Niger : ceux qui se réjouissent du départ de la France vont droit dans le mur
Pour Omar Youssef Souleimane, la France sert aujourd’hui de bouc émissaire à des régimes militaires au profit de la Russie, comme ce fut déjà le cas dans son pays natal, la Syrie.

Selon l’écrivain Omar Youssef Souleimane, que les Nigériens proputschistes se réjouissent de la libération de la « néocolonisation économique française » tout en célébrant l’installation d’une mafia russe nommée Wagner pose question quant à la réalité de l’indépendance du pays. (Ici, le 13 août, à Niamey, lors d’un concert de soutien aux militaires qui ont pris le pouvoir.)
Le 17 avril est une journée inoubliable pour les Syriens. C’est la fête de l’Evacuation, de l’indépendance, du départ de la France. L’armée française a occupé la Syrie de 1922 à 1946. C’était non pas une colonisation mais un mandat. Durant notre enfance, lors de ce jour férié, nous étions forcés d’écouter et de répéter les mots de Hafez el-Assad, le fidèle, le résistant, le camarade, le guide. « L’indépendance est un grand mot qui nous inspire pour continuer la résistance contre les ennemis », disait-il. Nous avions plusieurs « ennemis impérialistes », mais le nº 1 parmi eux était la France à cause de son histoire avec la Syrie : un pays colonialiste dont il fallait se méfier. Etudier le français n’était pas recommandé, c’était la langue des dominants, avides de s’emparer de notre nation. Dans un énorme rassemblement à Damas, nous portions le drapeau syrien à côté de la photo de Hafez el-Assad. Ceux qui ne sortaient pas de chez eux pour exprimer leur « joie » (obligatoire) d’être indépendants étaient suspectés d’être des traîtres à la patrie.
Nous savions que notre ennemi, c’était le régime d’El-Assad, et que les crises économiques, l’absence de liberté d’expression et de démocratie n’étaient pas dues à la France, mais à notre leader. En revanche, ce que nous ignorions, c’était que le plan d’urbanisme de Damas avait été conçu par les Français. Tout comme le parlement, l’hôpital des étrangers et la mairie.
Pas loin de ce rassemblement, des livres d’occasion jonchaient les trottoirs, nombre d’entre eux étaient traduits du russe. Le régime d’El-Assad a collaboré avec l’Union soviétique sur les plans militaire comme culturel. L’invasion de l’idéologie soviétique, anti-occidentale, s’est poursuivie même après la chute de l’URSS. Cette idéologie nous a coûté très cher : elle a maintenu un régime nationaliste, dictatorial, contrôlant le pays d’une poigne de fer.
« A bas la France »
Tout comme la fête syrienne de l’indépendance, celle du Niger, le 3 août, a été surréaliste : des milliers de Nigériens se sont rassemblés pour célébrer le 63ᵉ anniversaire de leur indépendance. « A bas la France » et « la France doit partir » ont été les slogans les plus répétés. Il est complètement légitime de se défendre contre n’importe quelle colonisation et occupation, afin de gagner sa souveraineté. Et nous pouvons comprendre leur colère et leur souffrance : les Nigériens vivent dans un pays pauvre, en dépit d’un taux de croissance qui a bondi après la pandémie. Un Etat qui a gagné son indépendance en 1960 et où la France a été remplacée par des régimes militaires. Quatre coups d’Etat, le chaos, la corruption et les groupes djihadistes frappant ce territoire. Selon le Global Terrorism Index, la région côtière est la zone la plus touchée par le terrorisme : en 2022, 43 % des attentats perpétrés dans le monde ont eu lieu dans cette zone, tuant 198 personnes au Niger. Les Nigériens sont aujourd’hui 27 millions, ils étaient 25 millions en 2021. Le PIB annuel ne dépasse pas les 15 milliards de dollars.
Mais voir le drapeau russe danser dans les bras des Nigériens durant cette fête, ce qui a aussi été le cas le 26 juillet, lors du coup d’Etat, pendant que des manifestants attaquaient l’ambassade française, pose plusieurs questions sur la réalité de cette indépendance. Les manifestants se réjouissent de la libération de la « néocolonisation économique française » tout en célébrant l’installation d’une mafia russe nommée Wagner.
Une joie complotiste
Comme en Syrie, accuser la France d’être la responsable de tout est un prétexte invoqué par les dirigeants pour échapper à leurs responsabilités. Rien n’a empêché l’Etat nigérien de lutter contre le terrorisme ni de mettre sur pied un système économique moderne, d’implanter un réacteur nucléaire, un système d’éducation et d’instaurer un Etat de droit. Mais, pour les complotistes, complices – conscients ou pas – des dirigeants militaires actuels, la France est un épouvantail que l’on agite pour expliquer tous les problèmes du Niger. Ils fêtent la chute de Mohamed Bazoum, pourtant le premier président du Niger élu dans le cadre d’une transition démocratique pacifique, mais présenté comme un agent de la France. On trouve des centaines de vidéos, en français et en arabe, qui accusent les Français de voler l’uranium du pays, et d’être présents non pas pour lutter contre les groupes djihadistes, mais pour conserver leur mainmise sur les ressources naturelles. A leurs yeux, le coup d’Etat est un cauchemar pour l’industrie nucléaire française. Des titres comme « Paris sera plongé dans l’obscurité » abondent sur les réseaux sociaux. Partout s’affichent la haine de la France et le souhait que notre pays s’effondre après ce putsch.
Evidemment, ce sont des fantasmes. La France a pris soin de diversifier ses approvisionnements, et l’uranium nigérien ne représente plus qu’environ 15 % de ses importations en la matière. Mais la question la plus importante, c’est comment cette haine de la France peut-elle à ce point tourner à l’avantage de la Russie ? Environ 15 000 mercenaires de Wagner sont présents en Afrique pour protéger des régimes autoritaires, et non pas les libertés des Africains. Quand le militaire Ibrahim Traoré, devenu président du Burkina Faso après un putsch et qui a soutenu le coup d’Etat nigérien, déclare que « l’esclavage occidental de l’Afrique est fini », ce n’est que pour fêter une nouvelle soumission aux Russes. Ibrahim Traoré revenait alors du Sommet économique Russie-Afrique, à Saint-Pétersbourg, où Poutine a annoncé sa volonté d’augmenter les partenariats dans les domaines de la sécurité, du commerce et de l’alimentation.
La leçon syrienne
Cette collaboration va coûter cher non seulement à l’Afrique, mais aussi à l’Europe. Sauf si nous réagissons vite. L’Histoire récente, toujours en Syrie, peut nous servir de leçon. En août 2013, à la suite de l’utilisation par Bachar el-Assad d’armes chimiques, la France était prête à une intervention militaire, mais les Etats-Unis et le Royaume-Uni se sont opposés à toute action. Deux ans plus tard, la Russie est intervenue officiellement pour sauver El-Assad, qui avait déjà perdu plus de 70 % du territoire syrien. Le prix a été très élevé, des centaines de milliers de Syriens se réfugiant en Europe. Les Russes ont loué le port de Tartous pour quarante-neuf ans à partir de 2019. La base aérienne de Hmeimim a été agrandie. Une partie de la Syrie a ainsi été vendue à Poutine.
Soyons réalistes. L’heure est au choix entre démocratie occidentale et régime militaire soutenu par les Russes. Ce n’est pas la peste et le choléra. L’intervention française n’a rien d’une panacée, mais, si la France est un mal, la Russie représente une catastrophe dans cette nouvelle guerre froide qui bouleverse les sphères d’influence à l’échelle mondiale.
* Écrivain et poète né à Damas, Omar Youssef Souleimane a participé aux manifestations contre le régime de Bachar el-Assad, mais, traqué par les services secrets, a dû fuir la Syrie en 2012. Réfugié en France, il a publié chez Flammarion Le Petit Terroriste, Le Dernier Syrien et Une chambre en exil. Il publie à la rentrée Être français.
Vous vous foutez de nous là? La France? L’occident? Ces gens sont en Afrique depuis des siècles. Ils ont esclavagisé l’Afrique, l’ont colonisé, et aujourd’hui continuent à la piller avec le néocolonialisme. L’Afrique est le continent le plus riche du monde en matières premières, comment cela se fait-il que ce continent soit le plus pauvre du monde? Comment se fait-il que ce continent soit occupé par des bases militaires occidentales? Comment cela se fait-il que des pays africains soient encore obligé d’utiliser une monnaie coloniale (Franc CFA: Franc des Colonies Françaises d’Afrique) ? Comment se fait-il que ce continent soit toujours dans des guerres perpétuelles, et comme par hasard, toujours dans des régions riches en matières premières ou stratégiques? Comment se fait-il que l’Afrique n’arrive pas s’industrialiser malgré ses immenses richesses minières? Vous parlez de choisir entre démocratie occidentale et régime militaire soutenu par les Russes. Il ne peut y avoir de démocratie quand le peuple a faim, il ne peut y avoir de démocratie quand tout manque dans le pays. Vous ne comprenez pas, ou vous faites semblant de ne pas comprendre. Depuis des siècles l’Afrique est pillée pour enrichir l’occident…et vous nous demandez de continuer à se laisser enchaîné? Car depuis qu’ils sont en Afrique, que nous ont-ils apporté à part la guerre, l’esclavage et le pillage? Il faut vraiment arrêter de dire n’importe quoi et prendre des gens pour id***. Et arrêtes a vouloir faire peur aux gens ça ne prend pas: les russes ci, les russes ça? Vous prenez les africains pour des idiots? L’on est pas capables de savoir ce qui est bien pour nous? Croyez-vous que nous voulons nous libérer de l’impérialisme occidental pour aller se vendre à quelqu’un d’autre. Ils ont tué Khadhafi l’on a rien dit et c’est l’attaque de la Libye par les impérialistes occidentaux qui a déclenché le terrorisme au Sahel…et maintenant ils veulent encore faire plus de dégâts en attaquant le Niger? Cette fois la jeunesse africaine ne va pas se laisser faire. Si la France ose seulement, ses intérêts ne seront plus en sécurité, dans n’importe quel pays africain…et je peux vous assurer qu’ils ne gagneront pas, et que la guerre ne s’arrêtera que si le dernier soldat français quitte le Sahel. Aux français de voir si le jeu en vaut la chandelle.
Je pense que vous avez intégré que l’auteur est syrien. Pas occidental.
Cordialement. MCD