La consommation climaticide de charbon bat un nouveau record en 2023
Après avoir atteint un pic cette année, à 8,53 milliards de tonnes, la demande devrait commencer à refluer de manière structurelle, estime l’agence internationale de l’énergie. La consommation de charbon en Europe et aux Etats-Unis a nettement ralenti.

Étienne Goetz
King Coal porte bien son nom, au grand dam du climat. Quelques jours seulement après un accord historique à la COP28 , la plus polluante des énergies fossiles, le charbon, vient d’établir un nouveau record de consommation.
En 2023, ce ne sont pas moins de 8,53 milliards de tonnes de charbon qui ont été brûlées, selon les estimations de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Du jamais vu dans l’histoire de l’humanité.
80 fois plus polluante que le nucléaire
Il s’agit pourtant de la plus polluante des sources d’énergie. Le charbon est à lui seul responsable de plus de 40 % des émissions annuelles de gaz à effet de serre , contre 32 % pour le pétrole et un peu plus de 20 % pour le gaz. Il émet plus de 800 grammes de CO2 par KWh contre une dizaine de grammes pour l’éolien et le nucléaire .
Cette boulimie s’explique avant tout par la forte hausse de la demande en Inde et en Chine (54 % de la demande mondiale) cette année. Des conditions météorologiques défavorables, entre autres un temps sec et chaud, ont entraîné une forte demande d’électricité et une faible disponibilité de l’hydroélectricité.
Hausse de la demande asiatique
Selon les données de l’AIE, la consommation chinoise a augmenté de 220 millions de tonnes (+4,9 %) par rapport à 2022 et celle de l’Inde a progressé de 98 millions de tonnes (+8 %). L’Indonésie a brûlé 23 millions de tonnes (+11 %) de plus que l’an passé.
A l’inverse, en Europe et aux Etats-Unis, la consommation a nettement ralenti. Les Européens ont brûlé 107 millions de tonnes de moins que l’an passé, et les Américains 95 millions de tonnes de moins.
Le pic est atteint
Ce mouvement s’explique à la fois par la transformation des centrales électriques avec davantage de gaz pour réduire les émissions de carbone, mais aussi par une plus faible activité industrielle liée à la crise énergétique.
Il existe cependant des raisons d’espérer. Selon l’AIE, 2023 marque le pic de demande. Dès 2024, la consommation de charbon devrait commencer à lentement refluer pour atteindre 8,3 milliards de tonnes en 2026, et ce même si les gouvernements ne mettent pas en place de politiques proactives de sortie du charbon.
« Le point de bascule se profile vraiment à l’horizon », a expliqué Keisuke Sadamori, responsable des marchés de l’énergie et la sécurité énergétique au sein de l’AIE.
Déclin structurel
« Nous avons déjà observé des baisses de la demande mondiale de charbon, mais elles furent de courte durée et liées à des événements extraordinaires, comme la chute de l’Union soviétique ou le Covid-19 », rappelle le responsable de l’agence. « Cette fois, le déclin semble plus structurel car il est porté par l’incroyable et durable expansion des énergies bas carbone. »
Le charbon demeure la principale source d’énergie pour l’électricité (35,7 % au niveau mondial), mais le rythme d’installation d’énergies renouvelables dépasse la hausse de la demande, explique l’Agence basée à Paris.
Du charbon pour les métaux de la transition
L’utilisation de charbon dans les processus métallurgiques ne devrait pas connaître de décrue particulière, car la demande en cuivre, nickel et autres métaux va exploser avec la transition énergétique . En Indonésie par exemple, c’est l’essor du nickel, indispensable à la fabrication des batteries de voitures électriques, qui alimente la demande en charbon.
L’annonce de ce record de consommation de charbon intervient l’année que la planète a enregistrée comme la plus chaude de son histoire depuis la révolution industrielle. L’observatoire européen Copernicus avait estimé début novembre « avec une quasi-certitude » que les températures moyennes dépasseraient cette année le record annuel établi en 2016.
Etienne Goetz à suivre sur https://www.lesechos.fr/
Charbon : la Chine et l’Inde, les grands responsables d’une consommation record
L’AIE fait état d’une nouvelle augmentation de la consommation mondiale de charbon, ce combustible fossile que la COP28 veut bannir du globe.
Comme chaque année, les chiffres tombent, et comme chaque année ils augmentent. Selon le rapport 2023 de l’Agence internationale de l’énergie (IAE) dédié au charbon publié ce vendredi 15 décembre, la consommation mondiale de charbon battra un nouveau record en 2023. Elle atteindra son pic, avant, peut-être, d’engager une décrue globale « à partir de 2024 ». Ces nouvelles données, qui cachent de grandes disparités, sont dévoilées au surlendemain de la clôture de la 28e Conférence sur le climat de l’ONU à Dubaï, qui a demandé un abandon progressif des sources d’énergies fossiles, dont le charbon fait partie, pour lutter contre le réchauffement.
Cette dernière année, ce sont ainsi 8 536 millions de tonnes (Mt) de charbon qui sont parties en fumées aux quatre coins du globe. Un chiffre jamais vu auparavant dans l’histoire, qui bat de 1,4 % les 8 415 tonnes de l’année dernière. Si cette augmentation est notable, elle est en réalité « marginale », note l’AIE dans son rapport. Et surtout, elle cache d’importantes disparités selon les zones géographiques.
L’Asie continue de se reposer sur le charbon
Ainsi, deux pays en particulier continuent de consommer bien davantage de charbon : la Chine, et l’Inde, qui à eux deux représentent exactement deux tiers de la consommation mondiale. La Chine loin devant, puisqu’elle représente à elle seule la moitié de la demande globale. Selon le rapport de l’AIE, cette année, la consommation chinoise aura fait un bond de 220 millions de tonnes (+ 4,9 %) par rapport à 2022, celle de l’Inde aura progressé de 98 millions de tonnes (+ 8 %). L’Indonésie elle aussi continue d’être gourmande en charbon : elle a consommé cette année 23 millions de tonnes supplémentaires, soit 11 % de plus que l’année dernière.
En revanche, la consommation a fortement ralenti en Europe (baisse de 107 millions de tonnes, -23 %), et aux États-Unis (baisse de 95 millions de tonnes, -21 %), en raison essentiellement des engagements globaux en pour lutter contre le changement climatique. Et par conséquent, de la mutation des centrales électriques qui abandonnent progressivement le charbon pour sauver le climat et de la faiblesse de l’activité industrielle.
La Chine, acteur décisif de la sortie du charbon
« Avec la croissance de l’Inde et de l’ASEAN compensant les baisses de l’Union européenne et des États-Unis, la Chine reste l’acteur décisif pour définir la tendance de la demande mondiale de charbon », souligne avec insistance l’Agence internationale de l’énergie.
Dès l’année prochaine, « une croissance des énergies renouvelables supérieure à la croissance globale de la demande d’électricité devrait entraîner la consommation mondiale de charbon sur une trajectoire descendante », prédit néanmoins l’agence. Une conclusion pourtant incertaine, puisque la consommation réelle de charbon s’est à plusieurs reprises avérée supérieure aux prévisions de l’agence. L’AIE avoue par ailleurs sa difficulté à émettre des prévisions pour la Russie, quatrième consommateur mondial de charbon, en raison de la guerre en Ukraine.
Enola Richet à suivre sur https://www.lexpress.fr/environnement/
