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L’écologie, combien de divisions ?

Riss

La dissolution du collectif Les Soulèvements de la Terre par le gouvernement fera date. Ce n’est pas tous les jours, dans une démocratie, qu’une organisation écologiste est effacée d’un trait de plume. On connaissait déjà des cas d’écologistes, en Colombie ou au Brésil, exécutés par des grands propriétaires terriens. Heureu­sement, en France, on n’en est pas encore là. Un décret, en guise de flingue, fera l’affaire pour liquider un mouvement à la détermination sans faille.

Ce n’est peut-être qu’un début. Plus la crise climatique va s’aggra­ver, plus les organisations écolos vont se mobiliser, et plus les pouvoirs publics chercheront à les museler. Les Soulèvements de la Terre n’étaient bien évidemment pas une organisation terroriste et le terme « écoterroriste » utilisé par les pouvoirs publics en dit long sur la peur que leur inspirent ces collectifs volontaristes et structurés.»

Cette situation met en évidence l’impuissance pathétique des gouvernements du monde à endiguer le réchauffement climatique, car cela nécessiterait de prendre des décisions si radicales qu’elles nous obligeraient à modifier profondément notre mode de vie. Et aucun responsable politique n’a le courage de le dire, de le mettre en place, ou même, tout simplement, de l’évoquer. Les enjeux économiques et sociaux sont si grands qu’en comparaison l’interdiction d’un collectif est beaucoup plus facile à mettre en oeuvre et à expliquer au grand public.

L’échec de l’écologie politique

Quand on se met à dissoudre des asso­ciations écolos, c’est que ça commence à sentir le gaz. Au lieu de s’écouter les uns les autres, on s’entre-dévore, on bâillonne et on interdit. L’activisme incandescent de ces mouvements contestataires met aussi en évidence l’échec de l’écologie politique. Les partis écologistes qui se sont succédé depuis trente ans sur l’échiquier politique n’ont jamais réussi à en devenir des acteurs majeurs. C’est donc le militantisme de terrain, celui des manifs, des ZAD et des occupations qui porte seul sur ses épaules la responsabilité de faire avancer la lutte contre le réchauffement climatique. Et on en voit bien les limites : l’opinion publique peine à comprendre ces actions militantes, peu habituée à elles et vite inquiète à la première grenade lacrymogène lancée. Il est donc aisé pour le pouvoir de réprimer ces mouvements mal connus du grand public. Le désordre des manifestations effraie, car il est immédiat, alors que le désordre causé par le réchauffement climatique est plus difficile à appréhender, car il est à venir. Le calendrier d’un gouvernement est rythmé par des échéances électorales à court terme, alors qu’une politique écologique ne peut se penser que sur le très long terme. Ce qui explique pourquoi la majorité des citoyens a autant de difficultés à bien percevoir les enjeux écologiques dans toute leur complexité.

Ajoutez à cela la tentation de certains écologistes de recourir à quelques actions violentes contre des biens matériels, et l’affaire est dans le sac. L’impasse politique dans laquelle le réchauffement climatique plonge tout le monde convainc les militants les plus déterminés qu’ils sont légitimes à casser ou caillasser, conformément à la bonne vieille théorie selon laquelle la violence de l’État et du capitalisme les justifierait. Et convainc en retour nos dirigeants qu’il faut les réprimer car, bien au-delà des troubles et des déprédations, ce que ces activistes exigent est hors de leur portée, tant leur vision de l’économie est prisonnière de modèles anciens. Si, selon l’expression consacrée, « rien ne justifie la violence quelle qu’elle soit », cette dissolution des Soulèvements de la Terre ne fait que repousser le problème de quelques centimètres. Une sorte de procrastination, où le pouvoir a l’illusion de reprendre la main sur le réel pour ne pas admettre qu’en fait il est impuissant à lutter contre la tragédie du réchauffement climatique.

Riss

Appel aux Soulèvements de la Terre

– Ce qui repousse partout ne peut être dissous

Ce 21 juin, en conseil des ministres, le gouvernement vient d’enclencher la procédure de dissolution des Soulèvements de la Terre. Après nous avoir jeté ses grenades mutilantes au visage, il prétend que nous n’aurions plus le droit d’exister ensemble, ni de nous organiser. Il prétend maintenant dissoudre un soulèvement par tous les moyens – même des arrestations au domicile de militant-e-s comme ça a été le cas le 20 juin.

Depuis les sinistres bureaux de la place Beauvau, cette dissolution se veut être un couperet. Elle se voulait être la fin d’une histoire. Et pourtant le bruit qui court à travers le pays, là où les espoirs bourgeonnent encore, dit tout autre chose. Des chuchotements contagieux, des éclats de solidarité innombrables nous rappellent que les pires attaques produisent parfois des renversements inattendus.

Et si cette dissolution était en réalité un appel ministériel à rejoindre un grand mouvement de résistance ? Un réseau déjà fort de 110 000 membres déclarés, de 180 comités locaux, fort d’autant de personnes engagées dans la vie publique, dans des collectifs et syndicats. Un mouvement prétendument interdit mais collectivement inarrêtable visé par le pouvoir mais ancré dans les territoires, présent dans les lieux de travail et d’études, les granges et arrières-salles, jusqu’au sein même des administrations. Le gouvernement prétendait nous faire disparaître, en réalité nous serons chaque jour de plus en plus visibles. D’ores et déjà plus d’un millier de personnes ont affirmé vouloir attaquer ce décret, toute personne voulant se joindre à cette action en justice historique peut remplir ce formulaire.

Face à la persistance de cette menace, nous vous proposons un grand jeu. Un jeu on ne peut plus sérieux, un jeu qui constitue un réseau de résistance. Nous allons ensemble, dans les jours et semaines qui viennent, continuer à faire apparaître les Soulèvements de la Terre de 1 000 manières dans l’espace public : devant les bistrots et centres sociaux, à la pause café, par des réunions ouvertes, des antennes internationales, des inscriptions sur les murs, des fanions et des fêtes, des désarmements et des pieds de nez. Malgré la dissolution, les Soulèvements ressurgiront au débotté sur des chantiers ou au cœur  d’un site industriel, déborderont de rues bondées de clameurs contre l’ordre marchand, s’enracineront dans des jardins pirates, des maisons du peuple ou des fermes communes. À vous, à nous de trouver.

Ce qui repousse partout ne peut être dissous.

Ces surgissements commencent dès ce soir avec des rassemblements de soutien organisés dans déjà plus de 100 villes de France à 19h, devant les préfectures

Nous, participant.es de partout aux Soulèvements, vous appelons donc à rejoindre les plus de 180 comités locaux qui se sont formés ces derniers mois, les centaines de résistances territoriales, de luttes locales, et les sections syndicales déjà existantes qui ont revendiqué publiquement leur appartenance au mouvement. La parole des Soulèvements de la Terre leur appartient, elle vous appartient.

Nous allons ensemble continuer à soutenir nos blessé.es. Nous allons poursuivre les luttes de terrain partout et converger à plus nombreux-ses encore.

Deux prochaines échéances sont déjà posées cet été, deux temps d’action essentiels pour le partage de l’eau en plein été et en pleine sécheresse historique :

Par delà ces quelques proches repères, nous allons forger partout les complicités nécessaires pour enrayer concrètement l’avancée du bitume, l’assèchement des sols, l’intoxication de l’eau et la dissolution des liens.

Nous allons nous retrouver. Vous êtes, nous sommes, les Soulèvements de la Terre.

En solidarité face à la mesure de dissolution, différents médias s’engagent à proposer des espaces pour relayer les informations sur les déclinaisons du mouvement à travers le pays dans les semaines et mois à venir. Voici les premiers : basta!, Cerveaux Non Disponibles, Reporterre, la Relève et la peste, Contre-attaque, Le Média, Partager c’est sympa, Lundi Matin, Dijoncter.info, Terrestres, …

Ces différents canaux, créés en solidarité par des soutiens ou des orgas, hébergeront également les multiples voix décentralisées qui se revendiquent aujourd’hui être les Soulèvements de la Terre:

Une adresse mail d’ami.es du mouvement qui s’engage à collecter et relayer la manière dont différentes organisations et luttes locales existantes comptent donner suite à cet appel localement :
lesamiesdessoulevements@cryptomail.ch

Des appuis et antennes-relais internationales des Soulèvements de la Terre sont annoncées en Italie, Suisse, Belgique, Espagne et aux Etats-Unis par un certain nombre d’organisations et médias face aux menaces de censure par le gouvernement français

Des équipes juridiques en soutien continueront à suivre les procédures engagées : antirep-bassines@riseup.net, legal-lutteslocales@riseup.net

Un mouvement ne peut être dissout !

 

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