Va-t-on laisser les mégafeux ruiner la biomasse forestière mondiale et la biodiversité ?
La forêt embrasée à Rocky Mountain House en Alberta, Canada
Ces dernières années, sans compter les incendies volontaires perpétrés en Amazonie, en Indonésie ou ailleurs pour des motifs agricoles ou politiques, la planète est de plus en plus confrontée aux mégafeux avec l’intensification des périodes caniculaires. Sibérie, Australie, Californie, Canada mais aussi tout le pourtour méditerranéen, en cinq ans, des dizaines de millions d’hectares ont été ravagés par les flammes, détruisant durablement la biodiversité, gaspillant des quantités considérables de biomasse et larguant des quantités tout aussi énormes de gaz à effet de serre et de particules dans l’atmosphère. Rares sont aujourd’hui les régions du Monde qui sont encore épargnées et le phénomène n’est appelé qu’à s’intensifier si rien n’est fait.
Face à cet emballement désastreux, sommes-nous condamnés à ne faire que les pompiers pour protéger nos biens contre ces feux, et à l’impuissance concernant la forêt elle-même ? Ou envisageons-nous d’agir à la hauteur de l’enjeu, c’est à dire conserver les forêts avec leur rôle régulateur du climat et du cycle de l’eau, avec leur biodiversité et avec leurs matières premières ?
Pour répondre à ces questions, il faut repartir des fondamentaux : que faut-il pour générer du feu ?
Il faut un stock de carbone (ici la forêt), de l’oxygène en grande quantité (souvent le vent), et de la chaleur. Si sur le vent et la chaleur, à court et moyen terme, on ne peut pas grand choses, sur le court terme on peut néanmoins agir sur la quantité de biomasse, et en particulier sur la biomasse basse, celle sans laquelle aucun feu ne peut démarrer. Les forêts gérées qui représentent environ 40 % des forêts de la planète. Et certaines mesures comme l’éducation et la vigilance peuvent s’appliquer pour toutes les forêts, y compris primaires, en association avec leurs habitants, dans un intérêt commun. Et à ceux qui diront que tout cela coûterait trop cher, répondons que le prix de l’inaction est toujours supérieur à celui de l’action, et que la question est aujourd’hui devenue une question de survie. Il conviendrait ainsi d’agir à deux niveaux simultanément.
Généraliser la prévention et la défense contre les feux
Commencer par l’éducation et la sensibilisation, dans les écoles, sur les lieux de vacances, chez les professionnels concernés, sur ce qu’il faut faire et ne pas faire, et sur comment réagir en cas de feu, ou d’indice de feu, les premières minutes étant primordiales, comme les premiers gestes à une personne en péril.
Ensuite créer une administration dédiée aux risques naturels et au feu, lui donner des moyens humains, techniques et de surveillance, et la possibilité légale de mobiliser ponctuellement d’autres ressources comme l’armée et des volontaires.
Généraliser les accès routiers aux massifs, même s’il faut les fermer aux activités motorisées non essentielles. Répartir des réserves incendie dans toutes les forêts comme c’est déjà le cas en France pour les bâtiments importants.
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Maintenir la biodiversité
Même si théoriquement toute forêt desséchée peut brûler, les forêts les plus sensibles aux feux accidentels sont néanmoins les forêts monospécifiques, et principalement les peuplements résineux ou à eucalyptus. Dans les forêts gérées, la sylviculture doit être conduite le plus possible avec un mélange d’essences, ce qui rend les peuplements forestiers plus résilients, non seulement aux feux, mais aussi aux maladies et aux tempêtes.
Favoriser la régénération naturelle, conserver des porte-graines à une densité suffisante lors des coupes, ce qui ne constitue pas une contrainte dans les forêts dites irrégulières, et conserver une partie des vieux arbres, refuges de biodiversité, sont des mesures qui contribueront à rendre la foret durable et respectueuse de la biodiversité.
Frédéric Douard