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Présentation & échanges : « La vie autour de la mort à travers l’accompagnement palliatif »

Vendredi 9 Février 2024

Evelyne Rastel-Avril, médecin palliatologue & Anna Daem, psycho-praticienne

Présentation & échanges : « La vie autour de la mort à travers l’accompagnement palliatif »
20h00 à 22h00
à la salle Séverine Beaumier (rue Joseph Reynaud à Die)

Nous sommes nombreux à méconnaître l’accompagnement palliatif. L’animation de nos Cafés mortels nous offrent de nombreuses occasions d’élargir ce sujet si délicat de la fin de vie et du mourir.

Nous avons cette fois la chance d’accueillir un médecin palliatologue coordonnateur et une psychopraticienne qui ont accepté de venir d’Aubenas pour nous informer.

Animé par l’équipe des Cafés Mortels d’Écologie au Quotidien
Intervenantes : Evelyne Rastel-Avril, médecin palliatologue & Anna Daem, psycho-praticienne
Informations : 06 89 27 96 05 / 06 65 76 24 33


Thanadoulas, accoucheuses de fin de vie
Publié le 19/01/2024 Enquêtes INREES BONUS
Fin de vie
Andrea Piacquadio

Elles accompagnent le passage vers l’autre rive. Les
thanadoulas soutiennent ceux qui s’apprêtent à mourir et leur
entourage dans cette étape de vie escarpée. Un métier en plein boom depuis la Covid19.
Nous connaissions les doulas qui offrent un accompagnement
non médical à l’abord de l’accouchement. Les thanadoulas,
elles, guident vers l’autre versant de la vie : l’ultime mise au
monde qui entoure le processus du mourir, passage initiatique par excellence.
Leur nom est emprunté au grec ancien thanatos,
personnification de la mort, et doula qui signifie originellement « servante », « femme
esclave ». À l’époque de Périclès et Socrate, la doula s’occupe des tâches et soins apportés à
la maisonnée, dont l’étape de la maternité. Plus près de nous, jusque dans les années 1950,
on trouve dans les campagnes françaises « la femme qui aide » ou « la laveuse ». On a
recours à cette assistante locale, ellemême mère, pour épauler la femme enceinte et la
famille lors de l’accouchement, aux côtés de la sagefemme. Elle donne le premier bain au
bébé et guide la maman dans l’allaitement. Mais elle intervient aussi pour laver et préparer les morts.
Elle accompagne donc « l’entrée et la sortie au monde », comme l’explique l’association
Doulas de France. Dans l’absurde de notre époque aux technologies médicales de pointe,
mais qui nous laisse démunis aux moments charnières de la vie, doulas et thanadoulas ont
pris le relais. Elles prodiguent écoute, conseils et bienveillance aux deux pôles de l’existence :
naissance et fin de vie.

Pacifier le passage
Anne, enseignante de profession, a été traumatisée par la mort de son père, décédé en
pleine pandémie de Covid19 : elle n’a pu ni le voir, ni l’accompagner lors de ses derniers
instants, ni organiser une cérémonie digne de ce nom. « Cet adieu interdit a rendu le deuil
impossible », ditelle, la voix nouée par l’émotion.
Sa mère est tombée en dépression, et avant de contracter un cancer agressif en 2021.
Quand le pronostic vital a été engagé, mère et fille, marquées par l’inhumanité de cette
perte récente, ont décidé de se faire aider par une doula de fin de vie métier découvert par
Anne dans la presse. « La présence de cette thanadoula a contribué à donner du sens, du
sacré même, à ce passage de vie si douloureux. Comme je suis fille unique, elle a pris le relais
auprès de ma mère lorsque je devais travailler. Elle l’a écoutée, accompagnée dans ce qu’elle
souhaitait poser et accomplir avant de partir (notamment se réconcilier avec son frère), car

ma mère n’osait pas me parler de sa mort. Elle a aussi été à l’écoute de mes
questionnements. À présent, elle me soutient dans le deuil », confie Anne.
Selon elle, cet accompagnement singulier, à géométrie variable en fonction des besoins, a
apporté un immense réconfort : « Ma mère est partie pacifiée, et nous étions apaisés de la
voir plus sereine à l’approche de la mort. »
Phénomène récent, le métier de thanadoula connaît une forte croissance depuis la Covid19.
La pandémie a suscité un électrochoc : pour la première fois dans l’histoire de l’humanité à
part pendant les guerres , on n’a pas pris soin de nos mourants et de nos défunts. « Que
l’on soit croyant ou pas, d’ici ou d’une tribu aborigène, dans toute civilisation, la mort est
sacrée, et ce passage, ritualisé. D’ailleurs, il y a quelques générations, nous étions tous des
thanadoulas ! Au moment de la Covid19, le fait que des personnes ont fini javellisées dans
des housses à l’hôpital sans que leurs proches puissent les voir une dernière fois a créé un
profond traumatisme. On n’a pas pu rendre hommage à la vie de l’autre, au “passage”.
L’arrivée des thanadoulas va dans ce senslà : surtout, ne pas passer à côté de notre
humanité, car s’occuper de nos morts, c’est aussi prendre soin de la vie », souligne Marie
Christine Laville, fondatrice de l’Institut deuilsdoulas de fin de vie, qui forme des
thanadoulas (1) .


Accompagner les vivants
Une thanadoula (dans ce métier, le féminin l’emporte quasi exclusivement) accompagne
ainsi le passage vers l’autre rive. Concrètement, elle intervient à la demande, parfois même
bien avant l’engagement du pronostic vital. Les prestations sont rémunérées ; il s’agit donc
bien d’un métier, souvent exercé sous forme d’activité complémentaire. La mort, ici, est
considérée comme une étape de la vie à part entière.
« J’accompagne les vivants. J’ai l’habitude de dire que, de l’autre côté, il y a l’équipe relais »,
confie MarieChristine Laville. Cette FrancoSuisse, naturopathe et thérapeute du deuil,
souligne que cet accompagnement, qui va du praticopratique (conseils, informations sur
certaines démarches, relais de la famille au chevet du mourant, etc.) au subtil, s’adresse aux
différentes dimensions de l’être allant de l’émotionnel au spirituel. La formation est à
l’image de cette interdisciplinarité : mort dans l’histoire et les cultures, étapes du deuil, rites
et cadre législatif, thérapies complémentaires, accompagnement de fin de vie, phénomènes
de croissance accrue à l’approche de la mort, statut du métier, etc.
« La doula de fin de vie est là pour échanger à propos des craintes et angoisses de la
personne. Elle peut aider à planifier ses dernières volontés, ainsi que l’environnement dans lequel elle souhaite partir. »


Assurer l’entredeux
Ces nonsoignantes, que l’on surnomme parfois « sagesfemmes de fin de vie » ou « sages
femmes de l’âme », veillent au vocabulaire utilisé pour ne pas être considérées comme des «
illuminées », dans une société qui abhorre et rabote tout ce qui dépasse du cadre. Ce

nouveau métier suscite, en effet, une certaine méfiance de la part d’institutions et de
soignants qui craignent une prise de pouvoir à un moment de grande vulnérabilité.
« L’éthique est au cœur de notre démarche, tempère MarieChristine Laville. Accompagner
l’humain dans cette extrémité de l’existence, c’est l’accompagner dans tout ce qu’il est, avec
humilité, ouverture et un infini respect de ses (non)croyances et affinités. » Les doulas de fin
de vie sont un maillon dans le réseau. « Nous assurons un entredeux : nous créons du tiers
entre le mourant, la famille et les soignants, en articulant les demandes qui n’osent pas se formuler. »
Dans cette inconnue radicale de la mort, les thanadoulas laissent une part au mystère et au
sacré. Les rituels occupent une place de prédilection dans cet accompagnement
foncièrement créatif, pouvant aller du choix d’un texte ou d’une musique symbolique à une
cérémonie d’adieu. « Pour l’heure, j’accompagne un jeune de 15 ans à la conscience éveillée
et à la lucidité accrue, qui sait qu’il va mourir, avec qui j’ai de profondes discussions, et un
prêtre de 93 ans qui a peur de ne pas en avoir fait assez. Nous œuvrons sur son récit de vie. »
Parfois, le silence est l’ultime prière, il s’impose comme un audelà des mots…


Le boom des thanadoulas
Le concept de death doula serait né dans un service de soins palliatifs à New York, selon un
rapport de Global Wellness. Un salarié frustré du peu de soutien réservé aux personnes en
fin de vie aurait réfléchi à un accompagnement non médical permettant de soulager
l’anxiété, la fréquente solitude des mourants, mais aussi le stress des proches.
Il met alors en place la première formation professionnelle de death doula. Ce métier
connaît un engouement croissant : la National EndofLife Doula Alliance (NEDA), l’une des
associations pionnières, comptait 219 membres en 2019, 1 000 en 2022 et 1 635 en octobre
2023, répartis principalement aux USA et dans onze autres pays (Canada, Australie,
Singapour, Brésil, Afrique du Sud, Italie, PaysBas, GrandeBretagne…).
Certains organismes de formation, notamment en France et en Belgique, rapportent que les
effectifs ont plus que triplé récemment, tout comme le nombre de gens qui sollicitent cet
accompagnement, pour soi ou pour un proche.

Andrea Piacquadio

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