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Des centaines de plaintes déposées contre Lafarge, accusé d’avoir financé l’État islamique

Plus de 400 Américains membres de la communauté yézidie ont porté plainte contre le cimentier français, déjà sanctionné pour avoir collaboré avec le groupe jihadiste. Parmi les plaignants, figure la prix Nobel de la paix yézédie, Nadia Murad.

Jeannot Puis 
La prix Nobel de la paix, Nadia Murad, le 30 juin 2021 à Paris.
La prix Nobel de la paix, Nadia Murad, le 30 juin 2021 à Paris. 

 

Depuis plusieurs années, les activités du géant du ciment, Lafarge, font l’objet de controverses en raison des relations tissées avec le groupe État islamique en Syrie. Habituée des prétoires, l’entreprise française pourrait de nouveau y retourner. Car, jeudi dernier, plus de 400 Américains membres de la communauté yézidie, une minorité ethnoreligieuse kurdophone, ont déposé plainte au civil aux États-Unis, comme l’a rapporté TF1.

Les plaignants accusent Lafarge d’avoir participé au financement du groupe jihadiste lors de son essor, au début des années 2010, après le début de la guerre civile syrienne. Au cours de sa progression, en Syrie et en Irak, Daech a orchestré plusieurs exactions contre les Yézidies. Des dizaines de milliers de personnes ont alors été contraintes de fuir. C’est la raison pour laquelle les 427 plaignants réclament des compensations financières, comme ils l’ont fait savoir auprès d’un tribunal newyorkais.

Exactions, enrôlements forcés…

Parmi ces derniers, figure la prix Nobel de la paix de 2018, Nadia Murad. La militante des droits de l’Homme a été victime de traite d’être humains lors de l’ascension de l’EI, comme toutes les femmes de sa communauté. Les jihadistes ont également capturé des enfants pour les convertir en soldats, et tué des hommes.

Lafarge en Syrie : l’entreprise va payer 778 millions de dollars aux États-Unis

Soupçonnée d’avoir versé entre 2013 et 2014 plusieurs millions d’euros à des groupes terroristes, l’entreprise Lafarge a annoncé ce mardi 18 octobre avoir accepté de payer une sanction financière aux États-Unis. Les financements reprochés au groupe français auraient été orchestrés via sa filiale syrienne Lafarge Cement Syria et auraient permis de maintenir l’activité d’une cimenterie située à Jalabiya en Syrie. Le groupe s’est engagé à verser près de 778 millions de dollars à la justice américaine.

Dans un communiqué repris par l’AFP, le groupe a reconnu « la responsabilité des actions des dirigeants individuels impliqués, dont le comportement était en violation flagrante des codes de conduite » et a ajouté « regretter profondément » ses actes passés. Il a aussi voulu rappeler que la justice américaine avait souligné les efforts récents réalisés par l’entreprise pour éviter que de tels manquements se reproduisent.

Après la sortie de ce communiqué, le procureur fédéral de Brooklyn, Breon Peace, a pointé du doigt les actions de la société Lafarge : « Au milieu d’une guerre civile, Lafarge a fait le choix impensable de mettre de l’argent entre les mains de l’EI, l’une des organisations terroristes les plus barbares au monde, afin de continuer à vendre du ciment ». Il a aussi confirmé le versement financier promis par le groupe.

Une inculpation sur le territoire français

En France, l’entreprise Lafarge a aussi été inculpée pour « complicité de crimes contre l’humanité » concernant ses activités sur le sol syrien. Ouverte en juin 2017, l’information judiciaire fait état de plusieurs versements de quelques millions d’euros. L’AFP rappelle que l’enquête réalisée par les autorités françaises a évalué ces versements entre 4,8 et 10 millions d’euros pour le seul groupe Etat Islamique

Pour Lafarge, ces plaintes sont obsolètes. « (C’est) un dossier du passé, que Lafarge gère de manière française », a réagi un porte-parole de l’entreprise. Par le passé, le cimentier a déjà été visé par une plainte déposée par le gouvernement américain. Le groupe n’avait pas cherché à se défendre, choisissant de plaider coupable. Sa contribution à l’activité économique de l’EI lui a coûté 778 millions de dollars, soit 713 millions d’euros.

Entre août 2013 et octobre 2014, Lafarge a reconnu avoir versé de l’argent aux jihadistes pour poursuivre l’activité de la cimenterie de Jalabiya, à 80 kilomètres de Raqqa, considérée comme l’ancienne base syrienne de l’organisation jihadiste.

Jeannot Puis 

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