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Article Paru dans le journal du Diois, le 1° février 2024

Thierry Geffray, bâtisseur d’avenirs

Nous avons travaillé plusieurs années avec Thierry Geffray et souhaitons saluer sa capacité à
cultiver les idées, les mettre en débat, en œuvre, les transmettre.

Paysan chercheur Originaire de Normandie, Thierry était Ingénieur en agronomie tropicale. Après deux années de

Photo Zoé Geffray

coopération en Amérique du Sud, il s’installe dans le Haut Diois en 1976, dans un milieu en
déprise. Il n’aura de cesse d’y vivre le métier de paysan, de le relier au pays Diois. Dès les années
1980, sur le hameau de Montlahuc, avec Camille Brochier, sa compagne, Pascal Baudin puis
Thomas Véricel, ils développent un élevage de moutons Préalpes. Leurs béliers réputés
contribuent à l’amélioration du cheptel local. Leur système de gestion des espaces
pastoraux fait modèle. Le GAEC expérimente : énergie renouvelable, compostage,
permaculture, vente directe… Il est transmis à une équipe de jeunes, le hameau compte 40
habitants à l’année. De 1985 à 1995, Thierry préside le Groupement des CETA du Diois. Avec
Pierre Lys et d’autres, il en fait un lieu de dialogue entre agriculteurs de tous métiers et
origines. Ils pensent un développement agricole où les connaissances circulent « du bas vers
le haut », qui transforme le territoire. Le CETA des plantes aromatiques et médicinales est à
l’origine de la coopérative du même nom et du développement de la filière dans la vallée.
Avec 5 coopératives et le CFPPA, au sein du comité de développement Agricole du Diois, il
développe l’agriculture biologique et fait du Diois le moteur du « 1er département bio de
France ».

Bâtisseur du Pays Diois
Il exerce deux mandats d’élu de 1995 à 2008. Délégué de Bellegarde en Diois, vice-président,
puis président en 2004, il contribue à construire la communauté des communes du Diois
d’aujourd’hui, toujours en partant de la base. Il pilote un projet de territoire patiemment
élaboré avec 2.000 habitants, 600 conseillers municipaux, les scolaires, des artistes. Un
conseil de développement est créé. Il multiplie schémas et slogans, les fait vivre en aidant le
Diois à « passer de l’arrière-pays de l’époque productiviste à l’avant pays de l’époque
qualité » et à « décrocher des pompons financiers sur le manège de l’aménagement du
territoire ». Il témoigne, fait connaître et implique le Diois dans de nombreux réseaux,
l’enseignement et la recherche.

Tisseur de liens
Avec d’autres, il comprend que le projet du territoire doit reposer sur la qualité des relations
entre ses habitants, anciens ou nouveaux. Il s’agit de respecter les singularités de chacun, de
créer des liens et des moments conviviaux, symboliques. En cela, fête de la transhumance et
festival Est-Ouest contribuaient à son bonheur. En 2004, il est à l’origine de l’achat par la
Communauté des Communes, du domaine du Martouret, qui vit encore aujourd’hui en étroite
relation au territoire. A partir de 2000, il propose de poursuivre cette dynamique au sein de
la Biovallée qu’il a construite avec élus et acteurs de la basse vallée. Après 2008, dans
l’association Biovallée, il contribue à inventer une gouvernance unique, où les non-humains
auraient une voix, où ceux qui le souhaitent contribuent à transformer le territoire, face aux
défis du futur.

Aventurier du vivant
A la fin de sa carrière d’éleveur, il est confronté au loup. Avec l’Ecole de la Nature et des
Savoirs, à partir de la culture des indiens Kogis, il replace le vivant au cœur des pratiques
agricoles. Il imagine que demain, les « paysans deviendront des paysculteurs », en lien avec
la nature de chaque territoire. Bien avant que d’autres n’en fassent des discours, il teste,
transmet et permet de comprendre ce que pourrait être la transition vers un monde vivable,
où l’agriculture serait placée « au-dessus de tout » !

Pierre-Antoine Landel et Philippe Méjean

Dessin de Hervé Frumy

 

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