Écouter Patrick Viveret entre 0h54 et 1h04 puis 1h27 et la fin
Visionnez ICI l’intervention de Patrick Viveret lors des Journées de l’Économie Autrement 2023 : » L’économie sociale et solidaire peut-elle transformer l’économie ? »
Valorisation du bénévolat : un enjeu décisif pour l’ESS
Patrick Viveret[1] montre que notre système de représentation de la richesse dans notre comptabilité nationale conduit à considérer que les activités bénévoles font baisser le PIB par une mauvaise appréciation du bénévolat (la volonté bonne).
C’est pourquoi l’auteur considère qu’il est « plus que temps de nous atteler à ce chantier considérable du changement de représentation de la richesse. C’est pour l’ESS un enjeu décisif et pour le mouvement associatif une occasion à saisir ».
L’auteur précise que « c’est pour eux un piège mortel que de laisser s’imposer des critères qui ignorent les enjeux écologiques et humains et valorisent des activités destructrices dès lors qu’elles sont financièrement rentables. Il leur faut, au contraire, reprendre l’initiative et être au premier rang de l’émergence d’une société et d’une économie plurielles face aux risques civilisationnels, écologiques et sociaux que véhicule la « société de marché » [2]».
Mais au-delà des aspects comptables qui certes, par la gratuité, constituent un élément fondamental du modele économique associatif, le bénévolat évoque aussi l’ensemble des actions collectives, qui, à l’échelle d’une catégorie de population (les jeunes, les handicapés, les personnes âgées…) ou à l’échelle d’un territoire, voire même de la société tout entière, peuvent être à l’origine d’un véritable changement de paradigme économique ou à l’origine de profondes mutations sociales. « Qui rencontrerons-nous en premier dans les associations, sinon des militants, c’est-à-dire des bénévoles ? »[3]. C’est ce bénévolat « organisé » qui est mieux à même de faire entendre une parole différente, lorsqu’il le juge nécessaire, de celle des différents pouvoirs, que ceux-ci soient techniciens, administratifs ou politiques. C’est ce même bénévolat qui favorise l’accès de chacun à une citoyenneté plus effective.
Les réalisations de l’ESS ont inspiré durablement la norme de nombreux aspects de notre économie et plus largement de contrat social. Distincte, de l’économie conventionnelle par ses finalités et ses principes de gestion, l’ESS comme mode de développement économique permet d’apporter des réponses multiples, adaptées et innovantes, aux enjeux sociaux et environnementaux de notre époque. À travers l’ESS se dessine ainsi le potentiel d’une économie plus orientées vers les besoins humains, prenant sa part aux enjeux de la transition écologique, relocalisant des activités économiques, incarnant un autre rapport au travail, et enrichissant la démocratie. Néanmoins, l’ESS est confronté à d’apparents plafonds de verre dans son développement, parmi lesquels la difficulté de produire des récits fédérateurs autour de ses modèles, alors que l’on observe la mobilisation de la notion d’impact social par l’économie conventionnelle. L’ESS est-elle capable de transformer en profondeur l’économie, vers un futur désirable pour le plus grand nombre ?
Fanélie Carrey-Conte Secrétaire générale de la Cimade
Nadine Levratto Économiste, Directrice d’ÉconomiX (CNRS – Université Paris Nanterre), Directrice de recherches au CNRS
Jérôme Saddier Président d’ESS France
Patrick Viveret Philosophe
En savoir plus :
Patrick Viveret, Reconsidérer la richesse, Editions de l’Aube, 2003
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