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*René Dumont en 1962.

Possible intervention militaire au Niger : voici les forces armées en présence…

Alors que les pays de la CEDEAO pourraient intervenir militairement la semaine prochaine au Niger, une semaine après le coup d’État, voici un état des lieux des armées en présence.

Des soldats nigérians patrouillent le 15 février 2019 dans la capitale Abuja.

Des soldats nigérians patrouillent le 15 février 2019 dans la capitale Abuja.
La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) menace d’intervenir pour libérer le président élu Mohamed Bazoum et rétablir la démocratie au Niger si les putschistes qui ont pris le pouvoir dimanche 30 juillet ne reculent pas. En cas d’intervention militaire de la CEDEAO, le Mali et le Burkina Faso, dirigés par des putschistes, ont annoncé qu’ils entreraient en guerre au côté du Niger. Voici les forces en présence.

Dans le camp des putschistes : 57 000 soldats

– Le Niger, 30 000 soldats

En mars 2022, le président Mohamed Bazoum, élu un an plus tôt, faisait part de sa volonté de porter l’armée nationale à 50 000 soldats. « Nous sommes à 30 000. Quand nous sommes arrivés ils étaient 11 000 », indiquait-il. De son côté, l’armée de l’air nigérienne ne possède que deux chasseurs russes Su-25, un avion de reconnaissance Cessna et deux avions de transport américains C-130H.

– Le Mali, 21 000 soldats

Pays en guerre depuis 2012 contre plusieurs groupes djihadistes, le Mali posséderait une armée de 21 000 soldats soutenus par une artillerie composée de pièces des années 1980, voire 1960. Depuis le coup d’État de 2021, la junte s’est tournée vers la Russie et la Chine pour s’équiper en matériel. Moscou a ainsi livré sept avions de combats Su-25 depuis août 2022 (l’un d’eux s’est écrasé en octobre). Bamako compterait aussi une vingtaine d’avions de chasse L-39, à l’origine conçu pour l’entraînement. L’armée de l’air malienne posséderait aussi une vingtaine d’hélicoptères, essentiellement de transport. La Turquie a également livré plusieurs drones TB2 mais on ignore combien.

– Le Burkina Faso, 6 000 soldats

L’armée de terre burkinabé compte environ 6 000 soldats. Son armée de l’air se compose d’une trentaine d’engins légers ou de transport.

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Dans le camp de la CEDEAO : 245 000 soldats

– Le Nigeria, 200 000 soldats

Pays le plus peuplé d’Afrique, le Nigeria compte l’une des plus puissantes armées du continent avec environ 200 000 soldats. Elle compte dans son arsenal une centaine de chars et des centaines de véhicules blindés. Dans les airs, le Nigeria possède une quinzaine d’avions de chasse chinois et de nombreux hélicoptères d’attaque et de transport. Voilà pour la théorie.

Car le Nigeria est aussi un pays fatigué par des décennies de coups d’État et de combats contre des jihadistes. Sous-financée, sous-équipée, l’armée nigériane pourrait aussi souffrir d’un autre handicap : les spécialistes doutent que les soldats nigérians acceptent d’être déployés au Niger, tant les liens entre les deux armées, composées de nombreux Haoussas, une ethnie présente à travers le Sahel, sont forts.

– Le Sénégal, 15 000 soldats

L’armée sénégalaise compte environ 15 000 hommes. Son armée de l’air se compose d’avions de transport. Elle posséderait aussi un nombre indéterminé de drones turcs de combat TB2. Dakar a déjà annoncé qu’il participera à une coalition pour mettre fin « au coup d’État de trop ».

– La Côte d’Ivoire, 30 000 soldats

La Côte d’Ivoire aurait 30 000 soldats, équipés de plusieurs centaines de véhicules blindés. En février, le ministre français des armées, Sébastien Lecornu, avait salué « les efforts remarquables accomplis dans la montée en puissance de l’appareil de sécurité en Côte d’Ivoire ». « L’armée de Côte d’Ivoire n’a rien à voir aujourd’hui avec celle d’il y a dix ans », indiquait-il. Abidjan posséderait aussi deux avions de chasse de type Mig et cinq hélicoptères de combat.

À noter que la France, qui compte entre 1 500 et 2 000 soldats des forces spéciales au Niger, assure qu’elle n’interviendra pas.

Niger : "Non, ce n'est pas un coup d'État de plus en Afrique, après le Mali et le Burkina Faso"

Depuis deux jours, la junte nigérienne ne veut plus discuter avec personne et durcit ses positions. La Communauté des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en prend acte et n’a jamais exclu une intervention militaire en cas d’échec diplomatique.

Niger : « Non, ce n’est pas un coup d’État de plus en Afrique, après le Mali et le Burkina Faso »

Dans une tribune, Guy Labertit, ancien délégué national à l’Afrique du Parti socialiste de 1993 à 2006, analyse la situation au Niger, où un putsch a renversé le président Mohamed Bazoum le 26 juillet dernier. Il en démontre la spécificité alors que certains seraient tentés d’y voir un simple coup d’Etat de plus après ceux qui sont survenus dans les pays voisins, le Mali et le Burkina Faso.

Non, ce n’est pas un coup d’État de plus en Afrique comme se contentent d’analyser ceux qui écrivent ou répètent comme s’il s’agissait d’une fatalité : après le Mali, le Burkina Faso, au tour du Niger. Spécificité de ce dernier pays : le président Mahamadou Issoufou a respecté la Constitution de son pays. Élu démocratiquement en 2011, il s’est retiré en 2021 à l’issue de ses deux mandats. D’autres chefs d’État, depuis l’avènement d’élections pluralistes avec l’ouverture démocratique des années 1990, ont préféré ou préfèrent encore charcuter la Constitution de leur pays pour se maintenir au pouvoir. Deuxième spécificité, la question sécuritaire. Comme ses voisins du Sahel, le Niger est engagé depuis bientôt quinze ans, dans la lutte contre les groupes intégristes islamistes, d’abord Boko Haram, mais aussi l’État islamique au Grand Sahara (EI-GS) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM). À la différence du Mali et du Burkina Faso, ces forces ne se sont jamais implantées durablement sur le territoire nigérien. Les attaques qui affectent particulièrement la région nigérienne de Tillabéri, proche de la zone des trois frontières avec le Mali et le Burkina Faso, ont même baissé en intensité, même si le quotidien des villageois est encore affecté.

Il est faux d’affirmer que la situation sécuritaire se détériore ces dernières années au Niger. La stratégie de diversification des partenariats militaires initiée par l’ancien président Mahamadou Issoufou et poursuivie par son successeur Mohamed Bazoum tant dans l’équipement que dans la formation de l’armée nigérienne y a contribué. Troisième spécificité : depuis douze ans, la gestion économique et sociale du pays se traduit par des progrès dans les domaines de la production agricole avec l’initiative 3N – les Nigériens nourrissent les Nigériens. Malgré une croissance démographique qui est par ailleurs la plus élevée de l’Afrique de l’Ouest, la pauvreté a régressé de 8 % à 10 % dans les campagnes et les villes. En matière d’éducation et de santé, l’évolution positive a été freinée par la croissance indispensable des investissements sécuritaires, mais elle est réelle. L’accent a été mis par Mohamed Bazoum sur l’éducation des filles, traditionnellement écartées de l’accès à l’école.

Depuis l’indépendance en 1958, quatorze ans de parti unique ont été interrompus par l’irruption de l’armée, omniprésente dans la vie politique du pays de 1974 à 2010. Les militaires nigériens se sont toujours comportés en arbitre de la vie politique. Je sais combien Mahamadou Issoufou a vécu cette hantise du coup d’état militaire pendant dix ans et la garde présidentielle a même étouffé une ultime tentative, deux jours avant l’investiture de son successeur Mohamed Bazoum. La nationalité nigérienne de ce dernier avait été mise en doute y compris par des militaires dont l’ancien chef d’État, Salou Djibo, qui a d’ailleurs apporté son soutien aux putschistes dès le 31 juillet. C’est au contraire un signe de la vitalité de la démocratie nigérienne de voir le pays conduit par un Arabe, communauté ultra-minoritaire au Niger. Je le signale au passage à ces « africanistes » qui réduisent toujours la politique en Afrique aux batailles entre ethnies.

Russophile ?

L’étincelle de ce coup d’État a sans doute été l’annonce de la relève du général Omar Tchiani de la tête de la garde présidentielle qu’il occupait depuis douze ans. Mais, dans la nuit du 26 au 27 juillet, sur la première photo des putschistes, on aperçoit deux généraux qui n’ont rien à voir avec la garde présidentielle. D’abord, le général Mohamed Toumba, fils de Aboubacar Toumba, chef d’état-major d’Ali Seibou, président de la transition au Niger entre 1987 et 1992, période marquée par la fin du parti unique. Le deuxième général, Moussa Salaou Barmou, haut responsable des Forces spéciales, est l’un des fils de Salaou Barmou, le secrétaire général du Mouvement national pour la société de développement (MNSD), transformé en 1989 en parti unique. Ils ont été à la bonne école des généraux putschistes des années 1970-1980. D’où cette incertitude et cette résistance tout au long de la journée du 26 juillet où le général Omar Tchiani ne martelait que son désir d’être chef d’État dans une longue et vaine séance de négociations qui a précédé le basculement de l’armée après 22 heures.

Des forces politiques nigériennes sont assez vite sorties du bois pour soutenir les preneurs d’otages et putschistes du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP). D’abord, le parti Moden Lumana de Hama Amadou, dès le 29 juillet, sous la forme d’un communiqué signé de son secrétaire général. Puis le 1er août, le dirigeant du MNSD, Seyni Oumarou, a fait allégeance lui aussi. Ne manquait à l’appel de cette coalition anti-PNDS (Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme) que l’éphémère président Mahamane Ousmane. Le 3 août, ce dernier a désapprouvé le recours à un coup d’État – il a lui-même été renversé en janvier 1996 par le général Ibrahim Baré Maïnassara – mais il a clairement soutenu les putschistes, obligés selon lui de mettre fin à douze ans de régime du PNDS qui avait mis à bas le pays. On croit rêver quand on connaît le parcours de cet homme d’État qui, à plus de 70 ans, cherche encore à se placer après sa défaite face à Mohamed Bazoum en 2021.

Ce coup d’État intervient dans un contexte historique et politique différent de ceux du Mali et du Burkina Faso. Au Mali, depuis 1960 sous le mandat de Modibo Keita, des relations existaient avec l’URSS et beaucoup de cadres civils et militaires ont été formés à Moscou. Ce n’est pas le cas du Burkina Faso, où le mandat du président Thomas Sankara a laissé des traces souverainistes peu compatibles avec de nouvelles tutelles. Quant aux généraux et officiers supérieurs nigériens, ils ne me semblent pas vraiment gagnés par une russophile galopante. Les errements néocoloniaux de la politique de la France en Afrique sous la Ve République, sous la droite et la gauche, ont abouti depuis quelque temps à son rejet, en particulier au sein des jeunesses d’Afrique. La Russie peut en tirer avantage aujourd’hui comme elle le fait en Centrafrique où la situation de la population ne s’améliore visiblement pas et le pillage des diamants et de l’or continue de plus belle à travers la succursale Wagner, cette société privée de mercenaires russes.

Enjeu régional

Depuis des décennies, je n’ai cessé dans mon engagement public et politique de dénoncer ce que l’on nomme encore la Françafrique. Je rappellerai simplement mon opposition résolue à l’action de Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy à l’encontre du président de Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo. Je comprends parfaitement ce rejet de la France, mais je sais aussi qu’il est porté au Niger de façon opportuniste par des militaires dont la tradition depuis Seyni Kountché (ancien dictateur de 1974 à 1987) s’est forgée sous le marteau de la France néocolonialiste. Quant aux forces politiques nigériennes qui les soutiennent, elles se sont toujours opposées à des avancées économiques et sociales réelles. Au niveau de ce pays, le retour des généraux est synonyme de régression.

Comment l’empêcher ? Le maintien de la junte nigérienne revêt un enjeu régional car il pose en des termes nouveaux l’issue de l’affrontement avec les groupes terroristes. Les négociations sont dans l’impasse. Depuis deux jours, la junte nigérienne ne veut plus discuter avec personne et durcit ses positions. La Communauté des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en prend acte et n’a jamais exclu une intervention militaire en cas d’échec diplomatique. Cela marque une rupture avec sa stratégie face aux récents coups d’état qui ont ébranlé l’Afrique de l’Ouest. Le remède est-il pire que le mal ? En politique, il faut choisir et trancher. Je serai tenté de dire qu’on ne prend jamais de bonnes décisions, mais qu’on prend les moins mauvaises.

Certains soulignent avec un certain fatalisme la montée de l’influence russe en Afrique. Ils semblent oublier qu’à la racine, après l’élimination en 2011 par le monde occidental de Moummar Kadhafi en Libye dont l’autoritarisme dictatorial allait de pair avec une répression du fanatisme religieux, ce sont des forces intégristes islamiques qui ont remis en cause l’intégrité des États sahéliens. Aujourd’hui, faute d’alternatives, on constate au Mali comme au Burkina Faso que certains cadres de ces forces terroristes ont été relâchés ou que des salafistes n’hésitent pas à manifester leur soutien à de jeunes officiers en attendant leur heure. La question de reprendre la main sur la menace intégriste est plus que jamais ouverte et se pose avec acuité. La réponse ressort du choix stratégique africain à l’échelle régionale.

Guy Labertit

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