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Un député du Rassemblement national est élu à Crépol et Romans-sur-Isère,  grâce à Emmanuelle Anthoine (Les Républicains),  qui ne s’est pas retirée dans cette triangulaire.

Ancien compagnon de route de Marion Maréchal, passé par Reconquête !, Thibaut Monnier a été élu dans la 4ᵉ circonscription de la Drôme. Une première dans ce département, où la poussée du RN était contenue jusqu’ici.

Juliette Guéron-Gabrielle

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Le maintien d’Emmanuelle Anthoine (Les Républicains, LR) dans la triangulaire de la 4e circonscription (Romans-sur-Isère) a favorisé l’élection du candidat d’extrême droite. Thibaut Monnier (Rassemblement national, RN) a gagné avec 41,96 % des voix dans cet ancien fief du socialiste Pierre Jouvet. L’élu d’extrême droite devance Isabelle Pagani (PS-Nouveau Front populaire), qui a obtenu 32,08 % des suffrages. Le département compte un second député RN, avec la réélection de Lisette Pollet, qui améliore d’un point son score de 2022 dans la 2e (Montélimar). Dans la 3e (Nyons), l’écologiste Marie Pochon l’emporte largement, en recueillant 56,59 % dans son duel face au RN, après le désistement du candidat d’Ensemble. Le résultat est quasiment identique (56,24 %) pour Paul Christophle (PS-NFP) dans la 1re (Valence).

  • Thibaut Monnier, élu
    4e circonscription de la Drôme, élu avec 38,37 % des voix

Grand ami de Marion Maréchal et cofondateur de l’Issep (qui se voulait le « Sciences Po » de l’extrême droite), ancien officier de réserve au 13e régiment du génie, Thibaut Monnier se scandalise d’une petite compétition informelle en France : la Coupe d’Afrique des banlieues. « Où est la France dans tout ça ? », demande-t-il.

Le député RN de la Drôme Thibaut Monnier, lors de la journée d’accueil à l’Assemblée nationale, à Paris, le 9 juillet 2024.

Le député RN de la Drôme Thibaut Monnier, lors de la journée d’accueil à l’Assemblée nationale, à Paris, le 9 juillet 2024

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C’est une première. La 4e circonscription de la Drôme, où résidait Thomas, l’adolescent de 16 ans tué à la sortie d’un bal à Crépol, dans la nuit du 18 au 19 novembre 2023, a élu un député Rassemblement national (RN), Thibaut Monnier. Celui-ci a réuni 41,96 % des suffrages, battant ses concurrentes, Isabelle Pagani (Nouveau Front populaire, 32,1 %) et Emmanuelle Anthoine (Les Républicains, 26 %). 

Une victoire rendue possible, aussi, par l’absence de front républicain dans la circonscription, la candidate Emmanuelle Anthoine ayant maintenu sa candidature au second tour.

Le parti d’extrême droite n’était jamais arrivé au second tour des législatives dans la circonscription avant le 7 juillet. Le vote RN avait été stable aux trois dernières législatives, en 2012, 2017 et 2022, se situant entre 17,3 % et 20,4 % des voix. D’où la surprise de ce score au premier tour des législatives, 18 points au-dessus des précédents (38,4 %).

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Difficile de dire si le contexte local a contribué à la victoire du RN dans la circonscription. En novembre 2023, une marche blanche avait réuni 6 000 personnes à la suite du meurtre de Thomas. Le week-end des 26 et 27 novembre 2023 avait donné lieu à de violents affrontements entre jeunes identitaires et forces de l’ordre à l’entrée de la cité de la Monnaie, à Romans-sur-Isère (Drôme), les premiers cherchant à mener une expédition punitive pour « venger Thomas » dans la cité où résidaient certains des accusés du meurtre. L’affaire avait pris une ampleur nationale. Certains y voyaient un « meurtre anti-Blanc » et d’autres le résultat d’une « rixe », un affrontement entre bandes rivales.

A Crépol, la ville où résidait Thomas, le taux de participation a été extrêmement fort (74,8 %), le choix des votants se portant clairement sur le RN (48,5 %), malgré la triangulaire. Mais « le nord de la circonscription a toujours voté RN », rappelle Isabelle Pagani, la candidate de gauche défaite.

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« Tout était légal »

Clairement le maintien d’Emmanuelle Anthoine (Les Républicains, LR) dans la triangulaire de la 4e circonscription (Romans-sur-Isère) a favorisé l’élection du candidat d’extrême droite.

Le nouveau député Thibaut Monnier est un vieux compagnon de route de Marion Maréchal. Ils ont cofondé l’Institut des sciences sociales, économiques et politiques (Issep), à Lyon, une école privée destinée à former des cadres d’extrême droite. Depuis sa création en 2018, l’école enchaîne les difficultés : peu d’inscrits, finances précaires, absence de reconnaissance du diplôme de l’Issep par l’Etat… Certains de ses intervenants sont forcés d’offrir leurs services bénévolement. Un professeur d’histoire d’origine russe, Oleg Sokolov, a été limogé après sa condamnation pour le meurtre de sa compagne.

Ex-Reconquête !, Thibaut Monnier a quitté le parti d’Eric Zemmour au profit du RN en même temps que Marion Maréchal. Le journal satirique Le Canard enchaîné le soupçonne d’être de ceux partis avec la caisse : Marion Maréchal aurait dépensé 500 000 euros des réserves du parti en « prestations de conseils » pour quatre de ses proches, dont Thibaut Monnier. Ce qui faisait dire à Eric Zemmour qu’elle avait commis le « record du monde de la trahison ». Thibaut Monnier se défend d’être parti de Reconquête ! en vidant les caisses du parti. « J’étais prestataire, tout était légal », a-t-il précisé en début de campagne.

Ancien conseiller RN de la région Rhône-Alpes, il a fait campagne sur l’insécurité, mentionnant souvent le drame de Crépol. Son autre thème phare était le malaise agricole. Il a choisi comme suppléant l’agriculteur Thierry Sénéclauze, connu du public pour avoir bloqué l’autoroute A7, en janvier ; et alimenté son Twitter de photos de campagne sur des tracteurs. Une campagne qui semble avoir résonné dans la Drôme des collines.

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Juliette Guéron-Gabrielle

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