C’est « A tous les vivants qui vont souffrir de notre inconséquence. Avec honte », qu’Aurélien Barrau, astrophysicien et docteur en philosophie, dédie son dernier ouvrage.
Il pense qu’en tant que citoyen il est vital de porter par tous les moyens possibles la question cruciale de l’écologie au cœur du débat public et au centre de l’action politique.
Cet essai a le mérite essentiel de faire des constats scientifiques, mais surtout de proposer des solutions.
L’auteur considère qu’il est temps de regarder en face l’agonie de notre monde, d’être un peu sérieux. Ne pas opérer une révolution dans notre manière d’être, relève, selon lui, du « crime contre la vie ».
Il précise que la sixième extinction massive de l’histoire de la terre est en cours. Il n’y a plus de doute à ce sujet. Récemment, deux chercheurs du CNRS ont analysé 13 000 articles publiés dans les plus grandes revues de biologie de conservation (impliquant plus de 100 000 scientifiques) et le résultat est parfaitement clair, sans aucun doute possible quant à la catastrophe en cours : la vie se meurt et la tendance actuelle est à l’accélération de ce processus déjà étonnement rapide. La catastrophe n’épargne aucun groupe, des oiseaux aux insectes en passant par les mammifères et les poissons.
En 40 ans, plus de 400 000 oiseaux européens ont disparu. Et, à l’échelle de la terre, environ la moitié des populations d’espèces sauvages qui est touchée.
Les rapports du GIEC, estimant les effets du réchauffement climatique sur la biodiversité, constatent que les disparitions d’espèces ont été multipliées par 100 depuis le début du XXe siècle. Et, en parallèle de cette alarmante atrophie de diversité du vivant, on note une diminution draconienne des populations. Même quand l’espèce n’est pas encore éteinte, les animaux se meurent. Depuis 1990 le nombre d’insectes volants a chuté de 80% en Allemagne. L’hécatombe est d’une ampleur terrifiante. Chaque année, la surface des villes progresse d’environ 400 millions de m2. La déforestation, à des fins agricoles, est plus inquiétante encore.
Aurélien Barrau pose la question essentielle aux humains et aux citoyens : comment vivre et habiter sur cette planète ?
Il se questionne et nous questionne :
Au niveau des mentalités, quelles seraient les évolutions les plus importantes ? Au niveau des gestes quotidiens : comment pouvons-nous concrètement agir ? Faut-il déconnecter la question écologique de la question économique ? Faut-il être optimiste par rapport à ce qui va advenir ? Un miracle technologique peut-il nous sauver ? Le génie scientifique humain trouvera-t-il une solution ? Le traitement médiatique de la crise est-il suffisant ?
En conclusion, il explique : la singularité de ce temps tient à ce que l’initiative ne vient ni des philosophes, ni des artistes, ni des politiques. Pas même des scientifiques. Elle émerge du monde, du monde lui-même, en lui-même, dont nous sommes pourtant un élément, mais qui nous impose ce renouveau radical dans toutes les sphères de l’action et de la création. Le paradoxe est à la démesure de l’enjeu. L’auteur croit que tout réside maintenant dans un nécessaire renoncement à cet impérialisme intellectuel – décelable au sein de toutes les civilisations – qui a grevé les possibles du passé, sans pourtant renier l’existence tangible d’une factualité externe. Si le poète est celui qui sait entrevoir ce qui n’avait pas encore été imaginé, celui qui sait que l’existant s’invente en même temps qu’il se découvre, alors, « l’avenir sera poétique ou ne sera pas ».
Trouver des concepts, penser à partir du commun, redéfinir le cadre même du réel, embrasser ce qui effrayait, interroger les frontières, renverser les symboles, imaginer l’impossible, conjurer nos angoisses. La tâche est immense et le temps presse.
Si le génie humain existe, c’est ici et maintenant qu’il doit se manifester. A lire de toute urgence même par les climatosceptiques.
