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Regards sur le regard d’économistes au sujet de l’Économie Sociale et Solidaire… ( ESS )

« Regards d’Economistes sur l’économie sociale et solidaire », éditions le bord de l’eau, Camille Dorival, Timothée Duverger et Hugues Sibille, septembre 2023., à l’initiative de l’association des
lecteurs d’Alternatives EconomiquesNotre association peut se réjouir de cette publication et remercier les trois « synthétiseur » pour leur enquête auprès de vingt enseignants et chercheurs en économie, et pour ce travail exigeant et utile en cette époque de désorientation.
J’achève cette lecture avec la subjectivité de ma culture d’entreprise. Mon propos n’est pas de « reprendre » ce qui a été fort bien dit mais d’exprimer quelques interrogations pour aller plus loin, pour une transition juste, à mon avis nécessairement populaire et désirable.

Choisir clairement son « camp »
En référence aux nombreux échanges récents, il me semble que le débat public , essentiellement « gestionnaire », n’est pas assez clair sur la façon de vivre que nous voulons. Car nous sommes sans doute à la croisée des chemins de façon clivée. Poursuivre sur la trajectoire « techno », croissantiste, consumériste… par la fuite en avant ou le repli frileux ? Ou nous éloigner de ce modèle et préférer ce
qui pourrait être libérateur, plus solidaire et respectueux de la vie ? A mon sens le choix est non seulement éthique mais aussi réaliste car la trajectoire actuelle nous mène probablement dans le mur. Il s’agit là d’un « saut de conception » par lequel l’ESS est en capacité d’apporter « des solutions originales et efficientes », dans un « projet politique », « d’innovation sociale », pour « faire société », au point que l’ADEME propose deux scénarios « ambitieux » auxquels l’ESS est adaptée. Il faut donc sortir de ces confrontations gestionnaires pour clarifier des choix éthiques et les rendre crédibles et populaires.

Experts et militants
Dans ce « saut de conception », face à la recherche du profit et de l’efficacité qui font dogme, il faut probablement être attentifs aux signaux faibles. Il est vrai que, côté management », l’ESS « peine à recruter des gens qui sont à la fois experts et militants ». Les « entreprises de l’ESS manquent de jeunes, de sang neuf qui fait bouger les choses et cherche à innover » ! Mais les esprits évoluent pour encourager « les salariés à passer de l’ESS à l’économie marchande et inversement ». L’ESS a des atouts auxquels la jeune génération est plus sensible : relations plus « cool » et plus souple, engagement qui a du sens, mais pas forcément en cohérence avec cette nécessité d’être « à la fois experts et militants ». Je vois donc là une vaste question « manageriale » à étudier.

Anticiper ? De la performance à la robustesse ?
Peut-être « sommes-nous à la veille d’un retournement complet de la soumission des Etats aux marchés financiers » … avec une phase fortement chaotique ( ?). Tout est possible et, quoi qu’il en
soit, il me semble que, mentalement, l’ESS est plus apte à affronter des scénarios perturbés ? Dans tous les cas, ce ne serait pas peine perdue. N’est-ce pas l’occasion de réfléchir à des stratégies alliant
sobriété, robustesse et au bout du compte « nouvelle » performance ? Une « ESS comme solution face aux crises » ? Avec moins de technologie ?

Discernement technologique
Tant pour des raisons éthiques que de robustesse, la question mérite, elle aussi, d’être placée au cœur du débat public. « La technologie gouvernera-t-elle le monde dans une transition ? », alors que
si « l’on sort de la concurrence technologique, l’intensité capitalistique n’est plus nécessaire » ! N’est- ce pas là un choix binaire et nuancé à la fois ? Binaire en ce sens qu’il faut « choisir son camp »,
nuancé car la ou une certaine technologie reste bien utile. Mais quelle technologie et au service de qui et de quoi, et du comment ?

Gouvernance démocratique et leader charismatique
« La grande réflexion à conduire doit porter sur les formes de gouvernance qui tiennent compte de l’existence de la relation d’autorité-qui a aussi sa nécessité-mais veillent aussi à ce que les salariés ne
soient pas traités comme de simples exécutants », tout en garantissant la « délibération démocratique », telle est bien l’épineuse question où la place et le rôle du « leader, une personnalité
charismatique qui, tout en consultant l’ensemble des parties prenantes, prend en charge les arbitrages »  1 ! Arbitrages et démocratie ! Force, faiblesse ? Dépasser le « sur place » de la « facilité »
dogmatique pour avancer ?

L’ESS à l’épreuve de l’analyse stratégique
Dans un tableau de trois pages, l’ouvrage regroupe utilement forces et faiblesses ainsi que menaces et opportunités de l’ESS. Faiblesses et menaces doivent être regardées en face. Elles n’ont rien
d’immuable. Elles pourraient même s’inscrire dans une concertation ou une coopération plutôt dynamisante. A fortiori avec une mise en évidence des atouts et des opportunités, et encore plus en
réponse à un monde en transformations surprenantes. L’ESS est-elle condamnée à sa « dimension réparatrice », « truc entre amis », entre « doux amateurs », ou a-t-elle une « ambition
transformatrice » apte à contribuer aux « changements les plus radicaux » ? Tout un programme !

Que pourraient en penser les salariés ?
Ces débats ne font-ils pas que commencer en cette période de mutations, de « saut de conception » ? A fortiori si, outre ce que j’ai choisi d’évoquer, bien d’autres aspects ou dimensions viennent
s’ajouter. En particulier la questions des communs qui, si elle est évoquée tout au long de l’ouvrage, mériterait une présentation pédagogique pour aller au-delà de « l’abstraction » du « prisme
théorique des communs », tant le sujet est émergeant dans les esprits. Bref, de quoi donner à nouveau rendez-vous à nos économistes dans quelques années !

Cordiales salutations


Jean-Louis Virat
164 impasse Prémol 26150 DIE

tel : 06.08.25.10.31

1 Timothée Duverger « Utopies locales, les solutions écologiques et solidaires de demain », édition Les Petits Matins, collection « Mondes en transition » dirigée par Camille Dorival (2021)

« Utopies locales,

Les solutions écologiques et solidaires de demain »

Timothée Duverger

Description

« Le « monde d’après » annoncé par tant de prophètes pendant le confinement du printemps 2020 existe déjà. Il ne demande qu’à se déployer pour que les innombrables « utopies locales », porteuses d’une autre manière de produire, de vivre et de consommer, deviennent la norme de l’économie de demain. Ce monde d’après est en grande partie mis en musique par des acteurs de l’économie sociale et solidaire. Cette foule d’initiatives citoyennes défriche les possibles et construit des solutions écologiques et solidaires face aux besoins et aux aspirations des habitants.

Pôles territoriaux de coopération économique, tiers-lieux, revenu de transition écologique, énergies citoyennes, foncières solidaires, mobilités partagées : les expérimentations des associations, coopératives, mutuelles, fondations et autres entreprises sociales se multiplient dans les territoires. Elles ouvrent la voie à une « société post-croissance », une société où primerait la finalité du bien-vivre.

Merci pour leur soutien à la Macif, à ESS France, à la Fondation crédit coopératif, au Labo de l’économie sociale et solidaire, à l’Association des lecteurs d’Alternatives économiques et AG2R La Mondiale. »

https://www.lespetitsmatins.fr/collections/essais/mondes-en-transitions/

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