Nous sommes tous Israéliens
Face à l’attaque du Hamas, qui relève moins de l’opération militaire que du pogrom, il faut se tenir droit. L’attitude de LFI est répugnante.
Etienne Gernelle![]()
C’est une phrase toute simple, comme celle que l’on disait après le 11 septembre 2001 : « Nous sommes tous Américains » (1). On entend d’ailleurs souvent, ces jours-ci, que le nombre de victimes en Israël est, rapporté à sa population, plus important que, pour l’Amérique, celui de l’attentat de New York.
Elles serrent la gorge les images de cette femme au pantalon ensanglanté, tirée par les cheveux comme du bétail, celles du petit garçon emmené de force par ses ravisseurs, celles des cadavres de ces jeunes qui dansaient quelques instants auparavant dans un festival de musique… Inouïe de cruauté est l’attaque lancée par le Hamas contre Israël : tuer, massacrer, enlever des adolescents ou des enfants, parce que juifs…
Et pourtant, le « nous sommes tous Israéliens » – qui n’engage évidemment en rien à soutenir Benyamin Netanyahou ni sa politique ! – ne va pas de soi pour tout le monde.
Pogrom
Les assassinats du 7 octobre sont souvent « replacés » dans le contexte du conflit israélo-palestinien, omettant cette distinction pourtant fondamentale : ce que veut le Hamas n’est pas une meilleure paix, mais la destruction d’Israël, autrement dit chasser les Juifs. Et leur soi-disant « offensive » tient moins de l’opération militaire que du pogrom.
Chez nous, La France insoumise n’a pas été capable de condamner clairement les crimes du Hamas. Cette répugnante attitude n’est toutefois que la suite logique de ce qui précède. Deux députées de ce parti, ne l’oublions pas, avaient demandé et obtenu le soutien, lors des dernières législatives, de Jeremy Corbyn, connu surtout ici pour avoir laissé monter l’antisémitisme au sein du parti travailliste britannique. Corbyn n’a d’ailleurs pas, lui non plus, su dénoncer les exactions du Hamas.
La complaisance de la gauche radicale (avec des exceptions) est patente. Les idiots utiles de l’antisémitisme se recrutent dans une mouvance où l’on cajole souvent le rappeur Médine, où l’on se gargarise des articles de Mediapart considérant l’« antisionisme » comme une opinion respectable, et où l’on suppose (non sans un profond mépris) qu’il y a des voix à gagner chez certains Français musulmans en flattant la rhétorique des islamistes.
Or les idiots utiles, une fois instruits par l’expérience, deviennent des complices : nul ne peut ignorer l’antisémitisme qui prospère en France. De quel cynisme, pour les uns, ou de quelle lâcheté, pour les autres, faut-il faire preuve pour s’en accommoder ?
L’Occident regarde ses pieds
La couardise, en général, semble d’ailleurs de mise aujourd’hui dans les démocraties libérales. Les assassins de masse le sentent, et se déchaînent. La désinhibition du Hamas – le pire ennemi des Palestiniens – ainsi que de son sponsor, l’Iran, est effrayante. Tout comme celle, par ailleurs, du dictateur azerbaïdjanais Aliev, qui vient de réaliser assez tranquillement son opération d’épuration ethnique à l’encontre des Arméniens dans le Haut-Karabakh. L’assurance du boucher Erdogan, lequel bombarde en ce moment les Kurdes de Syrie, poursuivant ainsi une œuvre de nettoyage entamée en 2018, en est une autre illustration. Sans oublier, bien sûr, la confiance en lui du massacreur Poutine, qui, début 2022, s’est lancé dans une tentative d’effacement de l’Ukraine. Le maître du Kremlin a, certes, subi de sérieux revers, mais reste persuadé – il l’a redit ces jours-ci – que l’Occident finira par flancher.
Il est vrai que ce dernier – et avec lui la démocratie libérale – semble sonné. Les retraits d’Afghanistan et du Sahel, l’abandon de Hongkong, mis au pas par Pékin, ont, entre autres renoncements, convaincu ses adversaires de sa faiblesse.
L’Occident, trop occupé à se flageller pour ses fautes passées, regarde ses pieds, et manque à ses amis d’aujourd’hui. Dans les années 1920, Georges Clemenceau s’inquiétait d’un ramollissement des démocraties, face, notamment, à Mussolini et aux Soviétiques. « Beaucoup demandent pourquoi l’on nous abandonne, sans comprendre que notre propre cause a d’abord été abandonnée par nous-mêmes », disait-il. La désertion, face aux assassins décomplexés, donnera un jour à l’Occident de nouvelles raisons de se haïr.
Etienne Gernelle
(1) Ce fut le titre d’un célèbre éditorial de Jean-Marie Colombani dans Le Monde.
Tahar Ben Jelloun : « Le 7 octobre, la cause palestinienne est morte, assassinée »
Horrifié par les attaques du Hamas contre Israël, l’écrivain franco-marocain déplore « une blessure faite à toute l’humanité ».
Moi, arabe et musulman de naissance, de culture et d’éducation traditionnelle, marocaine, ne trouve pas les mots pour dire combien je suis horrifié par ce que les militants du Hamas ont fait aux juifs. La brutalité, quand elle s’attaque aux femmes et aux enfants, devient barbarie et n’a aucune excuse ni justification.
Tahar Ben Jelloun
Otages israéliens : l’odieux chantage du Hamas
En capturant plus d’une centaine de personnes, le mouvement islamiste bascule dans une stratégie de la terreur d’une ampleur inédite.
La jeune femme supplie, elle tend un bras vers son compagnon. Celui-ci est impuissant, il a les mains attachées dans le dos et il est retenu par plusieurs hommes. Il regarde s’éloigner son amie, embarquée sur une moto entre deux terroristes. La vidéo de la scène est glaçante. Elle montre Noa Argamani, 25 ans, et son petit ami lors de l’attaque surprise du Hamas contre Israël. Aux premières heures du jour, le 7 octobre, le mouvement islamiste a notamment ciblé le festival Tribe of Nova, qui se tenait dans le nord-ouest du désert du Néguev, à 6 kilomètres de la bande de Gaza.
Attaque du Hamas en Israël : le sort incertain de Vivian Silver, figure de la paix
« C’est le chaos ici », a écrit à une amie cette militante israélienne de 74 ans alors que les terroristes du Hamas attaquaient samedi le kibboutz de Be’eri. Elle est depuis introuvable.

La militante pour la paix, Vivian Silver. Women Wage Peace
Toute sa vie, elle a œuvré pour la paix. Une femme d’exception, considérée en 2011 par le journal Haaretz comme l’une des « dix immigrés anglo-saxons les plus influents d’Israël ». Vivian Silver est introuvable depuis samedi 7 octobre, jour du pire massacre de Juifs depuis la Shoah. Cette humanitaire de 74 ans, née au Canada, se trouvait dans sa maison installée dans le kibboutz de Be’eri quand le Hamas a lancé son attaque massive depuis la bande de Gaza.
Le jour vient à peine de se lever quand les combattants armés du Hamas arrivent à moto à proximité de ce kibboutz situé à seulement quatre kilomètres de la bande de Gaza. Il est 6 heures passées et des habitants de Be’eri s’approchent de la barrière de sécurité du kibboutz pour l’activer. Les assaillants surgissent et les abattent. Selon les images de vidéosurveillance, ils progressent ensuite à toute vitesse dans les rues et s’introduisent dans les maisons, tirant à bout portant sur les habitants. Alors que les coups de feu pleuvent – un commando de 70 terroristes du Hamas a infiltré le kibboutz de Be’eri selon l’armée israélienne –, la Canadienne Vivian Silver se réfugie dans son miklat, ces abris construits dans de nombreuses maisons israéliennes.
« Elle m’a écrit pour me dire qu’ils étaient dans la maison »
« Nous parlions au téléphone depuis le début de l’attaque. Très vite, nous nous sommes rendu compte qu’il se passait quelque chose d’inhabituel. Vous savez, nous sommes habitués aux roquettes qui tombent… mais ce type d’incursion n’arrive jamais, confie son fils Yonathan Zeigen à la télévision canadienne. J’étais donc au téléphone avec elle jusqu’à ce que j’entende des coups de feu depuis l’extérieur de sa maison alors qu’elle était cachée dans son abri, derrière la porte d’une armoire, car elle n’avait pas une porte lourde pour fermer l’abri […] Nous avons alors décidé de raccrocher pour ne pas que les terroristes l’entendent et de se parler par WhatsApp. Jusqu’au moment où elle m’a écrit pour me dire qu’ils étaient dans la maison. Et c’était tout. »
À 7 h 4, Vivian Silver envoyait un dernier message à son amie Avital Brown, qui a témoigné auprès de la chaîne NBC. « C’est le chaos absolu ici. Les terroristes ont infiltré Be’eri. Il y a des tirs et des cris », lui écrit Vivian. Avital lui répond, son message restera lettre morte.
Vivian Silver a-t-elle été tuée dans l’attaque ? A-t-elle été enlevée ? Pour l’heure, Yonathan Zeigen ne sait pas ce qu’il est advenu de sa mère. Dans le kibboutz de Be’eri, comme dans celui de Kfar Aza, non loin, les terroristes du Hamas ont laissé derrière eux des scènes de carnage.
À Be’eri, localité située au sud-est de Gaza, l’armée israélienne continue de compter ses morts et de les identifier. Selon un premier décompte, plus de 100 personnes auraient été tuées dans ce kibboutz. L’absence de nouvelles laisse cependant penser que la septuagénaire pourrait avoir été prise en otage par le Hamas : « Personne ne nous a dit si les soldats israéliens étaient parvenus jusqu’à sa maison. Il y a donc une possibilité qu’elle soit morte à l’intérieur, mais d’après ce que nous comprenons sur place et par les autres familles, elle pourrait être à Gaza », a déclaré son fils Yonathan, qui vit à Tel-Aviv.
Une vie consacrée à créer une société « plus juste »
Vivian Silver se rend en Israël pour la première fois en 1968. Elle effectue un échange avec l’Université hébraïque de Jérusalem, où elle étudie la psychologie et la littérature anglaise. Quatre ans plus tard, lors de sa dernière année d’université, de retour au Canada, elle fonde avec d’autres étudiants « L’Alliance des étudiants pour Israël ». Ce sont ses premiers pas d’activiste. Vivian Silver fait son alyah – le fait pour les juifs d’émigrer en Terre promise, espérance spirituelle concrétisée en 1950 par la Loi du retour – en 1974, quelques mois après la guerre du Kippour. Depuis cette date, Vivian Silver n’a jamais cessé de travailler à améliorer le sort des Palestiniens et cherché à créer une société plus juste pour Juifs et Arabes.
D’abord impliquée dans une organisation à but non lucratif vouée à la justice sociale et à l’égalité des sexes, Vivian Silver a également travaillé pour la Knesset (le parlement israélien), au sein d’une sous-commission pour la promotion des femmes au travail et dans l’économie. Après avoir déménagé dans les années 1990 à Be’eri, elle a commencé à s’impliquer dans la création de programmes d’aide destinés aux Gazaouis, notamment pour les épauler dans leur recherche d’emploi et pour s’assurer qu’ils soient payés convenablement. En 1998, elle est devenue directrice exécutive de l’Institut du Néguev pour les stratégies de paix et de développement, où elle a lancé une initiative visant à former et à rendre autonome la communauté bédouine arabe locale.
« Vivant à la frontière de la bande de Gaza… je suis animée par un désir intense de sécurité, de respect mutuel et de liberté pour nos deux peuples », a un jour déclaré Vivian Silver, en marge d’un événement organisé par Women Wage Peace (qu’on pourrait traduire par « les femmes mènent la paix »), une association pacifiste créée au lendemain de la guerre de 50 jours à Gaza et de l’opération « Bordure protectrice » de 2014, et dont Vivian est l’une des cofondatrices.
Régulièrement, Vivian Silver allait aussi chercher des patients palestiniens de Gaza atteints de cancer et les conduisait jusqu’à Jérusalem pour qu’ils soient soignés. « Elle se bat pour la justice, c’est une mère et grand-mère fantastique », a affirmé à l’Agence France-Presse Yonathan avant d’ajouter : « Si elle était là, elle dirait que la guerre est le résultat du chemin qu’on a pris durant toutes ces années et que le seul moyen de se sentir en sécurité, c’est la paix. » Le 4 octobre dernier, Vivian Silver participait à organiser un rassemblement en faveur de la paix à Jérusalem. 1 500 personnes, arabes comme juives, étaient présentes. C’était trois jours avant les attaques sanguinaires du Hamas.
Valentine Arama