Sélectionner une page

Urgence démocratique

Cécile Prieur
.

En ces temps de grande confusion, il est de notre rôle de souligner l’urgence démocratique à laquelle nous faisons face : tout faire, conformément à nos valeurs historiques, pour empêcher l’accession de l’extrême droite au pouvoir.

On reconnaît les moments charnières de notre histoire à l’incandescence dans laquelle ils plongent le pays : nous y sommes, en cette veille d’un scrutin majeur pour notre démocratie. Près de trois semaines après la décision irresponsable prise par Emmanuel Macron de dissoudre l’Assemblée nationale, la France est plongée dans une incertitude telle que les vents mauvais s’accumulent chaque jour un peu plus.

Le président attendait de ces législatives une « clarification » du paysage politique : elles révèlent au grand jour le profond délitement du débat public. Instrumentalisation odieuse de la question de l’antisémitisme, renvoi dos à dos des « extrêmes » par la macronie, banalisation à outrance de l’extrême droite sur les ondes bolloréennes… La perte de repères est telle que beaucoup d’électeurs sont totalement déboussolés, déchirés entre leur refus de l’extrême droite et leur rejet viscéral, au sein du Nouveau Front populaire, des insoumis de Jean-Luc Mélenchon. Alimentée chaque jour un peu plus par les ingénieurs du chaos, la campagne menace d’entraver le sursaut qui s’impose face à l’extrême droite.

Il est donc important de ne pas se détourner du vrai combat et de ne pas écouter ceux qui entretiennent la confusion, au premier rang desquels se situe désormais le président de la République. La majorité sortante, emmenée par un Emmanuel Macron aux abois, a choisi de diaboliser l’alliance à gauche en la réduisant explicitement à La France insoumise. Peu importe, et le président le sait pertinemment, que l’addition du PCF, des Verts et des socialistes pèse plus dans le NFP que tous les insoumis réunis.

.

.

Repousse le spectre du pire pour le pays

Le chef de l’Etat préfère réduire le scrutin à une confrontation factice entre LFI et RN, bien que ce jeu cynique renforce l’extrême droite et détruise l’idée même du barrage républicain. Mais Emmanuel Macron n’est pas le seul à jouer avec le feu : son meilleur ennemi, Jean-Luc Mélenchon, semble prêt de son côté à mettre en péril la dynamique de son camp. Parce qu’il se sent menacé par une alliance qui s’est constituée malgré lui, le leader de LFI prend le risque de décourager le vote à gauche plutôt que de s’effacer comme l’y exhortent tous ses « alliés ». Comme s’il préférait lui aussi le chaos à l’urgence d’affronter réellement l’extrême droite.

Que faire face à ce paysage désolé ? Se fier, toujours et en dépit de tout, à la véritable boussole de la gauche, celle qui l’a conduite à ne pas hésiter une seconde au regard de la gravité de l’enjeu. On peut critiquer le NFP, y voir une alliance de circonstance qui cache mal des fractures béantes. On ne peut lui enlever une vérité : il se place dans l’héritage historique qu’a ouvert Léon Blum en 1936 en faisant front, avec les communistes et les radicaux, contre la montée du fascisme. Du NPA aux sociaux-démocrates, des communistes aux écologistes, le Nouveau Front populaire tente cet arc improbable, seule manière de faire pièce efficacement à l’extrême droite et d’espérer se qualifier en masse pour le second tour. Ce cartel est certes mille fois assailli, à juste titre, à propos des outrances de LFI et de ses insinuations antisémites inacceptables. Il doit résister, en érigeant un autre barrage, en son sein, contre Jean-Luc Mélenchon et ce qu’il incarne désormais. Le chemin est étroit, mais la gauche n’a pas d’autre choix que de l’arpenter. Pour repousser, à toute force, le spectre du pire pour le pays.

Cécile Prieur

Poster le commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *