Européennes 2024 : ce que Jordan Bardella et le RN ont fait au Parlement européen depuis 5 ans
Bilan famélique de Jordan Bardella, clin d’œil aux antivax, proximité avec les lobbys industriels… Le point sur l’activité européenne du Rassemblement national.

POLITIQUE – L’heure des comptes. Alors que la date fatidique du 9 juin approche, et que la liste menée par Jordan Bardella continue de dominer outrageusement les sondages, le Rassemblement national fait l’objet d’attaques sur son action au sein du Parlement européen depuis 2019.
Il y a cinq ans, lors de sa campagne victorieuse, le leader d’extrême droite promettait d’abroger la directive sur les travailleurs détachés, de supprimer la Commission européenne ou d’instaurer la préférence nationale pour la commande publique. Disons-le d’emblée, aucune de ces promesses n’a été tenue.
Pour une raison simple : ces propositions ne correspondent pas aux attributions des eurodéputés. Pas plus, d’ailleurs, que celles mentionnées dans son programme de 2024. Autre élément expliquant l’inexistence de réalisation concrète, le cordon sanitaire (relatif) qui isolait le groupe Identité démocratie, où le RN a siégé pendant cinq ans avec d’autres formations d’extrême droite et europhobes, comme les Italiens de la Lega ou les Allemands de l’AFD. Enfin, le RN théorise lui-même l’inaction au cœur du système européen.
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Un bilan famélique au Parlement
Eurodéputé et conseiller spécial de Marine Le Pen, Philippe Olivier expliquait récemment à StreetPress : « la politique, c’est le terrain, le contact. Ce n’est pas en pinaillant sur des points-virgules qu’on va changer l’Europe ». Ce haut cadre s’exprimait alors au sujet de Gilles Lebreton, qui n’a pas été reconduit sur la liste de Jordan Bardella. Il faut dire qu’il avait la fâcheuse manie de travailler trop aux yeux du RN, un parti qui assume de ne pas jouer le jeu des institutions. « La maîtrise des rouages euro-parlementaires, c’est bien, mais la politique, c’est autre chose, c’est savoir créer des étincelles dans l’électorat. Nous avons un ancrage populaire qui nous interdit de rester dans notre seul couloir bruxellois », admettait dans ce même article Mathilde Androuët, eurodéputée proche de Jordan Bardella.
Résultat, la tête de liste RN affiche logiquement un bien pauvre bilan, masqué essentiellement par des interventions en hémicycle lui permettant de découper la séquence pour la diffuser sur les réseaux sociaux et des votes en plénières.
Ne choisissez pas l’extrême droite pour exprimer votre colère : l’appel de 70 organisations de la société civile pour les européennes
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Les extrêmes droites, dont la progression se poursuit plus que jamais, exploitent les mécontentements, les ressentiments, les colères. Colères souvent légitimes face à la dégradation du tissu social, à l’arrogance de pouvoirs oligarchiques, et à tant de renoncements face aux injustices sociales et environnementales, au rythme et aux effets du changement climatique et à l’affaiblissement accéléré des services publics.
Mais les extrêmes droites entretiennent ce ressentiment en désignant des boucs émissaires. Car elles ont besoin que le malheur s’étende : elles en vivent, elles s’en nourrissent. Il leur faut toujours plus de divisions, de fragmentation de la société, de repli sur un passé largement mythifié et une identité nationale fantasmée, d’enfermement dans les murs et les centres de rétention, de frontières barbelées, de rejet de l’autre.
Or, plus on divise, plus on affaiblit. Plus on dresse les travailleurs contre les chômeurs vilipendés comme «assistés», les agriculteurs contre les défenseurs du climat, les Français contre les étrangers, les centres-villes contre les banlieues, les «Parisiens» contre «la terre qui ne ment pas», les «vieux» contre les jeunes et plus on aggrave injustices, inégalités, préjugés et discriminations. Et au bout du compte tous et toutes y perdent…sauf les nostalgiques d’un pouvoir autoritaire derrière qui toute la société marcherait au pas.
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Un atelier où des formateurs syndicalistes antifascistes apprennent à déconstruire les slogans et les propos de l’extrême droite, à Brest, le 8 avril 2024.
par un collectif de 70 organisations