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Guerre écologique, un Récit pour les Européens ?

Irréductibles dogmatiques de droite ou de gauche ne perdez pas votre temps. Le livre la « grande
confrontation » –1- du député Européen Raphaël Glucksmann n’est pas pour vous.
Avec vos certitudes vous trouverez malgré tout matière à défendre Poutine qui veut la peau de nos démocraties avec la complicité passive et parfois active et intéressée de certains dirigeant occidentaux. Et si vous êtes d’extrême droite, ou d’extrême gauche parfois, incrédules, vous crierez au
complotisme.
Et surtout épargnez-vous la troisième partie. Elle bouleverse les schémas traditionnels simplistes, pour nous offrir une approche novatrice, dérangeante et prometteuse que l’auteur appelle « écologie de guerre » –2- .
Que ce soit la présentation factuelle et étayée des intentions de Poutine, que se soient les révélations concernant des dirigeants occidentaux, tels Gerhard Schröder ou François Fillon, complices d’ingérence systémique, que ce soit la complicité au moins passive des multinationales, que ce soit enfin la paresse ou faiblesse d’esprit d’élus qui baignent dans l’eau tiède de nos démocraties menacées, les citoyens attentifs et ouverts y trouveront d’abord là de quoi être très méfiants.

Et alors ?
Et alors, c’est dans la troisième partie de cet ouvrage que l’auteur nous invite à faire un pas en avant, ou
plutôt vers le haut, hors des sentiers battus. Dans cette « écologie de guerre » nous retrouvons la notion
de sobriété offensive vs sobriété défensive qu’au Laboratoire de la Transition, nous appelons de nos
vœux. Nous y découvrons qu’écologie et économie vont de pair, une certaine économie comme une
certaine écologie, bien entendu. Au point de faire que cette guerre soit une sorte d’opportunité
incontournable dans le contexte géopolitique de ce début de siècle.
Ce n’est pas évident de parler à la fois de guerre et d’écologie. Et pourtant il nous faut à la fois tenir tête
aux totalitarismes et réparer notre planète. Deux urgences incontournables. Mais comment ?

Grâce à la sobriété. Car nous sevrer du gaz et du pétrole russe est une arme pacifique. Elle viendrait
compléter, certes, la panoplie des armements traditionnels, dont le renseignement et la
technologie…technologie dont nous allons devoir user avec discernement dans la vie quotidienne. Mais ce
que nous propose l’auteur est plus que défensif. Inspiré de l’esprit du Conseil National de la Résistance,
c’est un grand projet auquel nous sommes invités, celui de construire « une puissance écologique
européenne » -3- (« fin de notre dépendance au gaz russe », « sobriété énergétique, relance de nos capacités industrielles, développement de nouveaux mécanismes de solidarité, retour de la politique au
poste de commandement… ») au point de parler de « patriotisme »… au point que ce soient les menaces
de Poutine qui aient raison de notre apathie climatique ! Au point qu’il ne s’agit plus seulement du
« seul combat climatique » mais aussi celui d’une « reprise en main de notre destin » après les dérives
complices du « libre-échange généralisé ».
Les écologistes vont-ils êtres capables de faire la « révolution culturelle » que cela implique -4-  ?
Car « pour lutter contre l’effondrement climatique, pour résister à la guerre menée contre nos
démocraties par Vladimir Poutine –5- ou pour reprendre la main face aux multinationales, il faudra s’appuyer
sur les cadres de l’Etat, les hauts fonctionnaires, assumer l’idée de puissance » !

Car « l’idée de puissance écologique suppose aussi de reconsidérer le rapport de l’écologie au progrès
technologique » !
Tout en rappelant que « vouloir répondre au dérèglement climatique par le progrès technique est
une illusion nourrie par ceux qui refusent de changer les règles des échanges mondiaux, de s’attaquer aux
multinationales, de sortir de la surconsommation et de s’engager sur la voie de la sobriété ».
Bref, nous voilà face à une approche novatrice, dérangeante, prometteuse… et pleine de bon sens.
Celle que « l’écologie, une fois débarrassée de son rapport dogmatique aux moyens, sans renoncer à la
radicalité de ses objectifs, remet le politique au poste de commandement » !
Nul doute que les illusionnistes libéraux ou extrémistes continueront de veiller à leur fonds de
commerce. Mais les autres ? Comment agiront les autres, celles et ceux pour qui économie, écologie et
justice sociale sont inséparables pour renforcer nos démocraties en péril ?
Au moment où citoyennes et citoyens sont déboussolé(e)s, « écologie de guerre » et « patriotisme européen » méritent vraiment de faire débat pour le « Récit » qui suscitera l’élan populaire espéré.

Jean-Louis Virat
Président du Laboratoire de la Transition, 26150 Die

1 Raphaël Glucksmann « la grande confrontation, comment
Poutine fait la guerre à nos démocraties », Allary Editions,
mars 2023

2 Les citations sont ici en italiques

3 Confirmation de ce destin que nous évoquions en juin
2020 : « Nantis sceptiques, devenez écolos et changez le
monde vous aussi », édité par le Laboratoire de la
Transition .pages 74 à 88, occasion de nous référer à
l’intéressante grille de lecture de Clares Graves : « la spirale dynamique ».

4 Là également il peut être utile de se référer à la « spirale
dynamique » qui, en quelque sorte, met en évidence la
tendance anarchisante ou inconsistante de la « mouvance
écolo » !

5 Car au-delà de l’Ukraine, ce sont nos démocraties, notre
liberté, qui sont visées. En d’autres termes si les Ukrainiens
se battent pour eux-mêmes, ils se battent aussi pour nous.
Leur ardeur dans l’adversité secouera-t-elle notre apathie ?

 

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