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Sabine Zlatin, résistante juive, restera celle qui a sauvé des enfants de la déportation

Sabine Zlatin, polonaise d’origine, résistante juive, restera celle qui a sauvé des enfants de la déportation. À Izieu, elle en accueille plus d’une centaine. Après la rafle du mois d’avril 1944, elle décide de faire de cette maison de colonie un lieu de mémoire.

Le 6 avril 1944, au petit matin, quarante-quatre enfants et sept adultes sont embarqués par les soldats de l’armée Allemande. Ils étaient réfugiés dans une maison, à l’écart des grandes villes, dans le Bugey. La colonie d’Izieu a été créée par Sabine Zlatin et son mari. Dès 1943, ils quittent la région de Montpellier pour ouvrir ce qui deviendra « la maison d’Izieu », une colonie pour enfants juifs dont les parents sont morts ou ont été déportés.

« Partez au plus vite »

Pendant des mois, plus d’une centaine d’enfants ont été accueillis. Protégés, réfugiés. Des séjours de quelques jours à quelques semaines. Le temps de leur trouver une famille d’accueil.

Mais, ces premiers jours du printemps, la politique de répression s’accentue. Les Allemands procèdent à des rafles, de plus en plus nombreuses. Des résistants lui disent :« partez au plus vite ».

Pour ces vacances de Pâques, elle est retournée à Montpellier pour trouver d’autres refuges. Le 6 avril, jour de la rafle, elle reçoit un télégramme de la secrétaire de la sous-préfecture de l’Ain, très investie dans la sauvegarde des enfants juifs.

« Famille malade, maladie contagieuse »

Le télégramme de la sous-préfecture est codé. Mais Sabine comprend le drame qui vient de se jouer. Elle tente par tous les moyens d’intervenir auprès des autorités de l’époque. Sans succès. Les jeunes prisonniers sont déportés puis assassinés dans les camps Nazis de la mort. Seule, une rescapée reviendra de l’enfer.

Retour à la maison d’Izieu

Il faudra attendre, pour des raisons de sécurité, plusieurs semaines à Sabine avant de revoir la maison d’Izieu, désormais vide.

Elle la retrouve mise à sac, pillée. Des documents ont été éparpillés, les tables renversées. Ce jour-là, Sabine Zlatin commence le lourd travail de mémoire. Elle récupère les dessins, les lettres des enfants. Elle ramasse les documents administratifs. Elle collecte, elle rassemble.

Elle se bat pour la mémoire de ses enfants morts. Son mari faisait, lui aussi, partie des prisonniers.

Premières cérémonies

Dès 1945, elle insiste. Elle demande qu’une cérémonie soit organisée. Le 7 avril 1946, un premier hommage national solennel est rendu aux victimes dans le petit hameau.

Dans l’immédiate après-guerre, elle s’occupe des rescapés des camps et des rapatriés de guerre. Par la suite, elle achète une maison, non loin de celle d’Izieu. « Comme pour rester proche des disparus » témoignent des enfants qui ont échappé à la rafle. Elle lit, elle se remet à la peinture. Elle survit.

Le procès Barbie

En 1987, s’ouvre le procès Barbie. Son témoignage marquera les audiences. Pour son rôle dans la rafle des enfants d’Izieu, notamment, Barbie est reconnu coupable de crimes contre l’humanité et condamné à la prison à perpétuité. « Pour le crime d’Izieu, il n’y a ni pardon, ni oubli » avait-elle alors déclaré.

S’ouvre une période intense pour Sabine Zlatin. Elle collecte des fonds, réclame des soutiens, elle fédère. La maison d’Izieu est devenue une exploitation agricole. La France veut oublier les années noires. Sabine Zlatin ne perd pas espoir. La maison d’Izieu doit devenir lieu de mémoire et du souvenir. Elle souhaite en faire un lieu officiel « porteur de valeurs universelles ».

Le Musée mémorial

L’association « pour la création du musée mémorial d’Izieu » voit le jour, à l’initiative de Sabine Zlatin dès la fin du procès Barbie. L’objectif étant d’acquérir la maison. Ses efforts sont récompensés. Le président de la République d’alors, François Mitterrand, soutient l’initiative. Le mémorial est inauguré en 1994, en présence de celle que l’on a surnommée « la Dame d’Izieu ».

Sabine Zlatin est décédée en septembre 1996, à Paris.

« Si je ne le fais pas, qui va le faire ? », 80 ans après la rafle de la Maison d’Izieu les « anciens enfants » racontent

 Emilie Mechenin

Il y a 80 ans, la Gestapo arrêtait 51 personnes juives, dont 44 enfants dans une maison de l’Ain. Le lieu devenu mémorial commémore cette journée du 7 avril 1944, en présence d’anciens enfants passés par cette colonie.

Quatre-vingts ans après la rafle dans la maison d’Izieu, dans l’Ain, une commémoration est organisée de ce jeudi 4 au dimanche 7 avril. Une dernière journée qui se fera en présence d’Emmanuel Macron. Malgré les années, le souvenir demeure pour ceux qui sont passés par cette maison, refuge pour les enfants juifs.

44 enfants déportés

« C’était un endroit magnifique, se rappelle Roger Wolman, 85 ans. Où les enfants pouvaient être entre copains et copines, suivre des cours ou se promener, comme en temps de paix. » C’est seulement après la guerre que l’octogénaire a découvert l’histoire « des enfants d’Izieu ».

Le 6 avril 1944, 44 enfants juifs et sept éducateurs également juifs sont raflés sur ordre de Klaus Barbie, responsable de la Gestapo de Lyon. Tous furent déportés dans les camps d’Auschwitz-Birkenau en Pologne et de Reval en Estonie. Seule une éducatrice a survécu.

Roger Wolman a passé quelques semaines dans ce refuge. Il avait alors cinq ans et son frère 12 ans, leurs parents avaient été déportés. Heureusement pour la fratrie, ils avaient déjà quitté les lieux depuis octobre 1943 pour rejoindre d’autres maisons en Auvergne.

Une centaine d’enfants accueillis

Entre mai 1943 et avril 1944, la colonie d’Izieu, fondée par Sabine Zlatin, résistante juive d’origine polonaise, a accueilli une centaine d’enfants. « On était scolarisé, on avait une vie tranquille, même si les adultes savaient que ça devenait de plus en plus dangereux », raconte Bernard Waysenson. Arrivés à la fin de l’été 1943 avec sa sœur et son frère, ils étaient repartis fin novembre de la même année pour rejoindre leur famille réfugiée dans le Gard.

Sept « anciens enfants » participent de ce jeudi 4 au dimanche 7 avril aux commémorations organisées par le musée, créé dans cette maison. Un devoir de mémoire, que plusieurs portent en allant témoigner dans les écoles. « Si je ne le fais pas, qui va le faire ? », réagit simplement Roger Wolman.

« J’ai toujours considéré que c’était nécessaire de rappeler ce qui s’était passé, j’avais aussi un engagement moral vis-à-vis de Sabine Zlatin et surtout vis-à-vis de mes petits copains. Je me devais de porter leur mémoire », confie Samuel Pintel.

Ingénieur à la retraite, il n’a compris que tardivement qu’il était passé par Izieu. C’est au moment du procès de Klaus Barbie, pour « crime contre l’humanité », en 1987, qu’il identifie le lieu où il avait été emmené après l’arrestation de sa mère. « J’avais 6 ans et demi, bientôt 7 », se souvient-il.

Aux scolaires, je parle du contexte de haine, d’antisémitisme et je leur fais percevoir que cette haine conduit, peut conduire, à des catastrophes. Samuel Pinte

Deux mille personnes sont déjà inscrites aux quatre journées de commémoration.

 Emilie Mechenin sur FR3

 

 

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