Marie Pochon, députée écologiste : « Nous sommes les meilleurs alliés des territoires ruraux »
INTERVIEW – Europe Écologie-Les Verts (EELV) va organiser des « universités des ruralités écologistes » en octobre à Die, dans la Drôme. À l’initiative, la députée Marie Pochon explique l’objectif de ce rendez-vous.

Vous venez d’annoncer la première édition des universités des ruralités écologistes, qui auront lieu du 6 au 8 octobre à Die (Drôme), dans votre circonscription. Quel est l’objectif ?
Nous avons pris l’habitude d’organiser nos journées d’été dans des grandes villes par souci de praticité [au Havre cette année, NDLR]. Mais il existe des territoires ruraux avec des militants, des citoyens sympathisants de l’écologie et des élus qui agissent. Il nous paraissait important de nous rencontrer pour travailler ensemble sur les enjeux liés aux ruralités. Les écologistes ont des réponses à apporter aux défis actuels, que ce soit en matière de transition énergétique, de transition alimentaire, d’accès à l’eau, de mobilité, d’émancipation de la jeunesse… Nous voulons montrer que nous sommes les meilleurs alliés des territoires ruraux.
Les écologistes se sont-ils trop éloignés de ces ruralités ?
Quand, aux élections municipales de 2020, nous gagnons autant de grandes mairies, il y a forcément une incarnation qui en ressort. Il n’y a rien de mal à cela. Si on demande à nos concitoyens comment ils perçoivent l’écologie politique, ils vont parler de pistes cyclables, de magasins bio, des politiques publiques mises en œuvre par les écologistes en responsabilité. Or, les seuls endroits où cette responsabilité est aujourd’hui visible médiatiquement, ce sont les grandes villes. C’est comme ça qu’une certaine partie de nos concitoyens se préfigurent ce qu’est l’écologie politique. À nous de raconter que l’écologie politique, c’est aussi ce maire rural qui monte une centrale villageoise pour pouvoir construire l’autonomie énergétique de son territoire, ce sont des collectifs d’associations qui œuvrent pour recueillir la parole des femmes victimes de violences dans les territoires ruraux faute d’engagement de l’État, ce sont des communes qui agissent pour lutter contre la désertification médicale… On a tendance à se dire que l’écologie est un truc de bobos des grandes villes. C’est une étiquette qui nous est fixée par nos adversaires politiques.
Nos adversaires créent une sorte de clivage inexistant entre écologistes et habitants des territoires ruraux : Marie Pochon, députée EELV
C’est-à-dire ?
Il y a une construction médiatique et politique qui est faite de cet éloignement supposé. Nos adversaires créent une sorte de clivage inexistant entre écologistes et habitants des territoires ruraux. Il faut combattre cela. Des acteurs de droite, du Rassemblement national et de la majorité présidentielle aimeraient aussi enfermer ce thème dans le récit d’une ruralité assez conservatrice, moins avancée. Ils en ont une vision assez misérabiliste. L’écologie en territoire rural existe mais ne ressemble à rien de tout cela ! Ce sont des listes participatives, des agriculteurs qui transitionnent leurs exploitations vers le bio et un moindre usage des pesticides… Nous sommes fiers d’appartenir à cette ruralité. Notre travail est d’offrir à ces habitants un débouché politique différent de ce qu’un Laurent Wauquiez peut raconter en termes de misérabilité sociale de nos campagnes. Nos campagnes sont dynamiques et engagées. Nous sommes des ruraux, nous sommes fiers d’être ruraux, et fiers aussi d’être écologistes. Répondre aux enjeux de la ruralité, ce n’est pas seulement se questionner sur notre modèle agricole ; 30 % de la population française vit dans ces territoires.
Lors de récents déplacements, la secrétaire nationale d’EELV, Marine Tondelier, a été prise à partie par des agriculteurs. Quel regard portez-vous sur cela ?
Elle a été insultée par des agriculteurs certes, mais je crois qu’ils étaient surtout d’extrême droite ! C’est ce qu’il faut retenir de ces menaces. De nombreux agriculteurs se sont désolidarisés des propos qui ont pu être tenus et qui sont absolument abjects. Ce n’est pas du tout représentatif d’un divorce entre les écologistes et les agriculteurs. Il y a un « écolo bashing » dans le pays, qui est d’ailleurs instrumentalisé par certains. Mais nous travaillons, chaque jour, main dans la main avec des agriculteurs, peu importe le syndicat agricole. Nous réussissons à partager des constats et des solutions communes, pas tout le temps, et pas sur tous les sujets. Mais nous savons débattre avec l’ensemble de ces acteurs. Nous sommes l’un des seuls mouvements politiques à vouloir sincèrement accompagner les agriculteurs avec des solutions pour qu’ils vivent bien, pour qu’on mange mieux et pour avoir, dans trente ans encore, des agriculteurs qui vivent bien de leur travail et permettent notre souveraineté alimentaire.
Il faut nourrir les débats que nous allons avoir pour les européennes, pour les municipales : La députée Marie Pochon
Que pensez-vous de la politique agricole menée par le gouvernement ?
Il y a un manque de clarté pour nos agriculteurs. Le gouvernement manque d’anticipation, change de politique et de direction toutes les cinq minutes. J’interroge toutes les semaines le ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau, sur le cap qu’il souhaite donner avec la loi d’orientation agricole dont on va débattre cet automne. Il nous dit qu’on va parler de cohabitation des modèles. Mais où est l’orientation ? La moindre des choses à faire quand on est responsable politique, c’est d’anticiper et de donner des indications claires à l’ensemble d’une filière, notamment quand on répète y tenir. Il faut aussi anticiper sur les risques futurs, celui du changement climatique et du dépérissement de la biodiversité. Les agriculteurs en sont les premiers conscients.
Ces universités des ruralités auront lieu à l’automne. Et après ?
Nous voulons construire des propositions, ainsi qu’une dynamique afin de nourrir la gauche et les écologistes. Des personnalités majeures de gauche seront invitées à Die. Il faut nourrir les débats que nous allons avoir pour les européennes, pour les municipales. Il faut armer nos candidats. Nous sommes très inquiets de la montée du Rassemblement national qui est en train, comme un vautour, de récupérer les points sans n’avoir jamais rien fait pour les territoires ruraux ! Il faut répéter encore et toujours que le RN n’est pas présent quand on parle du transfert de la compétence eau et assainissement, que le RN vote contre la régulation de l’installation des médecins… Ils n’ont absolument jamais rien fait pour défendre nos ruralités, ni pour permettre à chacun d’y vivre mieux. C’est un combat politique que nous commençons. Il faut aussi que nous parvenions à faire monter des visages qui incarnent l’écologie dans ces territoires, en dehors de Paris, Lyon ou Bordeaux. C’est essentiel pour des gens qui ont cette même vision du monde, mais qui ne se reconnaissent parfois pas dans nos incarnations actuelles.
Le gouvernement se défausse de ses responsabilités […] et choisit des boucs émissaires : La députée Marie Pochon
Le gouvernement doit annoncer la dissolution des Soulèvements de la Terre. Quelle est votre réaction ?
Le gouvernement se défausse de ses responsabilités, que ce soit en matière d’actions pour les ruralités ou d’actions écologiques. Il choisit des boucs émissaires qu’ils soient élus ou militants écologistes comme dans le cas des Soulèvements de la Terre. Cela fait des mois que nous alertons sur la criminalisation de personnes engagées pour l’intérêt général, pour la protection du vivant. Le député européen EELV Benoît Biteau fait partie des Soulèvements de la Terre, Marine Tondelier aussi, je fais partie des Soulèvements de la Terre. Nous sommes plus de 100 000. Ces citoyens placent la protection du vivant avant les intérêts économiques de certains. C’est un mouvement essentiel au vu du rythme de l’artificialisation des sols, de l’effondrement des espèces et du changement climatique. Le gouvernement pointe le doigt vers les mauvaises cibles. Je ne peux qu’être en soutien de celles et ceux qui sont en train de subir garde à vue et menaces.