Le centre agroécologique des Amanins a déjà vingt ans
C’est l’heure du bilan pour le centre basé à Roche-sur-Grane, fondé sur l’utopie de Pierre Rabhi.

La fête des Amanins en 2022Au début des années 2000, Michel Valentin, chef d’entreprise, traverse une crise existentielle. Alors que les premiers signes du réchauffement climatique se font bien visibles, quel est l’intérêt, se demande-t-il, de savoir faire de l’argent si c’est pour s’en servir pour polluer et détruire le vivant ? En 2003, l’homme fait la rencontre de Pierre Rabhi, paysan philosophe inventeur du concept du « colibri », qui veut que face à un monde qui se détraque, au lieu de s’en désoler, chacun peut faire sa part pour améliorer les choses.
Tous deux fondent alors le centre agroécologique des Amanins, rejoints par Isabelle Peloux, la compagne de Michel Valentin. Seule témoin de cette époque, elle se souvient : « Une phrase nous avait marqués Michel et moi dans la parole de Pierre Rabhi. Quelle planète laisserons-nous à nos enfants et quels enfants laisserons-nous à la planète ? Toute la construction du centre s’est orientée autour de ces questions-là. »
Les Amanins prennent donc la forme d’un lieu de tourisme autour de la découverte et de l’agroécologie, mais aussi de la transmission et de la coopération. D’où l’idée de créer l’école primaire des Colibris, deux ans plus tard. Isabelle Peloux : « Coopérer, ça s’apprend. Même les adultes ne savent pas faire, donc il faut l’apprendre aux enfants. L’empathie aussi ça s’apprend, mais il faut aussi engager l’adulte dans cet apprentissage, sinon ça revient à faire de la morale. Les enfants imitent les adultes, ils n’apprennent pas l’empathie par la parole. »
Fort de ce constat, le centre des Amanins s’est développé sous le signe de la bienveillance, de l’empathie, du partage. Partage de savoirs, autour de l’agroécologie. Transmission, entre les différentes personnes qui y sont passées. Lesquelles sont très nombreuses. Isabelle Peloux : « Il y a beaucoup de turn-over. Au début, on trouvait ça un peu dur, après on a compris qu’ici, on fait de la transmission, les personnes apprennent des choses et ont envie ensuite de monter leur propre projet. »

La salle de conférence en 2005, et après rénovation en 2023
DES DIFFICULTÉS À SURMONTER
Le centre a aussi connu des difficultés, qu’il a fallu surmonter avec le temps. À commencer par le décès brutal de Michel Valentin, en 2012, dans la fleur de l’âge. « Ce fut très difficile, confie pudiquement sa veuve. Suite au confinement, on a traversé un moment compliqué comme beaucoup de structures touristiques dans la vallée. On s’est dit qu’il fallait mieux assurer nos arrières, ne pas compter que sur le tourisme. » A contrario, l’école du Colibri marche très bien, et son succès ne démérite pas auprès des parents, au point que, face aux demandes toujours trop nombreuses, l’école a mis un système de tirage au sort pour sélectionner les nouveaux arrivants. « On n’allait pas choisir les enfants ! »
Ce constat dressé par Isabelle Peloux – ne pas tout miser sur le tourisme entre autres –, mais surtout par la nouvelle équipe aujourd’hui aux commandes du centre agroécologique, fait partie d’une des réflexions pour l’avenir. Et de l’avenir, justement, il en sera question lors d’un temps de rencontre le samedi 23 mars. Sont invités tous les salariés du centre agroécologique, présents et passés, bref tous ceux qui ont croisé les Amanins sur leur route durant leur vie professionnelle. Isabelle Peloux : « On veut savoir ce qu’ils en ont retiré, ce qu’ils ont trouvé positif, ce qu’ils pensent qu’il faut corriger. Pendant vingt ans, on a été la tête dans le guidon, on n’a jamais pris ce temps-là. »
UN AVENIR QUI SE CONSTRUIT
Au menu de la journée, des discussions, des échanges, et un « world café » de trois heures, jeu participatif permettant le dialogue coopératif, dans la droite ligne des valeurs que défend le centre lors de ses formations. Les personnes seront aussi invitées à déposer leur témoignage dans des capsules radio, histoire d’archiver l’histoire des Amanins. De ces échanges devra naître un cap pour les Amanins, et des idées fortes pour l’avenir, dans un contexte toujours plus angoissant pour ceux et celles qui se préoccupent d’écologie.
L’aspect festif ne sera pas oublié : le soir, les participants auront le droit à un spectacle et un concert. Le grand public sera lui aussi, en son temps, convié à fêter l’anniversaire du lieu. L’école des Colibris fêtera elle aussi ses vingt ans en 2026. L’occasion pour le centre d’organiser un événement ouvert à tous, dans l’esprit du lieu, mêlant partage et transmission. Dans le respect de ceux qui l’ont fondé, les yeux rivés sur les lendemains qui chantent. Comme le colibri.
les Amanins vont fêter leurs 20 ans samedi 23 mars, en rassemblant celles et ceux qui ont travaillé, œuvré, participé ou partagé cette aventure.
Au programme de cet événement :
- RDV à 14h30 pour 1 heure de retrouvailles, de partage de souvenirs, de papotages !
- World café : 1 heure pour échanger sur ce qu’on fait aux Amanins, ce que l’on continue, ce que l’on arrête, ce que l’on tente, sur différentes thématiques
- La gazette des Amanins : 1 heure pour raconter en petit groupe une anecdote, un témoignage, à propos des Amanins
- 18h : spectacle « Bouse et paillettes »
- 19h15 : apéritif et dîner
- 21h : concert avec le groupe LaGuinda
Blandine Flipo
Article publié dans Le Crestois du 15 mars 2024
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