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CIRCUIT COURT : une histoire des AMAPs… les Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne…

C’est au Japon, dans les années 1960, suite à une grave pollution industrielle, que des mères de famille développent les teikei : « En échange d’assurer aux paysans une sécurité financière en achetant leur production par souscription, ceux-ci s’engagent à fournir des aliments sains et sans produit chimique. Un système alternatif simple, de distribution direct et qui émancipe de l’économie de marché. » En France, c’est un couple de paysans du Var, de passage chez leur fille à New-York, à l’occasion des fêtes de la fin d’année 1999, qui va rapporter ce principe dans leur ferme fragilisée par la grande distribution  et ouvrir, en 2001, la première association pour le maintien d’une agriculture paysanne, la première AMAP.

Tristan Thil et Claire Malary ont longuement rencontré Daniel et Denise Vuillon, aux Oliviades, leur « citadelle verte assiégée par le béton » près de Toulon, au cœur d’une zone commerciale dont il n’ont eu de cesse de défendre l’étendu à leurs dépends. C’est cette lutte qu’il raconte, ainsi que l’évolution de l’agriculture vers une industrialisation accélérée. Depuis 1804, ils sont la septième générations à s’occuper de cette ferme, depuis la distribution des terres au moment de la Révolution française, s’adaptant toujours aux événements et aux situations : vignes et oliviers, culture maraichère puis monoculture de l’artichaut. Beaucoup d’innovations ont été tentées, telle la plasticulture.
La notion de primeurs permettait d’atteindre la rentabilité, avant d’être dépassée par les importations mondiales. Avec l’élargissement européen à l’Espagne, ses conditions climatiques meilleures et ses coûts de production plus bas, la concurrence devient sévère, pourtant la FNSEA y est favorable afin que les céréaliers français puissent exporter leur production. Les supermarchés ont fragilisé la vente directe sur les marchés. Toutes les coopératives maraîchères de Provence qui ont passé des accords avec les grandes surfaces pour que la production locale soit prioritaire, se sont cassé la gueule entre 1981 et 1988. Un monopole s’est constitué, en détruisant les réseaux existants pour prendre des parts de marché, en privilégiant les marchandises à bas prix via des centrales d’achat recherchant les marchandises les moins chères possibles dans le monde entier. « Toute la production, influencée par la demande de la grande distribution, allait vers une standardisation totale. Il n’y avait plus que trois variétés de tomates, deux variétés de courgettes, une seule variété de fraises représentait 85 % des fraises cultivées sur la planète… Une folie ! »
Daniel et Denise Vuillon ont décidé d’aller dans la direction inverse. Puis, la mairie a modifié son plan d’occupation des sols, classant leurs terres cultivées en zone non agricole. Un article paru dans la presse nationale à propos des 140 variétés de tomates qu’ils cultivaient, a attiré l’attention du chef Alain Ducasse. Rapidement d’autres restaurants gastronomiques ont commandé leurs légumes. Ainsi, la grande gastronomie les a sorti des griffes de la grande distribution, sans pour autant les faire vivre sur l’année. Pour le passage à l’an 2000, ils s’envolent pour New-York, où vit leur fille, avec un contrebassiste de jazz. C’est là qu’ils découvrent une Community Support Agriculture (CSA), système de vente par contrat, entre fermiers en agriculture biologique et consommateurs, qui garanti la sécurité économique aux uns et la sécurité alimentaire aux autres, qu’ils vont rapporter dans leurs bagages et lancer un an plus tard, à l’occasion d’un débat sur la malbouffe organisé à Aubagne par ATTAC. À ce moment-là, la maladie de la vache folle sévit, parvenant à se transmettre à l’homme.

Pour la première fois, on s’inquiète du contenu des assiettes. Cette remise en cause des modes de production et de consommation alimentaires tombait à point pour assurer le succès de ce nouveau modèle dont le principe est simple : « le prix est calculé sur la base de l’intégralité des charges de la ferme, rémunération du travail comprise, divisé par le nombre de familles que la ferme est en mesure de nourrir. Ça c’est le juste prix de la nourriture ». « Et sociologiquement, les adhérents de l’AMAP représentent l’ensemble de la société. »

En retraçant le parcours de ce couple face aux déboires subis par leur ferme, Tristan Thil et Claire Malary livrent une histoire économique de la condition des agriculteurs, en France, depuis l’après-guerre, bien plus large que celle de la première AMAP.
Bonus : des recettes sont dispersées au détour des chapitres.

Ernest London

CIRCUIT COURT
Une histoire de la première AMAP
Tristan Thil et Claire Malary
128 pages – 23 euros
Éditions Futuropolis – Paris – Octobre 2023
www.futuropolis.fr/9782754833219/circuit-court.html

En octobre 2000, Daniel et Denise Vuillon, couple de maraîchers pratiquant déjà la vente directe et une production biodiversifiée dans l’ouest du Var à Ollioules, découvrent à New York la CSA, Community Supported Agriculture « Roxbury farm ». Ils rencontrent les consommateurs et le maraîcher de la CSA. Le contexte agricole étant similaire ils envisagent de transposer le concept en France. Ils projettent de l’adapter sur leur ferme. Ils l’appelleront AMAP.

La même année, les Vuillon répondent à l’appel à projet du Secrétariat d’État à l’Économie Solidaire (Guy Ascouët) par l’intermédiaire de l’association nationale Alliance Paysans Ecologistes Consommateurs pour initier et développer le concept des CSA américains en France. La réponse du Secrétariat d’État à l’Économie solidaire est positive ce qui les encourage à monter le dossier et la panoplie d’outils pour la création de l’AMAP.

En janvier 2001, en pleine crise d’insécurité alimentaire (« la vache folle ») les Vuillon sont invités à une réunion organisée par ATTAC à Aubagne sur le thème de la « malbouffe », Ils font le triste constat de la disparition des agriculteurs. Au recensement agricole décennal de 2000, en 10 ans, la Provence a perdu 15 000 exploitants sur 40 000 dans la filière maraîchage. Ils présentent le concept des CSA et ses avantages qui pourraient apporter une solution au maintien d’une agriculture locale et saine et pour une bonne alimentation. Les consommateurs sont motivés. Trois réunions se sont tenues. Le 8 avril avait lieu le pique-nique à la ferme « les Olivades », un rencontre qui reste une étape importante dans la création des AMAP. Le 17 avril 2001, 1re distribution des paniers de l’AMAP des Olivades à Aubagne. Ils créent la même année la 1re AMAP du Flayosquet à Draguignan (83) en lien avec la famille Bianchi éleveurs laitiers.

Estimant le contexte favorable au développement de ce type d’initiative, ces maraîchers, membres de la Confédération paysanne du Var, avec d’autres associations et avec le soutien de la Région PACA, créent une structure chargée d’accompagner les porteurs de projet AMAP dans la région. Alliance Provence, Paysans Ecologistes Consommateurs est déclarée le 10 mai 2001.

La demande de petits producteurs est forte et de nombreux consommateurs sensibilisés se mobilisent et se responsabilisent. Les AMAP se multiplient rapidement : en PACA on compte 47 AMAP en 2004 et 80 en 2005.

Au plan national, la situation agricole est aussi catastrophique, dès 2002 les Vuillon partagent leur expérience et répondent aux nombreuses demandes. Ils accompagnent les premiers projets d’AMAP dans toute la France. Leur méthode d’essaimage, l’accompagnement professionnel agricole, de paysan à paysan, associée à la forte implication de consommateurs responsables a construit le paysage AMAP en France, sur des bases éthiques économiques sociales et solidaires.

En février 2004 se tint à Aubagne le premier colloque international des teikei (Japon), CSA (pays anglophones), AMAP (France), ASC (Québec), etc. Les colloques suivants ont eu lieu à Aubagne (fin janvier 2008) et à Kobé (février 2010). Un deuxième colloque international se tint ensuite à Palmela (Portugal) en décembre 2005 donnant lieu à la création du réseau international URGENCI qui regroupe ces diverses initiatives. Patrice Marie des Fermes de Cocagnes à Peyrins et Claude Veyret paysan-éleveur à Menglon vont créer la premières AMAP en Rhône-Alpes. Ils en seront les premiers administrateurs ( 2004-2009 ).

MCD

 

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