Résister et Créer, pour une civilisation écologique et conviviale…
A noter pour nos réseaux , en particulier le projet « Terra » de l’archipel des confluences et celui dont nous parlerons lors de l’Université de Sete du projet commun « Résister et Créer » la publication de cet article de Claire Dehove écrit suite à son intervention au colloque organisé par l’Institut Cité écologique à l’Académie du Climat, le 27 mars 2023 :
Claire Dehove, L’Ambassade de la MétaNation, une fiction instituante, dans “La Révolution écologique de la République“, sous la direction Claire Monod, introduction de Valérie Masson-Delmotte, revue Propos, édition Les Petits Matins, août 2023.
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Suite à un nouvel appel d’Edgar Morin il y a ce projet d’un mouvement allant de l’intime au Planétaire dans lequel nous pourrions jouer un rôle de tisserands ; projet dont nous devons notamment parler à l’université d’Utopia fin octobre.
Amitiés
Patrick Viveret
1. Exigences, principes, mouvement, objectifs
1.1. Une double exigence
Nous sommes confrontés à une double exigence qui se joue pour l’humanité dans les décennies à venir (au moins jusqu’à
la fin de ce siècle) mais aussi à court terme car l’avenir dépend étroitement des décisions et des comportements que nous adoptons aujourd’hui.
Cette exigence est écologique car la Vie (celle de l’humanité mais aussi de nombreuses autres espèces) est désormais
menacée tant par le dérèglement du climat que par la réduction massive de la biodiversité et la difficulté croissante d’un accès à une eau potable et à un air respirable.
C’est aussi une exigence éthique, sociale et démocratique car la période chaotique dans laquelle nous sommes entrés
est grosse de risques de régressions inhumaines en termes d’injustices, de violences, de formes multiples de barbaries.
La première exigence est celle de la Vie au sens biologique du terme. La seconde conditionne la préservation d’une
civilité humaine face aux régressions inhumaines. Les deux sont profondément liées : une écologie purement survivaliste
pourrait être injuste, autoritaire et violente. Elle n’a de sens que si elle intègre les dimensions éthiques et relationnelles
qu’évoque un auteur comme Felix Guattari sous le terme d’écosophie. Aussi plaidons nous dans ce texte pour une
civilisation écologique et conviviale, le second terme intégrant la dimension éthique sociale et démocratique d’un humanisme régénéré que défend la perspective convivialiste.
Les deux exigences appellent à la fois de la Résistance face à l’insoutenable et de la Création pour construire un bien vivre ensemble à toutes les échelles de territoires du local au planétaire.
1.2. Des principes
Cette double exigence s’exprime dans des valeurs et des principes rappelés dans plusieurs forces déjà existantes et notamment, parmi nos cercles proches :
– Un bien vivre ensemble développées notamment dans les manifestes convivialistes ;
-Un futur souhaitable dessinés par le mouvement Utopia ou l’institut des futurs souhaitables ;
– La charte des forums sociaux mondiaux,
– Les textes fondateurs des Dialogues en humanité
1.3. Un mouvement sous forme d’archipel
Cette exigence et ces principes sont portés potentiellement par plusieurs forces sociales, culturelles, démocratiques qui
gagneraient à co-construire ensemble un mouvement intergénérationnel, altermondialiste et éco-convivialiste. Ce
mouvement aurait pour tâche d’organiser Résistance et Création à travers des projets de transformation écologiques,
sociaux, démocratiques au moins jusqu’à la fin du siècle. Afin de respecter la pluralité et l’indépendance de ces membres,
associatifs, culturels, politiques, économiques… ce mouvement aurait tout à gagner à s’organiser sous forme d’archipel en respectant des principes énoncés par le poète antillais Edouard Glissant ou par le penseur de la complexité Edgar Morin :
– le respect des « identités racines » de ses membres ;
– la co-construction d’un espace commun qui ne soit sous la domination d’aucun des acteurs ;
– la multiplication et la fécondité de relations entre les divers acteurs de l’archipel signe de leur interdépendance.
Ce mouvement pourrait se construire autour de trois objectifs majeurs partagés : la Vie, la Justice, la Liberté.
1.4. Trois objectifs majeurs : la Vie, la Justice, la Liberté
– Pour La Vie car elle est menacée
· Par un productivisme qui détruit le Vivant et sa diversité et menace l’habitabilité de notre planète
· Par une domination irresponsable de l’espèce humaine sur les autres espèces
– Pour la Justice car elle est menacée
· Par le creusement des inégalités générées par le néocapitalisme
· Par le racisme et les discriminations qu’il provoque
· Par les violences et les discriminations sexuelles issues en particulier du patriarcat
– Pour la Liberté car elle est menacée
· Par les formes autoritaires, dictatoriales ou pire, totalitaires du pouvoir
· Par les formes subtiles de la servitude volontaire qui peuvent conduire les peuples à se soumettre eux- mêmes à des démagogues qui deviennent leurs nouveaux maîtres
1.5. Une proposition : qualifier de « brutalisme » les éléments communs au productivisme, au capitalisme, au racisme, au patriarcat
– car tous se caractérisent par la brutalité de leurs logiques de domination, d’exploitation, de discrimination
– Mais comprendre que les forces qui se veulent alternatives à ces dominations sont-elles mêmes gangrenées par le brutalisme ce qui suppose un travail
d’autoréforme de leur part, de leurs comportements, voire de leur propre imaginaire
2. Une méthode qui combine
2.1. Résistance créatrice, Expérimentation
anticipatrice et Vision Transformatrice : le REV
– Une résistance créatrice qui évite les dangers des révoltes destructrices et des violences dominatrices
– L’expérimentation anticipatrice
· mettant en œuvre sans attendre sur tout territoire adhérant démocratiquement à ces valeurs :
· de nouvelles formes de rapport à la richesse fondées sur la création de Valeur comme force de vie et non comme « value for money ».
– Une Vision anticipatrice
· Un débat permanent sur la Vision, le récit, le contenu d’un imaginaire, d’une Utopie
positive autour de la question : comment construire un Anthropocène créateur et non destructeur ?
· Exemple de l’Imaginaire d’une république Terrienne
· Au sein de laquelle l’espèce humaine s’autogouverne en mettant en œuvre les principes de respect de la Vie, d’instauration de la Justice,
de préservation et d’extension des libertés
· Permettant à l’humanité de devenir sujet positif de sa propre histoire après avoir pris conscience avec
Auschwitz et Hiroshima qu’elle pouvait en être le sujet négatif et destructeur
2.2. le re-encastrement de l’économie dans l’écologie
Une évaluation démocratique continue autour des questions du bénéfique et du nuisible et non du gain et de la perte monétaire (ce qui suppose réformes des
indicateurs de richesse, des systèmes comptables, d’échange et de fiscalité).
2.3. De nouvelles formes de rapport au pouvoir fondées sur le pouvoir de création démultiplié par la coopération
– et non le pouvoir de domination fondé sur la prédation et la dépression
-Des formes de démocratie continue à haute qualité de participation et de délibération et non des formes pauvres épisodiques et purement délégatives ;
– Des modes d’organisation permettant de transformer la violence en conflit, des ennemis en d’adversaires et de
faire des divergences et des contreverses une richesse et non une menace pour les collectifs humains
2.4. Une nouvelle approche de la geopolitique devenant une geo-écologie de l’humanité
– inspirée par le respect du Vivant et la puissance créatrice et non par les affrontements de puissances surarmées et menaçant l’existence même de la vie et de l’humanité par ses armes de destruction massives
– Le passage d’une ère structurée par les guerres à une ère structurée par une paix fondée sur la mise en œuvre des principes de justice, de liberté et de respect de la Vie ce qui suppose une réforme de l’ordre international issu de la seconde guerre mondiale
2.5. Une nouvelle organisation mondiale
-fondée sur des principes de multipolarité et non de domination mais respectueuses du Vivant
– mettant en œuvre les droits humains et faisant en particulier de la Déclaration universelle du même nom un droit opposable et non un vague horizon
2.6. De nouvelles formes éducatives , culturelles et de quête de sens ouvertes au débat pluraliste
– Et non des formes intégristes et intolérantes porteuses de nouvelles guerres de religion ou de civilisation
– Des formes éducatives ouvertes à cette quête pluraliste et montrant les risques de l’intolérance
– Des pratiques culturelles les plus libres et créatives possibles mais respectant ces principes de tolérance
2.7. De nouveaux rapports aux savoirs et aux connaissances
– Mettant en œuvre des approches fondées sur des principes de pluridisciplinarité et d’humilité et non sur des savoirs générant domination et rigidité disciplinaire (cf sur notamment ce point les propositions d’Edgar
Morin sur les enjeux d’une réforme de la pensée)
– Travaillant à un usage émancipateur de la mutation informationnelle, de l’intelligence artificielle, de la révolution du Vivant et mettant en œuvre moratoires et principe de précaution lorsque ces mutations peuvent s’avérer dangereuses
2.8. De nouveaux rapports à la sexualité et aux genres
– Fondés sur le consentement et le désir partagé et non la violence et la domination
– Permettant l’émergence d’un nouvel art d’aimer…
2.9. Une capacité à mettre en œuvre une
métamorphose très humaine et non post humaine
– En identifiant et en permettant une sortie des logiques de peur et de rétractation qui caractérisent notre « temps des chenilles »
– Une identification des forces de vie , de ces « cellules imaginales » qui portent l’avenir désirable d’une humanité capables de combiner intelligence créatrice et sagesse du bien vivre
2.10. Qui accueille
– Une contribution à cette perspective allant non seulement du local au global mais de l’intime au planétaire
· A travers notamment les travaux de la pirogue Terra
– Utiliser l’opportunité de la préparation du forum social mondial sur les intersections en mai-juin 2025 en lien avec les Dialogues en humanité , Katalizo et
l’association internationale des convivialistes afin d’inscrire l’approche créative dans la convergence des résistances
– Une contribution au débat sur l’enjeu européen (et celui des élections européennes) dans cette perspective
· Voir les textes de contributions issues de la pirogue Europe commune aux archipels « écologie et solidarités » et « confluences »
3. Une stratégie pour la France dans cette perspective
3.1. Objectif
– Réussir la mutation de notre pays d’ici 2100
– les perspectives du mouvement d’alliance des forces de vie à travers la mise en œuvre dans notre pays d’un écosystème de valeurs et objectifs évoqués plus haut
3.2. Utiliser l’opportunité de la fin des restes de puissance néocoloniale de la France pour
accompagner sa mutation en puissance créatrice et contributrice tant dans l’Europe qu’à l’échelle mondiale
– Possibilité de mettre en jeu sa force nucléaire en lien avec la signature du traité pour l’abolition des armes nucléaires et son droit de veto aux Nations Unies afin de crédibiliser une proposition de réforme du système des Nations Unies dans cette perspective
3.3. Définir les fonctions du politique au sein d’un mouvement transformateur plus global en
respectant l’indépendance des différents acteurs syndicaux et associatifs de cette transformation
– Les enjeux du dépassement de la Charte d’Amiens
– L’impossibilité de reproduire les tentatives léninistes et social démocrates du rapport entre organisation politique et transformation sociétale
– L’intérêt de la tentative autogestionnaire pour travailler à ce dépassement
– Utiliser l’opportunité des acquis de l’Intersyndicale lors du mouvement des retraites
– Difficultés, limites et opportunités de la Nupes dans cette perspective
– Intérêt de la forme « archipel » pour répondre à ces différents en jeux
3.4. L’enjeu capital du risque neofasciste en France en 2027
– identifier l’ampleur du risque et ses conséquences européennes et internationales si le lepénisme s’imposait en France.
– Attaquer les cause du populisme en particulier avec la défiance des catégories populaires à l’égard des gauches et des écologies sur la question clef des injustices et des inégalités mais aussi la tentation rassurante d’une
prétendue « écologie du bon sens » défendue par l’extrême droite et consistant à refuser de réformes écologiques, sociales et démocratiques absolument nécessaires
3.5. Sortir de la monarchie présidentielle dans nos têtes
– Commencer par préparer les élections municipales puis législatives avant les présidentielles ce qui crée l’obligation de penser alliance et territoires et donc programme de cette alliance et traitement des dissensus et des points aveugles
– Travailler à la constitution de ce que serait un alter gouvernement dans cette perspective
– Partir de l’idée que nous aurons besoin de tous les talents à condition que les joueurs jouent collectif (faute de quoi ils seront écartés de la sélection)
– Penser la perspective des élections présidentielles en cohérence avec ce processus et choisir la personne la mieux capable d’incarner cette alliance sur des qualités d’ensemblier, de chef.fe d’équipe et non de compétiteur narcissique
– Explorer à cet égard d’autres modalités que celles des primaires calquées sur le mécanisme présidentiel dans cette perspective
· Par exemple une convention citoyenne de la transformation écologique et sociale
· Le rôle possible de « sages » dans cette perspective
4. Penser l’université de Sète comme creuset de ce projet « megalodeste » alliant ambition et modestie
4.1. En lien avec d’autres étapes à construire à partir
de forces déjà existantes
– Mettant en œuvre les principes de tissage d’exploration et de catalyse développés en particulier au sein de l’archipel des confluences
– Ne prenant en charge des fonctions d’organisation que si elles ne sont pas prises en compte par ailleurs et s’il y a des moyens pour le faire
4.2. Permettre une progression de l’Université afin de partir du bon usage des colères (Résister) pour aller vers la perspective émancipatrice du Créer
– Identifier les acteurs et les personnes clefs qu’il serait utile d’inviter et avec lesquelles entamer une coopération de longue durée
· Au sein des mouvements activistes
· Au sein du mouvement syndical
· Au sein des grandes plate formes coopératives que sont
· Le Pacte Pouvoir de Vivre
· L’alliance écologique et sociale (ex Plus jamais çà)
· Le collectif pour une Transition Citoyenne initiateur du Pacte pour la Transition
-Abordant les questions difficiles (points aveugles et points de désaccords) et montrant qu’il est possible de les traiter de manière apaisée et sans les mettre sous le tapis
· Ex sur la question des formes violentes d’activisme
· Sur la nature de compromis à passer sans basculer dans des compromissions
· Sur l’interdépendance au sein de l’alliance qui soit respecuteuse de l’indépendance associative et syndicale
4.3. Construire les conditions d’un mouvement commun associant l’ensemble des acteurs qui se reconnaissent dans les réseaux actuels du mouvement convivialiste, de la coopérative
Utopia, des archipels de l’écologie et des solidarités et de l’archipel des confluences
– Progresser vers une mutualisation et une démultiplication des moyens permettant l’émergence de ce mouvement eco-convivialiste
– Établir une progression au moins sur 2023-2024 afin de penser le rôle de l’Université d’automne 2024 intervenant après les élections européennes
A noter pour nos réseaux , en particulier le projet « Terra » de l’archipel des confluences et celui dont nous parlerons lors de l’Université de Sète du projet commun « Résister et Créer » la publication de cet article de Claire Dehove écrit suite à son intervention au colloque organisé par l’Institut Cité écologique à l’Académie du Climat, le 27 mars 2023 :
Claire Dehove, L’Ambassade de la MétaNation, une fiction instituante, dans “La Révolution écologique de la République“, sous la direction Claire Monod, introduction de Valérie Masson-Delmotte, revue Propos, édition Les Petits Matins, août 2023.
Lien : https://wosagencedeshypotheses.files.wordpress.com/…
Suite à un nouvel appel d’Edgar Morin il y a ce projet d’un mouvement allant de l’intime au Planétaire dans lequel nous pourrions jouer un rôle de tisserands ; projet dont nous devons notamment parler à l’université d’Utopia fin octobre.
Amitiés
Patrick Viveret

