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Ecologie : « Et si un parlement de Loire veillait à une répartition des droits entre les intérêts humains et les intérêts autres qu’humains ? »

Collectif.  Ce soir  vendredi 7 juin 2024 à Die, on parle des droits des non-humains à la salle communautaire du palais Social de Die à 20h après le film « Vivants » de Arthus Bertrand.

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Et si, pour la première fois en Europe, un fleuve avait la possibilité de s’exprimer et de défendre ses intérêts à travers un système de représentation inter espèces ?, s’interroge dans une tribune, un collectif d’acteurs du Val de Loire

L’art, le récit, les imaginaires peuvent faciliter la prise de conscience des enjeux climatiques et écologiques. Dans le Val de Loire, un groupe de chercheurs, de professionnels (urbanistes, paysagistes, mariniers, pêcheurs…), d’artistes, d’élus et de riverains est en train d’imaginer ce que pourrait être un « parlement de Loire ». Ce projet vise à définir les formes et fonctionnements d’une assemblée où seraient représentées des entités autres qu’humaines, faune, flore, composantes matérielles et immatérielles du fleuve.

Cette démarche territoriale autant que narrative, initiée par le Polau-pôle arts & urbanisme, vise à sortir d’une conception « usagère » de la nature. En se plaçant du point de vue des milieux, de l’organique, du vivant, ils proposent collectivement de sensibiliser les publics aux alertes que manifeste le fleuve.

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Vers un parlement de Drôme !

Les préoccupations sont nombreuses : baisse des débits naturels de la Loire, étiages de plus en plus sévères, risques d’inondation élevés, évaporations accrues, pompages excessifs, présence de pesticides, baisse du nombre de poissons, etc. Ensemble, ils poussent le trait jusqu’à imaginer une fiction où la Loire pourrait porter sa(ses) voix, être associée en nom propre aux décisions qui la concernent, jusqu’à devenir sujet de droit(s).

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Doter la Loire d’un statut juridique

A travers un processus d’auditions publiques – les auditions du parlement de Loire – , l’écrivain Camille de Toledo a proposé une mise en récit institutionnelle, au carrefour du droit, de l’anthropologie, de l’économie, de l’art et du politique. Et si le fleuve Loire et les entités qui le constituent pouvaient témoigner des dommages qu’il subit ? Et si le fleuve Loire avait la possibilité de défendre ses intérêts, et notamment, d’intenter des actions en justice en son nom ? Et si le fleuve Loire pouvait siéger dans les instances chargées de sa gestion, notamment par le biais de « gardiens de la rivière », de « traducteurs des valeurs et des intérêts du fleuve » ? Et si un parlement de Loire, chargé de discuter des usages du fleuve, veillait à une plus juste répartition des droits entre les intérêts humains et les intérêts autres qu’humains ?

Une Loire dotée d’une personnalité juridique inspire les Ligériens. Ce qui pouvait apparaître il y a peu comme une fiction devient une réalité partout sur la planète. En Nouvelle-Zélande, le fleuve Whanganui, en Colombie, le Rio Atrato sont récemment devenus des sujets de droit. En Europe, d’autres collectifs suivent ; le Rhône, la Seine et le Tavignano en Corse visent une reconnaissance légale à travers la déclaration de leurs droits.

Pour la Loire, la démarche « vers un parlement de Loire » est avant tout culturelle. Elle convie des imaginaires autour de sujets liés à l’alerte climatique, elle favorise l’émergence de nouveaux concepts. Elle permet d’expérimenter des actes de création et des gestes de cohabitation, des rituels, des registres d’actions entre arts, sciences (biologie, écologie, anthropologie, droit, géographie…) et des décisions publiques.

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Une déclaration des droits du fleuve

Avec le parlement de Loire, il est question de « donner voix aux assemblages complexes d’humains et non-humains » comme l’indique l’anthropologue Philippe Descola. L’exercice est subtil, juridique, autant qu’éco-psycho-géographique. Ce récit collectif est un jeu sérieux. Il est un prisme d’inversion qui suscite des actions en faveur du ménagement du territoire et des transitions.

Le premier acte s’achève. Les assemblées de Loire se sont tenues pendant quatre jours (du 9 au 12 septembre) pour fêter le fleuve vivant, telle une invitation à écouter, regarder de près, sentir, toucher, à reconsidérer le fleuve dans ses différents états. A cette occasion, le rapport des auditions du parlement de Loire a été à l’honneur, sous le titre « le fleuve qui voulait écrire ».

Il est un socle de référence pour concevoir des suites, d’autres actes de création, des parcours, un glossaire de Loire, une fresque de Loire, une déclaration des droits du fleuve, une convention ligérienne, etc., pour inspirer d’autres acteurs et d’autres territoires.

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Signataires de la tribune sont : Philippe Boisneau, pêcheur professionnel de Loire ; Catherine Boisneau, écologue, enseignante chercheuse, UMR CNRS-Citeres, Ecole polytechnique de l’université de Tours (EPU) ; Thierry Bouvet, pêcheur professionnel de Loire ; Valérie Cabanes, juriste internationaliste ; Stéphane Cordobes, conseiller-expert à l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) ; Pascal Ferren, philosophe et urbaniste ; Sylvia Lasfargeas, avocate, Notre Affaire à tous ; Maud Le Floc’h, urbaniste, directrice du Polau- pôle arts et urbanisme ; David Gé Bartoli, philosophe, université Populaire de Tours et de la Terre ; Sophie Gosselin, philosophe, université Populaire de Tours et de la Terre ; François Guerroué, Ligérien nomade ; Bruno Marmiroli, architecte paysagiste, directeur de la Mission Val de Loire ; Joan Pronnier, chef de projet COAL-Coalition arts et écologie ; Benoit Pinero, opérateur culturel, Ligere ; Pauline Quantin, opératrice culturelle, Ligere ; Xavier Rodier, archéologue, directeur de la Maison des sciences de l’homme Val de Loire, CNRS, université d’Orléans, université de Tours ; Theo Sanson, artiste, The Elemen’Terre project ; Virginie Serna, archéologue subaquatique, conservatrice en chef du patrimoine, chargée de mission au ministère de la culture ; Clément Sirgue, éducateur environnemental, la Rabouilleuse-Ecole de Loire ; Lolita Voisin, paysagiste, directrice de l’Ecole de la Nature et du Paysage de Blois – INSA Centre-Val de Loire ; Marine Yzquierdo, avocate, Notre Affaire à tous.

Collectif

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