s’exprime lors des
élections. Il y choisit des représentants qui font la loi précisément parce que nous sommes un Etat de
droit ». Est-il juste de résumer la démocratie à la représentation nationale et au vote majoritaire
périodique ?
Si le peuple est souverain, ne peut-il pas choisir de s’exprimer également par d’autres voies ? La
démocratie syndicale est-elle un vain concept ? L’opinion publique, qu’elle se manifeste dans les
sondages, dans les pétitions ou dans la rue ne doit-elle pas aussi être prise en compte ? Faut-il renier
la prise de la Bastille que nous célébrons tous les 14 juillet, la révolution de 1848 qui défit la royauté
en France, le renversement de Napoléon III après le désastre de Sedan, les mobilisations populaires à
l’origine de nos acquis sociaux ?
Cela fait belle lurette que nos territoires vibrent de nombreuses expérimentations de démocratie
directe : organisations horizontales, élections sans candidats, recherche de consensus après débat,
mandats révocables, scrutins à choix multiples, pondération des votes… Faut-il condamner ces
initiatives et refouler la créativité populaire qui manifeste ainsi son désir de concertation, de
participation, d’implication ? Alors même que l’abstention croissante semble envoyer un signal
contraire aux institutions actuelles ?
Le télétravail met de la distance avec l’entreprise, la vente par correspondance supprime le rapport
humain avec le vendeur, l’enseignement en distanciel éloigne le professeur de ses élèves. Pas sûr que
ce soit un progrès ! Demain une démocratie sans contact ? Ce qui semble gêner le président, quoi
qu’il en dise, ce sont les citoyens qui se prennent pour des citoyens. Et s’expriment, font entendre
leur avis, veulent être entendus, demandent des comptes. A quoi sert un Grand Débat ou une
Convention Citoyenne s’il n’y a pas de suite significative ? Son rêve serait-il de régner sur une nation
virtuelle avec des habitants numériques ? Le débat est clos, la confiance dévastée, le peuple en rage,
les réformes projetées bloquées, mais, comme le disait Jacques Prévert, « il suivait son idée, c’était
une idée fixe et il était surpris de ne pas avancer ».
Le déni de réalité est un poison puissant qui altère le discernement. « Quand il lut quelque part que
fumer pouvait provoquer le cancer, il arrêta de lire ». Ce mot ironique de Kirwan l’illustre
parfaitement. Macron a su s’inspirer de Machiavel pour prendre le pouvoir, diviser la gauche et la
droite, mystifier les électeurs, …mais il se ramasse en beauté sur les retraites ! S’il avait lu le Prince
jusqu’au bout, il aurait compris que « jamais on ne cherche à éviter un inconvénient sans tomber
dans un autre ». Sa rigidité et son obstination déraisonnable vont le plonger dans l’impuissance faute
de confiance et de crédibilité. Pourtant les dossiers sensibles et urgents ne manquent pas. Le risque
d’effondrement climatique n’est pas le moindre. Et marcher sur l’eau à Savines le Lac pour nous
distraire de la réforme des retraites ne suffit pas à redonner du crédit à ses mots. Il n’y a pas de
miracle. Il va nous falloir avancer sans lui…
A méditer

Vincent Meyer

Piegros la Clastre-26

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