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Les résultats du premier tour des législatives 2024

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A Paris, des milliers de personnes ont afflué place de la République, où débutera à 22 h 30 la soirée électorale du Nouveau Front populaire, dont plusieurs dirigeants prendront la parole sur l’estrade située au pied de la statue. « La jeunesse emmerde le Front national »  ; « On est plus chauds, plus chauds, plus chauds que les fachos »  ; « Et Bardella déteste tout le monde ! Et tout le monde déteste Bardella ». La foule tue le temps en chantant.

« Le barrage républicain, ça n’est pas que pour les électeurs de gauche », lit-on sur la pancarte de Laure, 28 ans, pour qui ce doit être le premier message du soir : « On n’a pas besoin de convaincre nos amis de gauche, on ne va pas convaincre les électeurs du RN de voter à gauche, mais on peut convaincre certaines personnes du centre droit. »

Cette Parisienne originaire du sud-est de la France sait de quoi elle parle : « Ça fait onze ans que je vote, j’ai plus souvent voté à droite qu’à gauche… J’ai même voté Estrosi contre Marion Maréchal Le Pen [aux élections régionales de 2015] ! Ça me soûle que ce soit toujours la gauche qui fasse le taf. »

Laure déplore l’attitude de la majorité présidentielle qui semble « tituber » sur ce sujet, et « espère » un appel clair à un front républicain qui profiterait cette fois à la gauche. Sans trop y croire : « Il y a deux ans, on a voté pour Macron, il nous a dit “Votre confiance m’honore et m’engage”, et puis il fait la loi immigration et il vient de passer trois semaines à nous mettre sur le même plan que l’extrême droite, alors… »

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Tendance politique nationale
Score
RN (dont LR-RN)
32,20 %
Nouveau Front populaire
28,10 %
Ensemble
21,00 %
Les Républicains
10,00 %
Divers
2,10 %
Centre
1,80 %
Gauche
1,70 %
Extrême gauche
1,20 %
Reconquête
0,70 %
Droite souverainiste
0,20 %
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Consignes pour le second tour et réactions. Gabriel Attal (Renaissance), Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Édouard Philippe (Horizons) appellent leurs candidats arrivés en 3e position à se retirer au second tour pour faire barrage au RN tandis Jordan Bardella estime que « les Français ont été au rendez-vous de leurs responsabilités et ont fait honneur à notre démocratie ».
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Législatives 2024 : « Partout où le RN pourra l’emporter et où la gauche sera en troisième position, ses représentants devront appeler à voter pour la droite ou le centre »

Le Collectif Télémaque, regroupant des cadres de la fonction publique et du secteur privé venus de la gauche, estime dans une tribune que le Nouveau Front populaire doit avant tout faire rempart face à l’extrême droite. Ses représentants devront accepter de se désister, si nécessaire, au second tour et reconstituer un front républicain.

Au moment où l’extrême droite menace de parvenir au pouvoir en France, un sursaut de tous les républicains et les humanistes s’impose. Partout où l’extrême droite gouverne, ce sont les droits des femmes, des minorités sexuelles et des immigrés qui sont remis en cause ; ce sont l’Etat de droit et les contre-pouvoirs qui sont affaiblis ; ce sont les libertés, dont la liberté de la presse, qui reculent ; ce sont les prébendes et le clientélisme qui gagnent du terrain ; ce sont l’écologie et la lutte contre le réchauffement climatique qui sont discréditées ; c’est la concorde nationale qui est mise à mal.

Quand l’extrême droite est au pouvoir, il est difficile de l’en déloger, car elle manie le mensonge et cherche à contrôler sans vergogne les médias et les institutions. Si la France tombe, ce serait un véritable séisme. Face à ce risque majeur, d’autres chemins à gauche auraient été concevables, tant l’actualité internationale et la campagne des élections européennes ont mis en lumière de profondes divergences, sur le plan politique mais également sur celui des valeurs.

Néanmoins le nouveau front populaire, c’est-à-dire l’unité de toute la gauche, s’est imposé comme une nécessité, compte tenu de la brièveté de l’échéance électorale et de la menace que représente l’extrême droite aux portes du pouvoir. Alors que le président de la République, par son acte irresponsable de dissolution, met en péril la nation, sa cohésion, ses institutions, son image et ses valeurs, la majorité présidentielle apparaît démonétisée. Ayant progressivement glissé vers la droite, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même et se prépare à connaître une défaite accentuée par son incapacité à s’allier aux Républicains, eux-mêmes profondément divisés.

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Le rôle déterminant des sociaux-démocrates

Face à cet effondrement politique et moral, la gauche unie a donc une responsabilité immense. Pour faire cette union, des lignes rouges ont été fixées : lutte intraitable contre l’antisémitisme, dénonciation des attaques terroristes du Hamas, reconnaissance de l’Etat palestinien à côté de l’Etat israélien, soutien indéfectible à l’Ukraine, engagement réaffirmé en faveur de l’Union européenne. Les représentants du Nouveau Front populaire devront respecter ces engagements, sauf à mettre en péril l’ensemble de l’édifice.

Quant au programme économique, celui-ci résulte d’un compromis ; et nul doute que l’exercice du pouvoir – comme c’est toujours le cas – amènera à fixer des priorités dans sa mise en œuvre. Il se dégage néanmoins de cette feuille de route quelques principes auxquels tout progressiste peut souscrire : la priorité accordée à la transition écologique ; le souci du pouvoir d’achat et l’importance donnée à la justice sociale dans les réformes ; l’indispensable investissement dans l’éducation, la santé et la qualité des services publics ; enfin, la nécessaire contribution des plus aisés à l’effort collectif, dans un contexte de crise des finances publiques.

Dans l’histoire, les sociaux-démocrates ont toujours joué un rôle déterminant dans les expériences d’union de la gauche, tant pour conquérir le pouvoir que pour l’exercer. Ceux qui, au sein de la gauche, socialistes et écologistes, incarnent une gauche de gouvernement – y compris au niveau local – devront être visibles et faire entendre clairement leur voix au sein de cette alliance. C’est cette culture réformiste qui permet à toute proposition politique audacieuse de devenir réalité. Et c’est aussi cette sensibilité politique qui veille sans relâche au respect des principes institutionnels et républicains.

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Un élargissement de la coalition au champ républicain

A cet égard, le Nouveau Front populaire doit avant tout remplir efficacement sa fonction de rempart face à l’extrême droite. Il ne peut donc se concevoir qu’accompagné d’un front républicain. Partout où l’extrême droite pourra l’emporter et où les candidats de gauche seront en troisième position, ses représentants devront refuser toute triangulaire et appeler, sans ambiguïté, à voter pour les candidats de la droite et du centre. Céder à l’indignité de renvoyer dos à dos le gouvernement sortant et les candidats du Rassemblement national serait une faute grave.

Nous appelons aussi la droite et le centre à faire de même, comme ce fut longtemps leur tradition. Pour un barrage efficace, il est essentiel que les représentants de la gauche unie rassemblent largement, lors des seconds tours où ils seront présents. Ils ne doivent donc pas fermer la porte, par principe, à un élargissement de la coalition à d’autres partenaires du champ républicain, si cela s’avère indispensable. Les Français ne doivent pas en être réduits à choisir entre l’extrême droite et une France ingouvernable.

C’est à ces conditions que l’union de la gauche pourra se hisser à la hauteur de la situation politique que nous traversons, qu’elle pourra faire adhérer le plus grand nombre à l’espoir qu’elle porte, et démentir ce qui reste, à ce stade, l’hypothèse la plus probable et la plus funeste, une victoire de l’extrême droite.

Le Collectif Télémaque regroupe une trentaine d’universitaires, de cadres de la fonction publique et du secteur privé. Il a publié La Gauche du réel. Un progressisme pour aujourd’hui (L’Aube, 2019). Pour le Collectif Télémaque : Jean-Christophe Blum, professeur en classes préparatoires, Baptiste Bondu-Maugein, cadre de la fonction publique, Mélanie Duclos, cadre de la fonction publique, Yann Germaine, cadre de la fonction publique, Vanessa Miler-Fels, cadre d’une entreprise européenne, Anne-Solène Rolland, cadre de la fonction publique, Benjamin Rotenberg, cadre de la fonction publique, Philippe Sabuco, cadre du secteur privé, Nicolas Vignolles, dirigeant d’un syndicat professionnel.

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Législatives 2024 : « Nous, ministres et anciens ministres d’Emmanuel Macron, appelons la gauche républicaine à être à la hauteur de son histoire »

Des responsables politiques issus de la gauche, avant de rejoindre le gouvernement, dont Nicole Belloubet et Stanislas Guerini, appellent dans une tribune les responsables et électeurs sociaux-démocrates à les rejoindre pour créer un grand rassemblement à même de « lutter contre les extrêmes ».

« Vous sentez tous que la liberté française est menacée comme la paix européenne. Qui aurait dit cela il y a quatre ans, pendant la dernière campagne électorale ? » Voilà ce que disait Léon Blum, en avril 1936, dans un message radiodiffusé au nom du Parti socialiste. Ses mots résonnent aujourd’hui avec toute leur actualité. Alors qu’une alliance opportuniste et paradoxale usurpe le nom de Front populaire, sous la conduite d’une France insoumise compromise dans le communautarisme, alors que des incohérences rongent un Rassemblement national fondé sur l’exclusion et le rejet, nous voulons rappeler l’idéal qu’avait jadis défendu Léon Blum. Celui d’une lutte pour le progrès, contre la haine et l’antisémitisme, pour la paix en Europe, sans compromission avec les ennemis de la France. Nous défendons toujours cet idéal. C’est celui de la République.

En convoquant de nouvelles élections législatives, le président de la République a voulu redonner la parole au peuple français. C’est, d’abord, un enjeu de clarté. Le paysage politique est désormais sans ombres.

Nous, ministres et anciens ministres, issus des rangs de la gauche de gouvernement, nous avons choisi de rejoindre Emmanuel Macron dans une démarche de dépassement des clivages anciens. Loin des luttes d’appareil et des manœuvres politiciennes, nous sommes convaincus qu’un large rassemblement des forces républicaines est de nature à lutter contre les extrêmes : pour la fraternité, qui n’est pas le communautarisme ; pour la tolérance, qui n’est pas le laxisme ; pour l’égalité, qui n’est pas l’uniformité ; pour la liberté, qui n’est pas l’individualisme. Nous ne sortirons la France de la menace populiste que par l’action sincère, efficace, raisonnée, et non par les slogans, l’outrance et la provocation.

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Le glas de notre prospérité

L’extrême droite n’a pas changé. Derrière un programme sans cesse mouvant se cachent la même obsession identitaire et la même volonté d’en finir avec l’Etat de droit, au nom d’une illusion nationaliste. Suppression de la double nationalité, homophobie et discrimination anti-LGBT+, contrôles au faciès ne sont rien d’autre qu’un recul de notre démocratie. L’arrivée au pouvoir de l’extrême droite sonnerait aussi le glas de notre prospérité économique. Sous couvert de souverainisme, c’est l’appauvrissement qui nous guette : rupture avec l’Union européenne, fin de la libre circulation, repli frileux sur le marché intérieur. Des millions d’emplois seraient menacés par ce saut dans l’inconnu. Lutter contre l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite est donc aujourd’hui notre priorité.

Mais cette priorité ne doit pas nous faire tomber de Charybde en Scylla. L’extrême gauche, et en particulier La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, a montré ces derniers mois qu’elle était, elle aussi, une source de chaos et de division. Il n’y a pas de doute qu’au lendemain des élections, si leur coalition devait l’emporter, ses divisions internes ruineraient immédiatement toute possibilité de former un gouvernement solide, plongeant notre pays dans une crise irrémédiable.

Ce sont d’abord les excès de ce mouvement à l’Assemblée nationale qui ont, pour beaucoup de nos concitoyens, contribué à dévaloriser l’image de leurs représentants. C’est ensuite leur obstination à ne pas condamner clairement l’antisémitisme et la violence, qui, pour certains, a même été jusqu’à soutenir à demi-mot les actions d’un groupe terroriste. Le programme du Nouveau Front populaire confirme enfin sa mue de parti d’opposition à parti d’imposition : 300 milliards d’euros de déficit supplémentaire [selon un chiffrage de la majorité présidentielle], taxation des heures supplémentaires qui appauvrira les ouvriers, taxation des petites retraites qui pénalisera les retraités.

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L’héritage de la IIIe République

Fidèles à l’héritage de la gauche républicaine, nous voulons concilier justice sociale et responsabilité : revalorisation du travail par la prime de partage de la valeur, baisse des factures qui pèsent sur le quotidien, indexation des retraites sur l’inflation sans revenir sur l’âge légal de départ… Plusieurs de nos propositions concernent spécifiquement notre jeunesse : mise en place d’une complémentaire santé à 1 euro par jour pour ceux qui ne sont pas couverts par une mutuelle, poursuite de la réforme des bourses et construction de nouveaux logements étudiants, exonération de frais de notaire pour les primo-accédants à la propriété de la classe moyenne. Ces mesures de justice sociale seront financées par des économies en dépenses publiques, et si notre majorité a également su taxer les superprofits nous ne pénaliserons jamais le travail et l’investissement des Français par des hausses d’impôts qui les impacteraient.

Nous en appelons à tous les responsables et électeurs sociaux-démocrates. Sans trahison, sans reniement, sans débauchage, dans le respect de nos convictions partagées et de l’héritage des figures qui nous rassemblent. La gauche républicaine doit être, aujourd’hui, à la hauteur de son histoire. Elle doit montrer la voie de la dignité, de l’universalisme et de la confiance dans l’avenir. Une voie qui respecte les droits fondamentaux, l’héritage de la Révolution française, celui de la IIIe République. Une voie qui appelle à la raison des Français plutôt qu’à leurs peurs, au courage plutôt qu’à la résignation.

Nous avons une opportunité historique de redonner au débat démocratique toute sa grandeur et toute sa place dans l’hémicycle, sans cris, sans insultes, sans spectacle. Nous, élus, électeurs, Françaises et Français qui croyons à la liberté, sachons nous montrer à la hauteur de l’enjeu. Les générations futures jugeront la sagesse et le courage de notre choix.

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Signataires : Nicole Belloubet, ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse ; Olivier Dussopt, ancien député (Renaissance) de l’Ardèche et ancien ministre du travail, du plein-emploi et de l’insertion ; Stanislas Guerini, ministre de la transformation et de la fonction publiques ; Roland Lescure, ministre délégué chargé de l’industrie et de l’énergie ; Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée auprès du ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire ; Sylvie Retailleau, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche.

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