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Déforestation

Avec le documentaire «Gardiens de la forêt», Arte veut peser dans le débat

Entourée d’une campagne ambitieuse de sensibilisation à la déforestation, la série documentaire s’inscrit dans une tendance récente dans les cercles documentaires à vouloir dépasser la simple diffusion de leurs productions pour aller bousculer plus directement le débat public.

Adrien Franque

Vrai élan activiste ou simple outil marketing ? Dans le milieu des boîtes de production, dans les festivals documentaires, ou dans les bureaux des chaînes de télé, la terminologie «documentaire d’impact» a fait florès depuis quelques années, qualifiant une catégorie de documentaires activistes consacrés à l’environnement ou à de grands sujets de société (harcèlement scolaire, fin de vie, inceste…), avec l’ambition de faire bouger les lignes législatives ou de provoquer l’intérêt du débat public.

A ce titre, Gardiens de la forêt diffusé par Arte le samedi 9 décembre (et déjà disponible sur la plateforme arte.tv) fait figure de cas d’école. Une série en cinq parties, chacune centrée sur une personnalité autochtone alertant sur la déforestation à travers la planète. Autour de la diffusion du documentaire, un livre a été édité au Seuil et plusieurs événements en présence de certains de ces «Gardiens» ont été organisés pour sensibiliser la classe politique au Parlement européen en octobre, ou à destination de publics scolaires, à l’Unesco à Paris. Des événements en marge de l’ouverture de la COP 28, jeudi à Dubaï.

«Envie collective» du milieu du documentaire

Une «campagne d’impact» donc, réfléchie en amont, même si la productrice Muriel Barra n’a pas attendu l’apparition du concept pour s’y adonner. «Depuis que j’ai créé Lato Sensu Productions il y a vingt ans, avec des documentaires centrés sur la préservation de l’environnement, j’ai souvent porté leurs messages au-delà de la simple diffusion télé, raconte-t-elle. Pas toujours à cette échelle-là, mais j’ai emmené ces films dans les secteurs politiques, dans les milieux scolaires. Car aujourd’hui, simplement faire un documentaire, ce n’est plus suffisant quand on se penche sur l’urgence climatique.» Du côté d’Arte, une telle campagne autour d’un documentaire est «une première», selon la directrice de son unité découverte et connaissance, Hélène Ganichaud. Elle préfère y voir une «démarche de sensibilisation plutôt que d’impact», qui fait surtout suite à un premier film de Muriel Barra, Frères des arbres, en 2007.

Chez France Télévisions, autre soutien historique du genre, on dit «avoir toujours fait du documentaire d’impact sans toujours le savoir», note le directeur des documentaires, Antonio Grigolini, regroupant sous le terme toutes les productions visant à faire évoluer les mentalités sur un sujet, sans avoir, pour le moment, organisé de «campagne d’impact au sens strict» autour d’une production. Même si la série d’enquêtes sur des scandales environnementaux Vert de rage sur France 5 a bien été construite dans cette logique. Un numéro sur la pollution dans le métro parisien a, par exemple, récemment conduit la RATP à mener de nouvelles études sur la qualité de l’air dans son réseau. A propos de la terminologie start-upisante «d’impact», Antonio Grigolini n’y voit «pas seulement du marketing», mais plutôt «une envie collective» du milieu documentaire «pour concentrer ses efforts» sur de telles productions.

Catégorie «Impact» au Festival international de documentaires

A l’origine, la référence française du «doc d’impact» fut le succès spontané du Demain de Cyril Dion en 2015, documentaire sur les solutions à la crise écologique diffusé en salles, avec plus d’un million de spectateurs, porté aussi par le maillage local du mouvement Colibris dirigé à l’époque par Dion. Deux ans auparavant, à l’international, c’était aussi Blackfish et son écho sur la cause des orques retenus en captivité qui avait éclaboussé le milieu documentaire. De quoi provoquer la création d’une catégorie «Impact» au Festival international de documentaires à Biarritz dès 2019. A laquelle s’est ajoutée l’an passé la création d’une dotation entre le CNC, Arte, France Télévisions et Canal + pour soutenir financièrement la production de campagnes d’impact autour de documentaires. Au sein de la chaîne franco-allemande, Gardiens de la forêt en a profité, et une websérie sur la justice climatique va suivre.

«Gardiens de la forêt», 5 épisodes de 53 minutes sur Arte.tv

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