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COP28: la France « stupéfaite » et « en colère » après les déclarations de l’Opep

COP28: la France

COP28: la France « stupéfaite » et « en colère » après les déclarations de l’Opep

La ministre française de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher a affirmé samedi être « stupéfaite » et fait part de sa « colère », après les déclarations de l’organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) demandant à ses pays membres le rejet d’un accord ciblant les énergies fossiles à la COP28.

« Je suis stupéfaite de ces déclarations de l’Opep. Et je suis en colère », a déclaré la ministre depuis Dubaï, rappelant que « les énergies fossiles sont responsables de plus de 75 % des émissions de CO2 » et « qu’il faut en sortir si on veut limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré ». « La position de l’OPEP met en péril les pays les plus vulnérables et les populations les plus pauvres qui sont les premières victimes de cette situation », a-t-elle ajouté.

« Je compte sur la présidence de la COP pour ne pas se laisser impressionner par ces déclarations et pour porter un accord qui affirme un objectif clair de de sortie des énergies fossiles », a aussi affirmé Mme Pannier-Runacher.

Dans un courrier daté de mercredi, consulté vendredi par l’AFP et authentifiée par un pays membre destinataire, le secrétaire général de l’Opep Haitham al-Ghais « presse » ses membres et leurs délégations à la COP28 de « rejeter proactivement tout texte ou toute formulation qui cible l’énergie, c’est-à-dire les combustibles fossiles, plutôt que les émissions de gaz à effet de serre.

La lettre est adressée aux 13 membres de l’Opep, dont l’Irak, l’Iran, les Emirats arabes unies, qui président cette année la conférence climatique des Nations unis, et l’Arabie saoudite, en première ligne pour s’opposer à la sortie des énergies fossiles.

Le courrier est aussi envoyé aux dix pays associés, comme le Mexique, l’Azerbaïdjan, la Russie ou la Malaisie, tous présents à Dubaï.

Le CO2 atteint un niveau jamais vu sur Terre… depuis 14 millions d’années

Jusqu’ici, les scientifiques estimaient que les concentrations de dioxyde de carbone étaient similaires aux niveaux d’il y a 3 à 5 millions d’années.

Selon les experts, la concentration de CO2 dans l'atmosphère est de 420 ppm, soit le même niveau qu'il y a 14 millions d'années environ.
Selon les experts, la concentration de CO2 dans l’atmosphère est de 420 ppm, soit le même niveau qu’il y a 14 millions d’années environ. 

Une étude choc. Selon les résultats d’une étude réalisée par des chercheurs internationaux et publiée ce jeudi 7 décembre, les niveaux actuels de dioxyde de carbone dans l’atmosphère n’ont pas été atteints depuis 14 millions d’années sur Terre. Publiée dans la revue Science, l’étude met aussi en avant les climats vers lesquels l’humanité se dirige. « Cela nous montre bien à quel point ce que l’on est en train de faire est vraiment, vraiment inhabituel dans l’histoire de la Terre », explique à l’AFP l’autrice principale, Baerbel Hoenisch, chercheuse pour l’université Columbia à New York.

La dernière fois que l’atmosphère de notre planète contenait la même concentration du principal gaz à effet de serre (le CO2) qu’aujourd’hui, soit environ 420 ppm (parties par million), remonte à environ 14 à 16 millions d’années. Cela remonte à bien plus longtemps que ce qu’estimaient jusqu’alors les scientifiques (3 à 5 millions d’années). Il y a 14 à 16 millions d’années, il n’y avait par exemple au Groenland pas de calotte glaciaire.

Or « notre civilisation est habituée au niveau des mers qu’on connaît actuellement, aux tropiques chauds, aux pôles froids et aux régions tempérées qui bénéficient de nombreuses précipitations », prévient Baerbel Hoenisch. « Notre espèce […] n’a évolué que depuis 3 millions d’années », rappelle la scientifique. « Nous n’avons jamais rien connu de ces climats chauds. »

Une étude consensus

Avant l’ère industrielle, la concentration en COde l’atmosphère était d’environ 280 ppm. Celle-ci a augmenté de moitié avec les activités humaines, provoquant une hausse des températures d’environ 1,2 °C. Et, si nos émissions se poursuivent, la concentration pourrait monter à 600 ou 800 ppm, des taux atteints durant l’éocène (- 30 à – 40 millions d’années), avant que l’Antarctique ne soit couvert de glace et quand la faune et la flore planétaires étaient bien différentes, avec par exemple d’immenses insectes.

L’étude publiée jeudi dans Science est le résultat de sept années de travail d’un groupe de 80 chercheurs dans 16 pays. Leurs conclusions sont désormais considérées comme un consensus scientifique. Leur apport ne réside pas dans la collecte de nouvelles données, mais dans un travail de fourmi de réévaluation et de synthèse des travaux déjà existants pour les mettre à jour et les classer selon leur fiabilité, ce qui a permis d’utiliser les meilleures données afin de tirer un tableau global.

Pour reconstituer les climats passés, une technique bien connue consiste à récupérer dans les profondeurs des calottes glaciaires des bulles d’air qui ont emprisonné la composition de l’atmosphère d’alors. Mais cette technique ne permet de remonter qu’à quelques centaines de milliers d’années en arrière. Pour aller plus loin, il faut passer par des marqueurs indirects. L’étude chimique d’anciennes feuilles, d’anciens minéraux ou plancton a ainsi permis de déduire la concentration en COde périodes données plus anciennes.

« Nous y sommes pour très longtemps »

Sur les 66 derniers millions d’années, la période la plus chaude que la Terre ait connue remonte à environ 50 millions d’années, avec une concentration en COà 1 600 ppm et des températures de 12 °C plus chaudes qu’aujourd’hui. Ces dernières ont baissé lentement jusqu’à il y a 2,5 millions d’années et le temps des âges glaciaires, la concentration de COredescendant jusqu’à 270-280 ppm. Ces niveaux sont restés stables jusqu’à ce que l’humanité brûle des énergies fossiles à grande échelle.

Selon l’étude, un doublement du taux de concentration en COréchaufferait progressivement la planète, sur des centaines de milliers d’années, jusqu’à atteindre + 5 à + 8 °C, cela, en raison des effets en cascade qu’entraînerait une hausse des températures. Ainsi, la fonte des glaces polaires réduit leur capacité à réfléchir les rayons du soleil, ce qui l’accélère encore, etc.

L’étude montre qu’il y a 56 millions d’années l’atmosphère terrestre a connu une hausse rapide de la concentration de COsimilaire à celle que l’on connaît aujourd’hui et qui a provoqué des changements massifs dans les écosystèmes et a mis quelque 150 000 ans à se dissiper. « Nous y sommes pour très longtemps, à moins que nous ne capturions du dioxyde de carbone de l’atmosphère et que nous ne stoppions nos émissions très bientôt », résume Baerbel Hoenisch.

APPIS

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