Des éclairs orange dans une nuit sombre. Le ciel de Gaza saigne. Et pas que le ciel. Sans se fier aux mensonges du Hamas, il suffit d’avoir des oreilles et du cœur pour deviner l’ampleur de la tragédie qui se joue dans l’obscurité. Bientôt les images d’enfants gazaouis pris au piège remplaceront le souvenir des enfants israéliens retenus en otage ou carbonisés. Depuis le premier jour, certains nient leur supplice. À l’annonce du plus grave pogrom depuis la Shoah, les agressions antisémites ont explosé, aux États-Unis, en Allemagne et en France : plus de 719 incidents. Imaginez ce qu’il en sera dans trois mois, lorsque des kilomètres de photos d’enfants tués à Gaza, parfois pour de vrai, parfois imaginés par l’intelligence artificielle, auront balayé les derniers portraits d’otages arrachés. Le Hamas et l’antisémitisme auront gagné des milliers d’alliés.

Les pro-Palestiniens peuvent déjà entonner leur refrain préféré, celui du pot de terre contre le pot de fer, et même du Juif tueur d’enfants. En face, des pro-Israéliens n’ont plus assez de larmes pour pleurer les enfants palestiniens, en qui certains voient de futurs tueurs de Juifs. Enfermé dans son couloir informationnel et émotionnel, chacun est mûr pour ne plus s’écouter et se détester. Un climat électrique frappe déjà tous les pays reliés par ces couloirs de l’information, nous piégeant tous dans les tunnels de Gaza. Qu’il fait sombre.

Tapis dans le noir, un seul homme jouit. Beau costume, barbe blanche bien taillée, Ismaïl Haniyeh, chef du Hamas, reçoit beaucoup, quand il ne donne pas des interviews chics et chocs sur Al Jazeera. Depuis sa villa climatisée, à l’abri, il a pris sa plus belle pause victimaire pour crier au « nouvel ­holocauste », avant de promettre à Israël de verser tout le sang palestinien… qu’il a sur les mains. Cet engrenage, il l’a voulu. Et Israël, qui sait que les islamistes ne comprennent que la force, a foncé. Pourtant, cette riposte sans objectif ­réaliste ne peut que s’embourber. Comment détruire ces tunnels, ces stocks de roquettes, sans tuer d’innocents, peut-être même des otages, sans tomber dans les traquenards que mijote le Hamas ? Contrairement à la ­coalition contre Daech, même si Tsahal ­parvenait à ratisser tout le nord de Gaza, les chefs et leurs porte-monnaie resteront au chaud, intacts et renforcés. Le Hamas ne sera pas éradiqué. Mais mille tueurs, mille roquettes, pourraient renaître de ces cendres.

La seule vraie lueur d’espoir est ailleurs, loin, très loin, au bout du tunnel. Dans le fait que les Israéliens ne font plus confiance à Nétanyahou. Une fois la loi du talion épuisée, ceux-là pourront demander des comptes aux faucons ­nationalistes, imbéciles dangereux, ayant couvé le Hamas tout en dégarnissant la défense du territoire israélien au profit des colonies. Ce jour-là, il faudra alors trouver un Mandela palestinien, s’il en existe, pour se parler.

Caroline Fourest à suivre sur https://www.franc-tireur.fr/tunnels-pour-lenfer-le-franc-parler-de-caroline-fourest#xtor=CS1-5

Piégés par des monstres : le franc-parler de Caroline Fourest

Voilà trente ans que le jihadisme nous frappe. Ses sicaires ont toujours le même visage : des bas du front qui crient « Allah Akbar » avant de tuer. La stratégie de leurs marionnettistes, elle, varie selon les époques et tient souvent à un concours d’ego (pour ne pas dire de braguette) entre groupes jihadistes. Le but ? Tirer la couverture à eux pour tirer les marrons du feu. D’où les flux et les reflux des attaques dont nous parle brillamment Hugo Micheron dans son livre La Colère et l’Oubli.

Nous revoilà en période de flux. Daech, vexé de s’être vu voler la vedette, a besoin de ­frapper en Occident – un prof, un juif ou un ­Suédois – pour revenir dans le « game ». Et au moins deux puissances toxiques, la Russie et l’Iran, ont intérêt à ce que des attentats nous déstabilisent. Comme ils avaient intérêt aux attaques en Israël. L’un pour ne pas tomber, l’autre pour ­diviser le soutien à l’Ukraine.

Et le Hamas, qu’espérait-il de crimes si odieux ? Qu’Israël perde la tête, bombarde des civils, et finalement entre dans la souricière de Gaza. Pour passer pour des martyrs, et donc asseoir leur drapeau sur la cause palestinienne… Ses chefs n’ont aucun problème à regarder les Gazaouis vivre l’enfer depuis leurs villas climatisées au Qatar. Dans un monde idéal, il faudrait obliger Doha et Téhéran à leur couper les vivres. Dans le monde réel, les démocraties ont besoin que l’Iran retienne maintenant le Hezbollah, que la Russie calme le jeu, et du Qatar pour libérer les otages… détenus par leurs amis du Hamas ! Voilà le cycle infernal enclenché par le cynisme et la monstruosité. Un piège pour les démocraties.

Si Israël ne répond pas, le Hamas continuera en toute impunité de faire pleuvoir des roquettes, avant de préparer de nouveaux pogroms. Si Israël frappe fort, trop fort comme en ce moment, le Hamas passe pour la victime… Grâce à qui ? Grâce aux idiots utiles. C’est là que nous pouvons agir. En leur faisant honte.

Honte aux députés LFI qui voient dans ces pogroms de simples « crimes de guerre », voire un moyen de « résister » à l’occupation de ­l’armée israélienne (qui s’est retirée de Gaza depuis 2005 !). Honte aux complices qui crient « Allah Akbar » place de la République après des attentats. Honte aux artistes qui croient très malin de renvoyer dos à dos agresseurs et agressés au nom de l’antiracisme. Honte aux journalistes qui relaient la fake news sur un hôpital « détruit par Israël », alors qu’il ne l’est pas. Honte à ceux qui crient à l’« islamophobie » à tort et à travers. Honte, enfin, à ceux qui nous insultent pour faire la différence entre le conflit israélo-palestinien et cette guerre Hamas-Israël, un crime contre l’humanité et un crime de guerre, ceux qui tuent pour attaquer et ceux qui tuent en se défendant. Mal nommer les choses a toujours été périlleux. Dans la période que nous traversons, c’est ajouter des bombes aux bombes. Franchement criminel.

N° 102
Le mercredi 25 octobre 2023

Cessez-le-faux !

Caroline Fourest à suivre sur https://www.franc-tireur.fr/