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« Végétaliser l’alimentation aurait des vertus aussi bien sanitaires qu’écologiques »

Des outils existent déjà au sein de l’Union européenne pour soutenir le virage politique vers une alimentation plus végétale, soulignent, dans une tribune, la députée européenne Caroline Roose et la présidente de l’Association végétarienne de France, Élodie Vieille Blanchard.

Le modèle alimentaire occidental, fondé sur les protéines d’origine animale, a de graves conséquences sur notre planète. De nombreuses études scientifiques et politiques attestent de l’importance de végétaliser notre alimentation pour contrer ces effets délétères. Pourtant, dans la pratique, la consommation de produits d’origine animale ne diminue pas. En cause, les habitudes culturelles, mais surtout les politiques publiques : ce sont elles qui font la différence, comme le montrent les situations très variées dans les différents pays d’Europe.

Ainsi, en Allemagne, pays réputé « viandard », la consommation de viande a atteint en 2022 son niveau le plus bas depuis les années 1990, soit 52 kilos par personne. Cette baisse doit sans aucun doute beaucoup à des politiques favorables à l’alimentation végétarienne, et à la nomination d’un ministre de l’agriculture qui prend au sérieux l’impact des productions animales. À l’inverse, en France, avec un président et un ministre de l’agriculture proches de groupes d’intérêts de l’élevage, notre consommation carnée s’élève toujours à 85 kilos par personne et par an, et elle a augmenté de 2 % ces deux dernières années.

En dépit des déclarations de bonnes intentions, ou de quelques lois « vitrines » comme la loi EGalim, le gouvernement français persiste à tourner en dérision toute proposition de végétalisation de notre modèle alimentaire, et continue de soutenir les productions animales industrielles qui sont le pilier de la désastreuse situation actuelle : 80 % des animaux élevés dans notre pays subissent l’élevage intensif, et nous importons encore de la viande, produite dans des conditions qui ne répondent pas aux attentes des consommateurs français.

Vers un système alimentaire plus juste, plus durable

La France invoque régulièrement la concurrence européenne pour ne pas changer des pratiques agricoles et des politiques publiques écocides. Pourtant, plusieurs outils existent déjà au sein de l’Union pour entamer et soutenir l’indispensable virage politique vers une alimentation plus végétale, comme le souligne le rapport « Plant-Powered Politics », rédigé par une coalition de cinq organisations européennes, dont la France.

Une première mesure consiste tout d’abord à rediriger les subventions de la PAC vers des productions végétales durables, et d’encourager la consommation de protéines végétales, qui constituent des atouts pour l’environnement et pour la santé publique. Il s’agit par ailleurs de mettre véritablement en œuvre la stratégie « de la ferme à la table », et d’instaurer des labels qui indiquent l’impact des produits sur les écosystèmes et la condition animale.

Enfin, des outils fiscaux sont examinés : mise en place d’un système d’échange de permis d’émissions dans le domaine de l’agriculture, taxation différenciée selon le poids écologique et sanitaire des aliments. En mettant en œuvre ces mesures et initiatives politiques de façon harmonisée, l’Europe peut ouvrir la voie à un système alimentaire plus juste, plus durable et résilient, qui donne la priorité à la santé humaine, animale et planétaire tout en créant des opportunités économiques et en garantissant la sécurité alimentaire.

Les conditions pour prendre un tournant vital

À l’issue d’un été 2023 marqué par des événements climatiques extrêmes (tornades, canicules, intempéries violentes), il serait temps que les décideurs politiques européens prennent au sérieux la gravité du dérèglement climatique à l’œuvre et le caractère incontournable de la végétalisation de l’agriculture.

Le cadre politique existe, il est sécurisant pour les productions nationales car il tend à harmoniser les conditions de production entre les membres de l’Union européenne. Le nier ou en minimiser la portée s’apparente à de la mauvaise volonté, ou à un refus de prendre ses responsabilités : végétaliser l’alimentation est non seulement indispensable au maintien d’un environnement viable, mais c’est aussi une mesure de santé publique : il est prouvé scientifiquement qu’une alimentation végétalisée a des effets protecteurs contre les maladies cardiovasculaires, l’obésité, le diabète et certains cancers.

Ainsi, le changement préconisé aurait des vertus aussi bien sanitaires qu’écologiques. Alors que la Commission européenne a enterré cet automne le projet de révision des conditions de détention des animaux d’élevage, qui aurait pu permettre une diminution tant attendue de l’élevage intensif, nous en appelons à la responsabilité de cette même commission pour mettre en œuvre les politiques publiques existantes qui permettront de prendre ce tournant vital.

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