
« Bunker game » : Mark Zuckerberg se prépare à l’apocalyse
Mark Zuckerberg et sa femme auraient lancé la construction d’un complexe anti-apocalyptique. Propriétés luxueuses à la surface, complexe ultra-sécurisé au sous-sol, le coût du chantier est estimé à plus 270 millions de dollars.
Sur l’île hawaïenne de Kauai (surnommée « l’île jardin » ), un projet de construction secret de plus de 140 hectares suscite toutes les attentions. Protégé par un mur de près de 2 mètres de haut et des agents de sécurité qui montent la garde, les habitants observent le ballet incessant de camionnettes transportant matériaux de construction et travailleurs. Qu’est-ce qui se cache derrière ce mur ? Difficile à dire, les personnes travaillant sur le projet n’étant pas autorisées à parler. En effet, tous sont liés par un accord strict de non-divulgation (NDA). Et ceux qui ont eu le malheur de le briser ou qui ont été suspectés de l’avoir fait, se sont vus exclure du projet. « C’est un club de combat. Mais nous ne parlons pas de Fight Club. », a déclaré David (son nom a été modifié) qui s’est exprimé auprès du média américain WIRED. Selon cet ancien contractuel : « Tout ce qui est publié, ils en ont immédiatement vent. » La professeure et experte en protection de la vie privée Danielle Citron souligne l’ironie de cette attitude des magnats des médias sociaux : « vie privée pour moi mais pas pour toi ». Mais tout le monde ici sait qui est derrière tout ça. Mark Zuckerberg, PDG de Meta, qui a acheté le terrain dans le cadre d’une série de transactions qui ont débuté en août 2014. Selon Brandi Hoffine Barr, porte-parole de Zuckerberg (qui n’a commenté aucune des affirmations des travailleurs concernant l’utilisation ou l’application stricte des NDA) « Zuckerberg, Chan et leurs 5 enfants considèrent le Koolau Ranch comme leur maison ».
Un bunker survivaliste
Les histoires à propos du complexe alimentent les rumeurs locales (connues familièrement sous le nom de « radio sans fil noix de coco » ). Il se dit que Zuckerberg construirait une vaste ville souterraine ou encore que le site deviendra une sorte de bunker post-apocalyptique en cas d’effondrement de la civilisation. D’après les documents obtenus par WIRED (grâce à une série de demandes d’archives publique), les rumeurs ne sont pas loin de la réalité. Selon les plans et une source proche du projet, le complexe achevé se composera de plus d’une douzaine de bâtiments. Il est centré autour de deux manoirs d’une superficie comparable à un terrain de football. Ils disposeront d’une trentaine de chambres et salles de bains, de plusieurs ascenseurs, de bureaux, de salles de conférences, une cuisine de taille industrielle… Les plans montrent que les deux demeures centrales seront reliées par un tunnel qui débouche sur un abri souterrain (464 m²) protégé par une porte résistante aux explosions. De nombreuses portes du complexe devraient être actionnées par clavier ou insonorisées. D’autres, comme celles de la bibliothèque, sont décrites comme des « portes aveugles », conçues pour imiter le design des murs environnants. « Il y a des caméras partout » a indiqué David. Dans une zone boisée, un réseau de 11 cabanes en forme de disque, reliées par des ponts de corde, permettra aux visiteurs de passer d’un bâtiment à l’autre tout en restant à la cime des arbres. Un autre bâtiment comprendra une salle de sport, des piscines, un sauna, un bain à remous, un court de tennis… Enfin, la propriété est parsemée de maisons d’hôtes et de bâtiments d’exploitation. Toujours selon les sources et les documents consultés par le média américain, le complexe devrait à terme être autosuffisant (réservoir d’eau de 17 mètres de diamètre et 5 mètres de hauteur, système de pompe, élevage, agriculture…).
Un projet digne d’une installation militaire
Si le coût du projet reste difficile à quantifier. Les permis de construire évaluent le prix de la construction principale à environ 100 millions de dollars, en plus des 170 millions de dollars d’achats de terrains, mais il s’agit probablement d’une sous-estimation. « La seule autre fois où vous voyez cela, c’est lorsque vous effectuez des installations militaires sécurisées », explique un responsable local de l’industrie de la construction affilié au site. « Il est très rare qu’un projet privé soit accompagné d’une NDA. » ajoute t-il. D’après les preuves examinées par WIRED, le projet s’est appuyé sur des « manœuvres juridiques et des réseaux politiques » et, selon certaines sources, « a parfois fait preuve de mépris à l’égard du public local ». Zuckerberg – par l’intermédiaire de l’une des dix sociétés anonymes qui possèdent la propriété de Kauai en son nom – a intenté plusieurs actions en justice pour faire pression sur certains des propriétaires fonciers locaux. En effet, la loi hawaïenne autorisant le transfert de terres aux descendants ancestraux sans actes formels, des centaines de descendants des propriétaires fonciers d’origine détenaient de petites parts dans des parcelles de terrain situées dans l’enceinte de Zuckerberg et pouvaient légalement entrer dans la propriété.
Une nouvelle économie au service des caprices des riches qui ne fait pas l’unanimité
Kauai (la plus petite des quatre principales îles hawaïennes) abrite une communauté d’environ 73 000 habitants. Les travailleurs du site de Zuckerberg font partie d’une industrie de la construction de maisons de luxe pour continentaux cherchant à s’installer au paradis en pleine croissance. Bien que le développement touristique ait transformé une grande partie de l’île au cours des dernières décennies, Kauai conserve une atmosphère de petite ville. Les résidents plus âgés se souviennent encore de l’époque où il n’y avait un seul feu de circulation (le deuxième a été installé en 1973). Ici tout le monde se connaît. Avec des NDA interdisant aux travailleurs de discuter du projet, le complexe isolé de la Côte-Nord a acquis un statut « mythique » à Kauai. Un architecte local (non affilié au projet) plaisante en disant que cela lui rappelle les dirigeants médiévaux qui, selon la légende, auraient tué les architectes de leurs projets les plus ambitieux afin que les secrets de leurs conceptions meurent avec eux. Selon Jeff Lindner, un voisin des Zuckerberg, le projet apporte un caractère différent au quartier. « Avant, il n’y avait pas de voitures. Maintenant, il y a beaucoup de trafic. », dit-il. « Ils ne sont pas là pour profiter de l’île. Ils sont là pour arriver quelque part, et vous êtes sur leur chemin. » Depuis le démarrage du projet Zuckerberg fait face à un déluge de critiques. Une pétition (juin 2020) appelant à « empêcher Mark Zuckerberg de coloniser Kauai » avait reçu plus d’un million de signatures. Pour acheter la « paix sociale » Zuckerberg et sa femme se montrent très généreux. Leur organisme de bienfaisance local, le « Chan Zuckerberg Kauai Community Fund », a donné plus de 20 millions de dollars à diverses organisations à but non lucratif. Malgré tout, de nombreux habitants considèrent le milliardaire comme faisant partie d’une machine plus vaste, la même qui achète les terres hawaïennes depuis que la loi « Great Māhele » a autorisé la propriété foncière privée en 1848. « Les gens qui sont nés et ont grandi ici n’ont pas les moyens d’y vivre. À mesure que les terres deviennent de plus en plus recherchées par les riches continentaux, la valeur des propriétés augmente » déclare Laurel Brier, une ancienne conseillère professionnelle qui vit à quelques kilomètres au sud du complexe de Zuckerberg. Elle déplore cette nouvelle économie « essentiellement au service des caprices des riches ». Car Zuckerberg n’est pas le seul à poser ses valises à Kauai. Au sud de la propriété Zuckerberg, c’est le milliardaire Frank Leonard VanderSloot, PDG de Melaleuca, qui a pris ses quartiers.
Les milliardaires s’offrent des bunkers de luxe en cas d’apocalypse
Alors que le nombre et la fortune des milliardaires continuent de croître aux États-Unis (et dans le monde en général), nombre d’entre eux semblent envisager sérieusement la fin du monde et investissent des sommes extravagantes dans des projets survivalistes. Cette année, le fondateur d’Amazon, Jeff Bezos aurait investi 147 millions de dollars pour acheter deux demeures sur l’île d’Indian Creek, en Floride. On trouve également sur cette île des propriétés appartenant à Tom Brady (considéré comme l’un des plus grands joueurs de football américain) ou encore Ivanka Trump et Jared Kushner. La plus petite île hawaïenne de Lanai, est quant à elle presque entièrement détenue par le milliardaire Larry Ellison (co-fondateur d’Oracle). En Nouvelle-Zélande, considérée par certains comme l’ « endroit idéal » en cas événement apocalyptique, les bunkers pour l’élite technologique poussent comme des champignons. Peter Thiel, fondateur de Paypal, y a acheté en 2015 un immense domaine de 193 hectares. Dans son livre Survival of the Richest, le théoricien des médias Douglass Rushkoff critique cet « état d’esprit » (Mindset), selon laquelle « avec suffisamment d’argent et de technologie, les hommes riches pourraient vivre comme des dieux et transcender les calamités qui frappent tout le monde ». « Si quelqu’un avait assez d’argent pour se protéger des dommages causés à la société, ce serait bien Zuck. Et c’est un peu ce qu’il fait. Il a détruit le gouvernement et la société, et maintenant il peut aller à Hawaï et construire un fort » déclare Rushkoff.

Comment être aussi riches (et en principe intelligents) et surtout aussi cons pour croire qu’il soit possible de préserver ce mode de vie dans un monde entièrement dévasté ?