Pour @ClaireNouvian, pêcheurs et écologistes sont des alliés : "On est les seuls défenseurs de la pêche artisanale", contre un système "qui a fait le choix de financer avec de l'argent public une pêche destructrice du climat et de la justice sociale" #le710Inter pic.twitter.com/EkzoldlDjA
— France Inter (@franceinter) January 24, 2024
Qui est Claire Nouvian, la protectrice des abysses ?
Engagée, déterminée, passionnée, Claire Nouvian, journaliste et réalisatrice de documentaires, dénonce inlassablement les nombreux dangers du chalutage en eaux profondes. Elle a fait plier Intermarché, le gouvernement français et l’Union européenne. Le 23 avril dernier, elle a reçu le prestigieux prix Goldman pour l’environnement.

« On doit faire tout ce qu’on peut pour sauver la planète », affirme la militante. En 2005, elle crée l’association Bloom en faveur des océans. Elle s’entoure de chercheurs/euses, d’activistes et d’expert·es engagé·es pour protéger la faune marine. Bloom se bat contre la corruption, contre la suppression des emplois dans le secteur de la pêche traditionnelle, contre la destruction des ressources et du milieu marin et contre le chalutage profond, son combat le plus médiatisé : il s’agit d’une technique de pêche avec un filet qui racle et endommage gravement les fonds marins…
Claire Nouvian : « La pêche artisanale, c’est la pêche durable et de l’avenir »
Claire Nouvian, fondatrice de l’ONG « Bloom », est l’invitée de Sonia Devillers. Son association publie un rapport accablant sur la pêche industrielle.
- Claire Nouvian Directrice de l’association Bloom
Quelle réponse apporter aux marins-pêcheurs du golfe de Gascogne, bloqués à quai pour une durée d’un mois afin de préserver les dauphins ? Pour Claire Nouvian, fondatrice de l’ONG « Bloom », qui publie un rapport accablant sur la pêche industrielle, c’est à cette dernière qu’il faut s’attaquer, et « accompagner les pêcheurs pour faire autrement ». Elle insiste : « La petite pêche artisanale, des petits bateaux de moins de 12 mètres, c’est la pêche durable, de l’avenir, dans laquelle on doit investir », défend Claire Nouvian.
La pêche artisanale « est trois à quatre fois plus rentable que les grands chalutiers qui raclent et détruisent les fonds marins ; elle crée deux à trois fois plus d’emplois ; elle est au minimum cinq fois moins subventionnée », argumente-t-elle encore. « On est les seuls défenseurs de la pêche artisanale, et même contre leurs représentants politiques, le Comité national des pêches (…) Les pouvoirs publics ont laissé faire les lobbys industriels qui, parce qu’ils sont dépendants aux subventions au gasoil, se sont organisés pour écrire la législation en leur faveur », dénonce Claire Nouvian.
Bardella fait « de la récupération politique grotesque »
Selon l’écologiste, « la pêche est un minuscule secteur de l’économie qui a un impact gigantesque, disproportionné par rapport à son importance économique » tout en étant « un enjeu de souveraineté alimentaire essentiel ». Elle regrette que l’État n’ait pas organisé « une concertation pour trouver d’autres solutions » comme « pêcher avec d’autres méthodes à d’autres moments de l’année », face à ce problème qui n’est « pas nouveau ».
« Ça arrange les politiques qui n’ont pas agi et pas anticipé, ont mal accompagné les pêcheurs dans cette fermeture, n’ont pas imaginé les solutions pour qu’il n’y ait pas de fermeture, de renvoyer les pêcheurs et les écolos dos à dos », analyse-t-elle, appelant à « accompagner » ceux qui pratiquent le « chalutage de fond, du bulldozer sous l’eau qui n’a aucun sens, à aller vers de la performance » et « la pêche vertueuse ». Claire Nouvian s’indigne notamment du projet « complètement ahurissant » d’investissement du port de Lorient dans un port industriel au Sultanat d’Oman, pour importer du poisson par avion.
Par ailleurs, Jordan Bardella, qui a rendu visite à des pêcheurs de Lorient et dénoncé la « tyrannie des ONG » fait, selon elle, « de la récupération politique grotesque », relevant que lorsqu’on « regarde les performances des députés RN au Parlement européen, on est à une note de 4,5/20, c’est à dire que anticiper les problématiques écologiques et de justice sociale, il ne faut pas compter sur eux ».
