À quoi rêve la jeune génération pour 2024?
Alors qu’une nouvelle année s’ouvre, six jeunes confient leurs craintes mais surtout les perspectives qui leur donnent envie d’aller de l’avant.
À l’heure de clore le chapitre 2023 pour plonger dans une nouvelle année, six jeunes âgés de 17 à 21 ans dressent leur bilan des 12 mois écoulés et partagent leurs craintes et leurs ambitions pour 2024.
Abigail Pannett: «Je souhaite que 2024 soit une nouvelle ère»

Abigail a 19 ans et est en 4e année au Collège Voltaire. L’an prochain, elle passera sa maturité en option spécifique espagnol, après avoir écrit une nouvelle pour son travail de maturité. Pour la suite, elle se verrait bien étudier les relations internationales ou le journalisme.
L’année 2023 se termine, soulagement ou regret?
Je ressens une forme de soulagement car 2023 a été une année compliquée. Les jeunes se renseignent beaucoup sur les réseaux sociaux ou les médias en ligne et les nouvelles ont été très anxiogènes. De plus, j’ai l’impression que les répercussions de la crise du Covid se font toujours ressentir, avec beaucoup plus de troubles psychiques et d’anxiété. J’espère que 2024 sera une nouvelle ère.
Comment faites-vous pour ne pas tomber dans le fatalisme?
Ça peut paraître un peu idéaliste mais je crois qu’avoir une passion peut nous aider nous-mêmes et aider les autres. Pour ma part, c’est la photographie et l’écriture. Et à travers ces passions, on peut permettre aux autres de s’évader et de rêver d’autre chose.
Est-ce que la jeunesse d’aujourd’hui a toujours une part d’insouciance?
J’ai l’impression que nous en avons toujours moins que les générations précédentes car nous sommes en proie à endosser davantage de responsabilités de plus en plus tôt. Je crois qu’au contraire, je nous définirais comme une génération soucieuse. Personnellement, j’ai parfois des moments d’évasion, où je prends le temps d’observer le monde sans jugement. C’est peut-être ce qui me rapproche le plus de l’émerveillement.
Ce qui vous préoccupe pour 2024?
L’humanité, parce que je crois qu’elle a déjà pas mal souffert ces dernières années. En parlant des conflits armés, par exemple, beaucoup de personnes revendiquent quel camp elles soutiennent mais on oublie parfois que ce sont des vies perdues et des familles brisées. Partout dans le monde, on donne des chiffres très déshumanisants sur les victimes de conflits mais je pense souvent à toutes ces personnes qui perdent un être cher.
Et quelles sont les perspectives qui vous réjouissent pour l’année prochaine?
Je me réjouis beaucoup de passer ma matu avec ma volée que j’apprécie énormément. C’est le point le plus réjouissant de l’année prochaine. Ce sera une étape qui marquera la fin de quelque chose mais aussi un nouveau départ.
Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à Genève?
Je ferai rouvrir la Makhno, à l’Usine! Sa fermeture était peut-être l’une des pires nouvelles de 2023 (rires). Pour mes amis et moi, c’était un lieu symbolique, nous y passions énormément de temps, c’était presque mon domicile!
Que peut-on vous souhaiter pour 2024?
Une année remplie de passion et de belles choses pour les êtres que j’aime.
Gary Damian Rodriguez Tellez: «Mon but: donner à mes parents la vie qu’ils méritent»

Gary, 19 ans, est né en Bolivie. Il est arrivé à Genève il y a cinq ans sans parler un mot de français, et vit chez son parrain et sa marraine – son père est resté au pays, sa mère travaille en Europe et le soutient financièrement. Aujourd’hui, il s’exprime dans un français impeccable, est en deuxième année de l’École de commerce André-Chavanne, en apprentissage de commerce, et rêve d’intégrer un jour la Haute École de gestion (HEG).
Votre meilleur souvenir de 2023?
Je peux en dire plusieurs? D’abord, quand ma mère – que j’admire énormément – a obtenu un meilleur travail. Ensuite, avoir rencontré ma copine et être en deuxième année d’études. Je m’étais mis tellement de pression pour réussir l’école, j’en avais fait des nuits blanches, alors j’ai été vraiment heureux en apprenant que j’avais passé la première année!
Guerres, catastrophes naturelles, dérèglement climatique: comment ne pas tomber dans un certain fatalisme?
Voir des enfants et des innocents blessés et tués, ça fait très mal. Et ça fait d’autant plus mal qu’on est impuissant à les aider. Mais j’essaie de ne pas trop me focaliser sur le négatif. Si on ne pense qu’à ça, on finit par s’enfermer chez soi, on n’est plus motivé à vivre. Je me change les idées en faisant du sport, en passant du temps avec mes amis et ma copine.
Ce qui me fait surtout aller de l’avant, et qui est l’une de mes grandes motivations, c’est d’avoir des bonnes notes pour entrer à la HEG pour un jour, j’espère, pouvoir créer ma propre entreprise. Dans le but de gagner suffisamment d’argent pour que mon père et ma mère puissent arrêter de travailler et qu’ils puissent commencer à vivre. Et que je leur donne la vie qu’ils méritent.
Pour 2024, quelles sont les perspectives qui vous réjouissent/inquiètent?
L’inconnu m’inquiète un peu, mais c’est une appréhension plutôt positive. Je me réjouis de faire de nouvelles connaissances et de nouvelles expériences, sur le plan personnel comme professionnel.
Comment vous engagez-vous pour rendre le monde un peu meilleur?
Je suis attentif à l’écologie – mobilité douce, recyclage – et je fais du bénévolat au Samedi du partage. J’essaie aussi d’avoir une attitude positive, d’être poli, de dire bonjour aux gens, et de partager ma bonne humeur!
Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à Genève?
Je ferais disparaître le racisme. Il y a encore beaucoup trop de préjugés, liés aux origines comme à la couleur de peau.
Si vous pouviez être quelqu’un d’autre en 2024, qui seriez-vous et que feriez-vous?
Je resterais moi-même. Pas parce que je suis parfait – j’essaie sans cesse de m’améliorer – mais parce que je suis content avec ma vie et mes choix.
Un objet qui résume/représente 2023?
Un livre. Au début de l’année, il n’y avait que des pages blanches et peu à peu, elles se sont remplies de toutes les expériences vécues.
Amélie Christie: «La musique me donne envie d’aller de l’avant»

Amélie, 21 ans, a obtenu sa maturité gymnasiale au collège, puis s’est lancée dans un apprentissage de charpentière l’an passé, après avoir découvert la construction en terre et paille, et participé à une douzaine de chantiers participatifs.
Guerres, catastrophes naturelles, dérèglement climatique: comment ne pas céder à la morosité ambiante?
On a la chance d’être assez bien lotis en Suisse et d’être préservés. Mais de voir que l’être humain reproduit incessamment les mêmes erreurs et qu’il s’attache toujours aux mêmes valeurs – l’argent et le pouvoir – me pèse. Ce qui me donne envie d’aller de l’avant, c’est essentiellement ma passion pour la musique – je joue principalement des percussions au sein de l’Harmonie du Grand-Saconnex. Ça m’apporte énormément de joie. Sans cela, je ne serais pas aussi heureuse. J’ai également la chance d’avoir pu choisir et trouver une voie professionnelle qui me plaît.
Pour 2024, quelles sont les perspectives qui vous réjouissent/inquiètent?
J’ai l’impression que de plus en plus de personnes réfléchissent par elles-mêmes au lieu de suivre bêtement ce que les dirigeants et les médias assènent, c’est encourageant. Sur un plan plus personnel, je me réjouis beaucoup de jouer un morceau de ma composition avec l’Harmonie.
La montée en puissance de l’intelligence artificielle et son pouvoir grandissant sont l’une de mes inquiétudes, tout comme la prolifération d’antennes 5G – alors que des études prouvent leurs effets néfastes sur la santé. Le réchauffement climatique me préoccupe, évidemment, mais je déplore qu’on continue à culpabiliser la population plutôt que de s’attaquer aux gros émetteurs de pollution, comme certaines entreprises.
Vos souhaits pour l’an prochain?
Que tous les individus puissent exprimer librement leur avis sans censure, qu’ils aient une ouverture d’esprit sur le monde, qu’ils soient guidés par leur conscience, leur bon sens et un sens de l’altruisme sans attendre quelque chose en retour.
Comment vous engagez-vous pour rendre le monde un peu meilleur?
En pensant aux autres avant moi-même. Je me suis formée aux médecines alternatives pour aider les gens à mon échelle. Avec mon choix de profession, j’essaie aussi de contribuer à la promotion de procédés de construction moins dommageables pour l’environnement et la santé.
Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à Genève?
Cette question m’a fait beaucoup rire, il y a tellement de choses! Je dirais une réforme de notre système politique. Un nouveau type de gouvernance doit être trouvé, afin que les personnes hors du sérail politique puissent mieux faire entendre leurs idées. Il faut également avoir une politique claire sur la voiture, cet entre-deux «on décourage son usage et on le soutient en même temps» congestionne complètement le centre-ville.
Un objet qui résume/représente 2023?
Une chaîne. C’est ce que m’évoquent les guerres et les conflits en cours, ainsi que le cadre dont il est mal vu de sortir.
Emilio Tamayo Lopez: «Essayer d’apporter des plus-values à mon échelle»

Emilio, âgé de 17 ans et en troisième année option santé à l’ECG Ella-Maillart, est le président de l’association d’élèves. Il envisage d’intégrer l’école supérieure de soins ambulanciers.
2023 se termine, soulagement ou regret?
Ni l’un ni l’autre. 2023 a été une année pleine d’expériences inoubliables, à l’image de ma participation au Jamboree, le grand rassemblement international des scouts, qui a eu lieu en Corée du Sud. Nous avons dû être évacués mais il n’y a rien eu de grave dans mon unité heureusement (ndlr: malaises dus aux fortes chaleurs, accueil défaillant et alerte au typhon). Je cite ce souvenir parce qu’être confronté à l’adversité nous a soudés encore plus, c’est une expérience de laquelle on apprend et qui nous fait nous améliorer.
Pour 2024, quelles sont les perspectives qui vous réjouissent/inquiètent?
Je me réjouis de pouvoir reprendre ce qui a moins bien marché en 2023 et de l’améliorer. Par exemple, certaines activités menées avec l’association peuvent être réitérées différemment. Ce qui m’inquiète, c’est l’inconnu. Et le passage à la majorité! Il implique de lourdes responsabilités, et je trouve qu’on n’y est pas assez préparés, pour ne citer que les impôts: personne ne nous explique comment les remplir. Cette étiquette «adulte» qu’on nous colle d’un coup peut être pesante.
Vos souhaits pour l’an prochain?
J’aimerais avoir plus de temps, pour faire les choses correctement et éviter de bâcler. Et pouvoir poursuivre mes divers engagements bénévoles, profiter d’être avec mes amis et ma famille, rendre plus visite à ma grand-mère.
Comment vous engagez-vous pour rendre le monde un peu meilleur?
Outre les gestes quotidiens – tri, mobilité douce – j’essaie de me concentrer sur les plus-values que je peux apporter à mon échelle: je m’engage avec les scouts, pour former et accompagner les plus jeunes, ainsi qu’avec l’association d’élèves pour contribuer à apporter une dynamique et une ambiance positives au sein de l’école. Je suis aussi membre actif du Sauvetage de Genève et l’étais également au sein de Terre des hommes Suisse.
Si vous pouviez être une autre personne en 2024, qui seriez-vous et que feriez-vous?
Je resterais moi-même. Mais avec plus de confiance en moi, en n’ayant pas peur de voir les choses en grand. En visant haut, on arrivera peut-être à plus petit qu’espéré mais on arrivera toujours à plus que si on n’avait pas osé. Les grandes constructions commencent par des tas de petites pierres (sourire).
Un objet qui résume/représente 2023?
Le Jet d’eau. L’eau qui jaillit représente le monde, les gouttes projetées ses événements. Il y a les gouttes qui retombent doucement – les bons moments –, celles qui retombent dans le lac en créant des ondes de choc, comme la pandémie.
Livia Papa: «Il faut toujours garder espoir»

À 18 ans, Livia est en 4e année au Collège et École de commerce Emilie-Gourd, en option spécifique biochimie. Pour la suite de ses études, elle se laisse encore le temps de décider mais elle hésite entre étudier la médecine, les langues, le journalisme ou l’immobilier.
L’année 2023 se termine, soulagement ou regret?
Je crois que je ne réalise pas vraiment, je ne vois jamais vraiment de différence quand on passe d’une année à une autre. Là, mon seul soulagement, c’est d’avoir fini mes examens semestriels et d’être en vacances.
Nous n’avons pas vécu une année facile, entre les guerres et les événements liés au dérèglement climatique, comment cela vous impacte-t-il?
Les guerres me touchent beaucoup. Je viens de Pologne et ma famille là-bas a accueilli des réfugiés ukrainiens donc je me suis sentie investie dans cette actualité. Je me dis souvent que je suis chanceuse de vivre dans un pays sans conflit violent.
Comment faites-vous pour ne pas tomber dans le fatalisme?
Ces événements me rendent triste mais ça ne m’empêche pas de vivre non plus. Je suis d’une nature plutôt optimiste et ça m’aide beaucoup. Je crois que c’est à nous, chacun à notre échelle, de faire changer les choses pour que notre futur soit meilleur. Il faut toujours garder espoir.
La jeunesse d’aujourd’hui a-t-elle toujours une part d’insouciance?
Oui! Déjà, certains ne lisent pas toute l’actualité. Même si on est conscients des grands enjeux généraux, comme l’environnement, une part d’insouciance reste. Après, ça dépend de l’implication de chacun dans ce qui se passe.
Ce qui vous préoccupe pour 2024?
Mes examens de maturité et l’entrée à l’université car je vais vivre beaucoup de changements. Mais sinon, je vis plutôt au jour le jour.
Et quelles sont les perspectives qui vous réjouissent pour l’année prochaine?
La fin du collège et les vacances d’été (rires). Mais je me réjouis aussi beaucoup du voyage humanitaire que je ferai en février au Bénin, avec le Groupe d’aide au développement et de solidarité du CEC Emilie-Gourd. Nous allons terminer la construction d’une école. J’ai vraiment hâte de découvrir une autre culture.
Pourquoi était-ce important pour vous de vous impliquer dans ce projet?
Le droit à l’éducation est très important pour moi. Offrir un bâtiment aux normes, qui permette d’étudier dans de bonnes conditions, le tout dans un pays qui a encore un faible taux d’alphabétisation compte beaucoup. Depuis 7 ans, je suis aussi engagée comme bénévole avec les scouts où nous faisons des activités avec les plus jeunes. Cela leur permet de passer du temps dans la nature, en communauté, et moins devant les écrans.
Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à Genève?
Je réduirais la pauvreté. Beaucoup de gens se trouvent dans des situations de grande précarité dans le canton et ça me tient à cœur que cela change.
Un mot pour résumer 2023?
«Croatie»! J’y étais cet été avec les scouts et c’était le meilleur voyage de ma vie. Nous avons beaucoup marché pendant deux semaines et visité des lieux très beaux. C’était une expérience inoubliable et je crois que toute ma vie je rêverai de la revivre.
Serena-Gioia Camerano Pereira: «Ne pas fermer les yeux mais faire un pas de côté»

Serena-Gioia a 18 ans. Après deux ans de collège, elle a bifurqué à l’École de culture générale (ECG) Ella-Maillart. Actuellement en quatrième année en maturité pédagogique, la trésorière de l’association d’élèves souhaite devenir enseignante.
Guerres, catastrophes naturelles, dérèglement climatique: comment ne pas céder à la morosité ambiante?
J’ai l’impression qu’on perd l’insouciance de plus en plus tôt… Pour s’en sortir, il faut éviter de se focaliser sur le négatif, sinon on ne vivra rien. Je ne ferme pas les yeux, mais j’essaie de faire un pas de côté. Il nous reste plein de belles choses à vivre et le monde compte aussi des progrès: certaines espèces en voie d’extinction ne le sont plus, la déforestation par endroits est stoppée, il n’y a plus de pandémie de Covid.
Pour 2024, quelles sont les perspectives qui vous réjouissent/inquiètent?
Je me réjouis de finir mon secondaire II une bonne fois pour toutes (rires). Ce qui m’inquiète, c’est de voir le monde continuer à se dégrader, avec des dommages irréversibles. La persistance des conflits, comme celui entre Israël et la Palestine, me frustre beaucoup. La situation en Argentine – d’où je suis originaire – me préoccupe également, surtout le fait que Javier Milei (ndlr: candidat d’extrême droite) ait été élu démocratiquement au poste de président. Quant au dérèglement climatique, c’est évidemment flippant. Quel monde restera pour nos enfants?
Vos souhaits pour l’an prochain?
Pour le monde, que des accords de paix soient signés pour les guerres en cours. Au niveau personnel, obtenir mon diplôme de maturité, prendre plus de temps pour ma famille et mes amis.
Comment vous engagez-vous pour rendre le monde un peu meilleur?
Avec de petits gestes à mon échelle – tri, compost, pas de fast fashion. Je participe régulièrement aux manifestations pour le climat, à la Grève des femmes, entre autres, pour interpeller les gens haut placés et sonner l’alarme à notre niveau. Au cycle, j’avais mis sur pied un groupe pour le climat et je continue à m’engager pour cette cause.
Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à Genève?
J’aimerais d’abord dire qu’on a quand même de la chance, à Genève on vit bien. S’il fallait changer quelque chose, ce serait les loyers: ils sont beaucoup trop élevés! Alors qu’on nous demande de prendre nos responsabilités, comment quitter le nid familial et payer de tels loyers lorsqu’on est étudiant? Je m’attaquerais aussi aux TPG: les nouveaux horaires ne sont absolument pas pratiques. La fréquence du bus qui nous conduit à l’ECG, par exemple, a été réduite!
Un objet qui résume/représente 2023?
Ce serait plutôt un mot: «changement». Sur le plan personnel – ma façon de penser a beaucoup évolué cette année – et le plan mondial – élections en Argentine, impacts à long terme des guerres en cours.

