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Immigration : coûts et gains pour l’économie française

François Saint-Cast et Samuel-Frédéric Servière

Un rapport important de l’OCDE Perspectives des migrations internationales 2021 (28 octobre 2021) permet d’expliciter un certain nombre de déterminants de l’immigration en France et avance des chiffres pour mieux en cerner les enjeux. Dans la même veine, mais avec une focale sur l’immigration économique, un certain nombre de contributions ont été publiées par le Conseil d’Analyse économique un mois plus tard (Novembre 2021). Par ailleurs l’INSEE se préoccupe également des conséquences économiques de l’immigration, qu’il s’agisse du distinguo entre la population immigrée ou étrangère, ou s’agissant de l’évaluation de leur niveau de vie par rapport à la moyenne nationale ou leur représentation au sein de la population en activité ou au chômage.

Evaluer le stock : une nécessaire distinction entre la population étrangère et la population immigrée

L’INSEE nous invite[1] à effectuer une première différentiation méthodologique entre la population immigrée et la population étrangère résidentes en France. On distingue ainsi en 2020 une population immigrée de 6,8 millions d’individus composée de 2,5 millions d’immigrés naturalisés français et de 4,3 millions d’immigrés conservant leur nationalité étrangère. Cette dernière population allogène sur notre territoire doit être ajoutée à la population étrangère née en France (0,8 million d’habitants) pour constituer la population étrangère en France (soit 5,1 millions d’habitants).

On peut également additionner à la population immigrée la population des étrangers nés en France afin de définir une population d’origine allogène naturalisée ou non, dont les effectifs s’élèvent à 7,6 millions d’habitants, soit près de 11,2%.

Evaluer le flux : des entrées permanentes en France de 290.578 individus en 2019

L’OCDE dans le cadre de son rapport d’octobre 2021, montre qu’en France les entrées « permanentes » en 2019 (toutes causes) se sont élevées à 290.578 personnes, contre 289.900 l’année précédente. Ces chiffres cependant diffèrent de ceux recueillis toujours par l’OCDE au sein de l’International Migration Database, qui relève quant à elle pour 2019, 266.341 entrées sur le territoire français (inflows of foreign populations). Le premier agrégat est plus large car il intègre également des étrangers déjà présents sur le territoire et voulant s’y maintenir de façon permanente, contrairement au second.

 Entrées permanentes 2019
Travail 51 400
Famille accompagnante ..
Famille 101 564
Humanitaire 33 273
Autres 25 919
Libre circulation 78 422
Total 290 578

 

Source : OCDE, rapport op.cit.

L’intérêt de la base des Migrations internationales de l’OCDE est d’offrir une répartition par destination plus poussée que les données du rapport Migrations internationales. Nous y avons placé en miroir le total des résidents en 2019 en France (qui diffère de la décomposition de la population étrangère et/ou immigrée).

Rang Total résidents 2019                       8 428 660   Rang Total Flux 2019          266 341  
1 Algérie                       1 386 181 1 Maroc            22 455
2 Maroc                       1 009 605 2 Algérie            21 715
3 Portugal                           614 174 3 Tunisie            14 950
4 Tunisie                           427 791 4 Italie            14 631
5 Italie                           315 426 5 Espagne            10 466
6 Espagne                           274 073 6 Royaume-Uni              8 696
7 Turquie                           263 972 7 Roumanie              8 610
8 Allemagne                           190 323 8 Portugal              7 643
9 Royaume-Uni                           163 622 9 Côte d’Ivoire              6 786
10 Belgique                           163 556 10 Belgique              6 781
11 Sénégal                           156 311 11 Comores              6 597
12 Comores                           143 319 12 Allemagne              5 700
13 Madagascar                           141 272 13 United States              5 472
14 Romanie                           141 222 14 China              5 371
15 Côte d’Ivoire                           133 675 15 Afghanistan              5 313
16 Chine                           119 909 16 Turquie              5 030
17 Viet Nam                           116 047 17 Sénégal              4 820
18 Cameroun                           106 123 18 Guinée              4 635
19 Suisse                           100 837 19 Inde              4 203
20 Mali                              97 888 20 Mali              4 043
Autres           2 363 334   Autres            92 424

Source : OCDE International Migration Database, https://stats.oecd.org/Index.aspx?DataSetCode=MIG

Dans ces conditions, il apparaît que le flux de migrants représente en 2019 0,5% de la population totale, et le nombre de résidents en France nés à l’étranger, 12,5% de la population totale.

L’impact de l’immigration sur l’évolution de la natalité en France est négligeable

Par ailleurs, le taux de fécondité des immigrées est supérieur à celui de la population nationale, avec 2,6 enfants par femme en 2017 (derniers chiffres disponibles) contre 1,7 enfant/femme de la population native, et 1,88 enfant par femme pour la population totale. L’impact du taux de fécondité de la population immigrée est donc très faible sur celui de la population totale. Ceci se vérifie sur moyenne période et même, si l’on extrapole toutes choses égales par ailleurs, à 80 ans (2100) :

Si l’on fait un focus sur les décompositions présentées ci-dessus on obtient les éléments suivants :

Naissances selon la nationalité des parents
Nationalité des parents 2000   2010   2020  
Les deux parents français 684 681 84,8% 667 707 80,2% 546 718 74,4%
Un parent français, un parent étranger 70 566 8,7% 110 768 13,3% 108 113 14,7%
   Père de nationalité de l’UE à 27, mère française 8 952 1,1% 8 084 1,0% 6 902 0,9%
   Père de nationalité hors UE à 27, mère française 31 921 4,0% 48 653 5,8% 44 679 6,1%
   Père français, mère de nationalité de l’UE à 27 6 779 0,8% 7 314 0,9% 7 162 1,0%
   Père français, mère de nationalité hors UE à 27 22 914 2,8% 46 717 5,6% 49 370 6,7%
Les deux parents étrangers 52 158 6,5% 54 324 6,5% 80 365 10,9%
   Deux parents de nationalités de l’UE à 27 5 780 0,7% 6 424 0,8% 10 900 1,5%
   Deux parents de nationalités hors UE à 27 44 994 5,6% 45 521 5,5% 64 219 8,7%
   Père de nationalité de l’UE 27, mère de nationalité hors UE à 27 531 0,1% 1 211 0,1% 3 155 0,4%
   Père de nationalité hors UE 27, mère de nationalité de l’UE à 27 853 0,1% 1 168 0,1% 2 091 0,3%
Ensemble 807 405 100%  832 799 100%  735 196 100% 

Concrètement en 2020, les enfants nés de deux parents étrangers qui acquièrent la nationalité française par le droit du sol, représentent 11% des naissances soit 80 365 personnes, 8,7% sont de parents hors UE, soit 64 219 personnes. 89% des naissances (654 831) sont issues de couples avec au moins un parent français. Parallèlement, en 2019, 109 000 personnes ont acquis la nationalité française.

Il est assez difficile de se projeter dans un avenir lointain. Sous l’hypothèse que les tendances des vingt dernières années se poursuivent sur  les quatre-vingt prochaines années, la structure des naissances en 2100 serait la suivante :

Naissances selon la nationalité des parents 2100 Répartition
Les deux parents français     213 800 32,6%
Un parent français et un parent UE       11 611 1,8%
Un parent français et un parent hors UE     241 191 36,8%
Deux parents UE       29 821 4,5%
Un parent UE un parent hors UE       18 892 2,9%
Deux parents hors UE     140 169 21,4%
Ensemble     655 485   100,0%
Au moins un parent français     466 603   71,2%
Au moins un parent UE       48 713   7,4%
Deux parents hors UE     140 169   21,4%

L’impact de l’immigration sur l’emploi

Le rapport de l’OCDE montre qu’en 2020, les immigrés ont un taux d’emploi de 59,1% contre 66,3% pour les natifs, et un taux de chômage de 12,6% contre 7,4% pour les natifs. La raison de cette plus grande exposition au chômage vient de la plus difficile insertion de ces populations sur le marché du travail, de leur faible niveau de formation et des effets de désajustement des compétences acquises par rapport à celles demandées en France.

Même constat s’agissant des statistiques de l’INSEE. L’institut donne en effet dans une note récente[2], 55% des immigrés en emploi en France contre 63,9 pour la population non immigrée et 62,9% pour la population totale, et un taux de chômage de 13,8% des immigrés hors UE pour un taux de chômage moyen de 13%.

Comme le relève la note du CAE[3], en 2020, 37,8% des immigrés en âge de travailler avaient un niveau scolaire égal ou inférieur au brevet des collèges contre 18,9% des natifs ce qui entretien un flux d’immigration particulièrement peu qualifié vers la France. Ce flux est en outre peu diversifié car entretenu par l’importance de l’immigration familiale (35%) et non d’une immigration économique (17,6%). L’OCDE montre bien que la France, s’agissant de la sélectivité de son immigration, est particulièrement mal placée par rapport aux autres pays développés. Elle entretient des flux peu qualitatifs en matière de qualification :

Le différentiel entre la part des immigrés diplômés du supérieur et des natifs était de -3 points en 2007 (27% contre 30%) mais de -7 points en 2017 (32% contre 40%). Au Royaume-Uni au contraire le différentiel était de 0% en 2007 (33% dans les deux cas) et positif en faveur de l’immigration de 9 points en 2017 (50% contre 41% pour les natifs). Idem pour le Danemark avec -3 points en 2007 (30% contre 33%) mais +4 points en 2017 (45% contre 41%). L’Irlande constituant un cas paroxystique d’immigration à forte valeur ajoutée avec un différentiel de +14 points (48% pour les immigrés contre 34% pour les natifs) en 2007 contre +9 points en 2017 (56% contre 47%). La Suède avec un différentiel de +1 point en faveur des immigrés (34% contre 33%) en 2007 et 2017 (46% contre 45%) restant stable[4].

Quelle contribution budgétaire nette de l’immigration aux finances publiques françaises ?

L’OCDE propose par ailleurs de mesurer la « contribution » des personnes nées à l’étranger à partir de plusieurs indicateurs. Le premier est le ratio budgétaire (recettes publiques/dépenses publiques) des immigrés et des natifs. Si l’on effectue une estimation du ratio budgétaire des étrangers sur le ratio budgétaire des natifs, la France affiche un résultat de 0,938. C’est le 8ème plus faible des 26 pays étudiés. On peut considérer que globalement leur ratio est très proche de celui des natifs, mais il reste inférieur. Cela met en évidence une proportion moins importante de recettes publiques générées (fiscales et non fiscales) par rapport aux dépenses publiques mobilisées en leur faveur[5].

Au contraire, les pays du Sud de l’Europe, mais également le Royaume-Uni et l’Irlande,  bénéficient d’une immigration plus diplômée et mieux insérée dans le tissu économique.

Si maintenant on s’intéresse aux dépenses publiques elles-mêmes, on peut relever la contribution budgétaire nette des personnes nées à l’étranger hors dépenses consacrées au service de la dette[6].

Il apparaît que la France se place au  5ème plus mauvais ratio, avec une contribution nette négative aux dépenses publiques de -0,53% du PIB (hors charge de la dette).

Si l’on regarde maintenant la dépense par habitant et le ratio immigré/natif[7], les immigrés consomment moins de services de santé que les natifs (0,94), beaucoup moins de dépenses d’éducation (0,29) et de dépenses de retraites (0,88), en revanche ils consomment autant de dépenses de maladie/invalidité (1,0) et davantage de dépenses familiales (1,35), de chômage (1,29) et d’exclusion sociale/logement (1,81).

Pour une politique migratoire choisie

Ces éléments militent pour la mise en place d’une politique migratoire choisie, permettant de baisser la proportion de l’immigration liée au regroupement familial, de « sécuriser » en l’encadrant fortement la part de l’asile au profit du développement d’une immigration économique choisie, bénéficiant de quotas, ce qui devrait conduire à une contribution positive de l’immigration sur l’économie française et ses finances publiques.

Comme le relève l’étude du CAE, la France est l’un des pays développés qui dispose de moins d’inventeurs de nationalité étrangère, déposant de moins de brevets (8% contre près de 30% aux Pays-Bas et au Canada) :

 

Il importe en effet que l’on augmente significativement la part de diplômés de l’enseignement supérieur et des entrepreneurs insérables au sein du tissu économique national en fonction de ses besoins spécifiques.

François Saint-Cast et Samuel-Frédéric Servière à suivre sur https://www.ifrap.org/auteurs/

[1] https://www.insee.fr/fr/statistiques/3633212#Fcontinent_radio2

[2] https://www.insee.fr/fr/statistiques/4195420#figure1_radio1; des chiffres différents de ceux de l’enquête diligentée par la direction générale des étrangers en France (du ministère de l’intérieur), voir L’essentiel de l’immigration données de cadrages 2020, qui pourtant s’appuient sur les données de l’enquête emploi de l’INSEE.

[3] https://www.cae-eco.fr/staticfiles/pdf/cae-note067.pdf, ainsi que les Slides associés, https://www.cae-eco.fr/staticfiles/pdf/cae067slides.pdf

[4] Voir OCDE, table 4.A.2. p.155-156.

[5] OCDE, rapport op.cit. p.136.

[6] OCDE, rapport op.cit. p. 156.

[7] OCDE, tableau 4.4, p. 137.

L’immigration  rapporte plus qu’elle ne coûte, selon l’OCDE

Selon une étude de l’OCDE, le coût des immigrés pour l’État est quasi nul, et il peut même s’avérer positif pour le développement économique.

Le rapport de l'OCDE souligne que l'immigration a apporté de la valeur sur le marché du travail. (Illustration)
Le rapport de l’OCDE souligne que l’immigration a apporté de la valeur sur le marché du travail.

L’immigration est un sujet central en ce début de campagne présidentielle. Quelle que soit la sensibilité politique d’un candidat, il en parle. Certains, voulant que la France resserre la vis de ce côté-là, avancent le coût que représentent les immigrés pour l’État. Mais en faisant le ratio entre les contributions versées par les immigrés et les dépenses publiques de l’État, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) estime, dans une étude consacrée jeudi 28 octobre à leur « impact budgétaire », que ce coût s’équilibre. Et peut même être positif.

« Dans tous les pays, la contribution des immigrés sous la forme d’impôts et de cotisations est supérieure aux dépenses que les pays consacrent à leur protection sociale, leur santé et leur éducation », écrit l’OCDE dans ce rapport qui porte sur ses 25 États membres pour la période 2006-2018.

Les personnes nées à l’étranger représentent 1,02 % du PIB

En France, par exemple, la contribution budgétaire nette des personnes nées à l’étranger est de 1,02 % du PIB, donc légèrement excédentaire, contre une moyenne de 1,56 % sur l’ensemble des pays. « Ce qui focalise le débat public, notamment en France, c’est le coût que peut représenter l’immigration en termes de dépenses sociales, de santé, etc. On montre que cette question ne devrait pas nous obséder, car, quand on fait le compte, on observe que la contribution est positive jusqu’à la prise en compte des dépenses militaires et de la dette publique », analyse pour l’AFP Jean-Christophe Dumont, chef de la division Migrations de l’OCDE.

En effet, lorsque le budget de la défense et le remboursement de la dette publique, qui ne concernent pas que les immigrés mais toute la population, sont pris en compte, la contribution devient négative pour la France (- 0,85 %) comme pour la moyenne des 25 pays étudiés (- 0,16). « L’impact budgétaire des immigrés est faible », résume Ana Damas de Matos, autrice de l’étude, première sur le sujet depuis 2013. « Si on compte tout ce que l’État dépense pour les migrants, de la santé à l’éclairage public, en passant par la police et les allocations, et ce qu’ils contribuent, on va toujours trouver un écart de contribution budgétaire nette entre – 1 et + 1 % du PIB », explique-t-elle.

« Un quiproquo entre la situation individuelle des immigrés et l’impact de l’ensemble de leur population »

Ces données « reflètent l’histoire migratoire de chaque pays », estime l’économiste : « Dans les pays où il y a eu beaucoup d’immigration récente et jeune, on aura une contribution plus positive, comme en Italie ou en Espagne. Et vice-versa. La France, elle, est dans une situation intermédiaire », avec une population immigrée plus vieillissante.

Il y a « un quiproquo entre la situation individuelle des immigrés et l’impact de l’ensemble de leur population », estime Lionel Ragot, professeur d’économie à l’université Paris-Nanterre, qui avait lui-même étudié l’impact budgétaire de l’immigration en France entre 1979 et 2011. « Individuellement, ils sont plus au chômage, perçoivent plus d’allocations, c’est vrai. C’est le raccourci qui est souvent mis en avant pour dire qu’ils coûtent très cher à la France. Sauf que ce résultat individuel est compensé par une structure d’âge, avec des immigrés qui sont souvent dans la population active et qui, donc, cotisent beaucoup », abonde-t-il.

Dans ses travaux passés pour le Cepii (Centre d’études prospectives et d’informations internationales), Lionel Ragot avait lui aussi estimé cet impact migratoire entre – 0,5 et + 0,5 % du PIB, soit « quasi nul ». Aujourd’hui, selon l’OCDE, les dépenses publiques consacrées aux immigrés sont plus faibles que pour le reste de la population dans certains domaines, tels que les pensions de vieillesse et de réversion, la maladie, l’invalidité, l’éducation, la santé. Elles sont à l’inverse plus fortes concernant la famille, le chômage, l’exclusion sociale et le logement. Dans l’ensemble, les personnes nées à l’étranger contribuent à 11 % de moins que les « natifs » au budget de l’État. Une participation « plombée » par une mauvaise intégration sur le marché du travail, avec 56 % des immigrés en emploi en France, décrypte Jean-Christophe Dumont.

L’OCDE a donc réalisé une simulation : avec un taux d’emploi similaire au reste de la population, les immigrés pourraient générer 0,2 % du PIB supplémentaire pour les comptes publics. D’ailleurs, le rapport détaille que « les gains les plus importants en matière de contribution budgétaire (…) ont été relevés dans des pays qui ont attiré d’importants flux de migrants de travail, en particulier des migrants hautement qualifiés ». « La contribution est positive, mais ça pourrait être beaucoup plus positif », affirme Jean-Christophe Dumont. « La politique d’intégration, ce n’est pas une dépense, il faut voir ça comme un investissement. Avec un retour sur investissement. »

Les immigrés pourraient générer 0,2 % du PIB supplémentaire pour les comptes publics.

APPIS avec OCDE et INSEE

 

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