Sélectionner une page

Mireille Provence, 40 morts sur la conscience: Mireille Provence, l’espionne collabo du Vercors

Gérard Cartier, romancier, vient de publier “L’Oca Nera”, sur Mireille Provence, une histoire familiale et une causerie ce mercredi 31 out à Vassieux en Vercors au Musée de la résistance.
.

Gérard Cartier, romancier, vient de publier “L’Oca Nera”, un roman dans lequel il raconte l’histoire de la collabo Mireille Provence .  Photo Le DL /Éric VEAUVY

Gérard Cartier, romancier, vient de publier “L’Oca Nera”,

Pour l’état civil, elle était Simone Waro, épouse Reboul, née le 26 février 1915 à Lyon. Au registre de l’infamie, elle est restée Mireille Provence, délatrice du maquis, maîtresse d’un officier allemand et responsable de la mort d’une quarantaine de résistants.

Si Gérard Cartier, ingénieur à la retraite mais poète encore en exercice, s’est intéressé à elle, c’est que Mireille, hélas, a fait partie de son histoire. « Un de mes oncles, mécanicien à Villard-de-Lans, figurait parmis les 19 prisonniers abattu par la milice le 26 juillet 1944  à Beauvoir en Royans. Et mon père, qui lui-même avait été déporté en Autriche, m’a toujours dit que Mireille Provence était dans le coup. »

.

Mireille Provence

Mireille Provence (photo anthropométrique, juillet 1945)
 

Mireille Provence (née Simonne Waro à Lyon le 26 février 1915 et morte à Soustons le 26 janvier 1997) est une collaboratrice française qui a participé à la Cour martiale allemande de Saint-Nazaire-en-Royans, en juillet-août 1944. Elle a été condamnée à mort en octobre 1945, mais sa peine a été commuée en travaux forcés à perpétuité. Elle a été libérée en août 1953. Elle est morte en 1997.

Simonne Waro est née le 26 février 1915 à Lyon 2e. Elle se marie en avril 1935 avec François Reboul. Elle a un enfant en 1935, mais le couple se sépare en 1937. Elle abandonne alors son enfant et se lance dans le music-hall sous le nom de Mireille Provence. Pendant la guerre, on la retrouve à Paris dans le Cabaret de Milly Mathis, Le Petit Chapiteau, fréquenté par les occupants, puis à Lyon et à Grenoble, où elle fait la connaissance d’un important officier allemand.

Elle participe en avril 1944, comme informatrice, à deux raids de la Milice, ce qui lui vaudra le surnom de « l’espionne du Vercors ». Elle est enlevée par la Résistance en juillet 1944, par le commandant Marguerite de la resistance et emprisonnée à La Chapelle-en-Vercors puis Loscence. Après l’invasion du Vercors par les troupes allemandes, elle regagne la vallée et se met au service de l’occupant : « Des traîtres français dénoncent leurs compatriotes, qui sans eux auraient échappé au supplice. Telle cette Mireille Provence qui, internée au camp de détenus suspects de la Chapelle, a profité de la confusion qui suivit la dislocation du 23 juillet pour venir se mettre aux ordres des nazis » (Pierre Tanant). . Elle participe à la Cour martiale allemande de Saint-Nazaire-en-Royans, aux côtés du Feldgendarme qui la dirige (connu sous le nom d’Oberland), dont elle est devenue la maîtresse. Elle est directement responsable de la mort d’une partie des maquisards fusillés ou déportés par la cour martiale. Elle participe aussi à diverses rafles dans la région.

Elle suit les Allemands dans leur retraite vers Belfort. Elle est arrêtée à Lure le 8 octobre 1944, en raison de sa présence dans la zone des combats, sans que son rôle dans le Vercors soit alors connu. Elle est finalement inculpée en mai 1945 d’intelligence avec l’ennemi, et condamnée à mort à Grenoble le 11 octobre 1945, condamnation commuée le 31 octobre en travaux forcés à perpétuité, ce qui soulève l’indignation des anciens résistants (les Pionniers du Vercors formuleront ainsi plusieurs demandes de réouverture du procès).

Le 22 août 1953, après 8 ans de prison, elle fait l’objet d’une grâce médicale. Elle s’installe alors dans les Landes, où elle tient un hôtel-restaurant, et où elle décède en janvier 1997.

Son souvenir est resté très vivace dans les Alpes. Elle est « pour la région grenobloise et plus particulièrement pour le Vercors, le symbole de la Collaboration la plus basse ». C’est elle que le Musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère a choisie en 2020 pour représenter la collaboration dans le cadre de son exposition sur Les femmes des années 40.

L’enquête sur Mireille Provence (qui n’était plus qu’un mythe), le récit de ses exactions, de sa fuite et de sa condamnation sont l’objet de plusieurs chapitres du roman L’Oca nera (La Thébaïde, 2019) de Gérard Cartier, dont l’un des principaux thèmes est la tragédie du Vercors.

.

Contexte historique

Mémorial de Saint-Nazaire-en-Royans érigé contre le mur du parc du château ayant été le théâtre de plusieurs exécutions odieuses en juillet-août 1944.

.
La cour martiale de Saint-Nazaire-en-Royans remplit bien son rôle : elle fournit en quelques jours de nombreuses victimes aux pelotons d’exécution.

Sur huit plaques de pierre claire sont inscrits les noms de tous les fusillés de juillet-août 1944. Sur la plaque centrale, est gravée en lettres majuscules l’inscription :

LES PIONNIERS DU VERCORS A LEURS GLORIEUX MARTYRS

Les cours martiales ne sont qu’une caricature sinistre d’institution judiciaire, elles envoient à la mort les résistants capturés alors qu’ils tentent de fuir le Vercors, mais aussi des civils accusés d’avoir aidé les maquisards. La cour martiale de Saint-Nazaire-en-Royans remplit bien son rôle : elle fournit en quelques jours de nombreuses cibles aux pelotons d’exécution
À Saint-Nazaire, où se trouve le PC du général allemand Pfaum, fonctionne une cour martiale qui condamne sans répit. Des traîtres français dénoncent leurs compatriotes qui, sans eux, auraient échappé au supplice. Telle cette Simone Waro, alias Mireille Provence, qui, internée par la Résistance au camp de détenus suspects de La Chapelle-en-Vercors, a profité de la confusion qui suivit la dislocation du 23 juillet pour venir se mettre aux ordres des nazis.

Déjà deux habitantes de Saint-Nazaire-en-Royans avaient péri lors du bombardement du village le 29 juin, Marie-Louise Denis, tuée par les bombes, et Noémie Antelme née Charve, blessée décédée des suites le 3 juillet.
46 personnes ont été fusillées dans la cour du château de Saint-Nazaire-en-Royans, (4 civils, 34 résistants, plus 8 inconnus), alors que la plaque du monument n’indique que « 33 patriotes ». Les dates des exécutions sont très incertaines, elles se situent entre le 27 juillet et le 11 août 1944. Selon un rapport du 2 octobre 1944 de L. Perrout, président du Comité de libération, « Les hommes étaient fusillés par groupes de trois ou quatre. On les amenait au bord de la fosse et ils étaient mitraillés de façon qu’ils tombent dans leur tombe. Les corps restaient exposés au soleil et les groupes de condamnés qui venaient à la suite avaient la vision cruelle de leurs camarades massacrés ».
Les civils fusillés sont Ange Berger, Marie-Louise Darlay, Joséphine Ézingeard, Firmin Serre, 74 ans.
Les résistants appartenaient aux unités regroupées dans le Vercors et qui, lors de la dislocation, tentaient de traverser les lignes allemandes pour s’échapper.

34 résistants sont abattus le 1er août, à la tombée de la nuit dans le parc du château de Saint-Nazaire-en-Royans, dont Albert Triboulet, fait prisonnier la veille à Saint-Just-de-Claix.
Le 2 août, Marcel Comte-Bellot, 20 ans, et l’adjudant Fernand Olivier, 33 ans, sont les victimes de « Mireille Provence », qui les reconnaît et les dénonce, car tous les patriotes qui côtoyèrent cette femme furent frappés par sa prodigieuse mémoire. Blessé aux jambes par une mine dans la forêt de Lente, Olivier, l’un des proches collaborateurs de Vincent-Beaume, était soigné avec deux autres victimes à la Providence des sourds-muets de Saint-Laurent-en-Royans lorsqu’un officier allemand vint visiter l’asile. Bien que la mère supérieure lui ait déclaré qu’il s’agissait de victimes du bombardement, l’officier nota tout de même leurs noms. « Mireille Provence », reconnaît son nom qu’elle avait mémorisé lorsqu’elle était internée à La Chapelle-en-Vercors. Dans l’après-midi, une voiture allemande vient chercher Olivier et le transporte à Saint-Nazaire-en-Royans où il est exécuté.
Le 4 août, Louis Geymond et René Guérimand sont passés par les armes. Vingt étaient des Isérois. Six étaient originaires de Saint-Hilaire-du-Rosier (Isère) : Marcel Barthélemy 21 ans, Jean Béguin, 19 ans, Jean Berruyer, 22 ans, Laurent Charavin, 19 ans, René Grillère, 20 ans, Henri Paire, 22 ans. Cinq venaient de Grenoble : Marcel Comte-Bellot, 20 ans, Jacques Dubarry, 20 ans, Louis Geymond, 33 ans, Dominique Gilliat, 29 ans, Marcel Kimpe, 30 ans. Trois habitaient à Vinay : Ludovic Torri, 32 ans, Mario Torri, 30 ans, Lucien Vérillac ou Vérilhac, 37 ans, deux dans d’autres cités de l’Isère : Louis ou Jacques Bourg, 20 ans, originaire de Rovon, et Gabriel Mounier, 21 ans, originaire de Tullins.
Quatorze étaient des Drômois. La plupart étaient des résistants de Romans ou Bourg-de-Péage, appartenant en général à la compagnie Abel : René Bussone, né à Lyon, 32 ans, gardien de la paix, 3 enfants de 6 à 9 ans, Roger Callet, René Guérimand, né à Romans, 21 ans, Eugène Knapp, 23 ans, employé de bureau, réfugié lorrain, Michel Lieb, 23 ans, limonadier, réfugié lorrain, François ou Albert Michat, né à Bourg-Saint-Maurice (Savoie), 37 ans, Louis Moulin, né à Romans, 18 ans, résistant de cette ville bien que domicilié à Tullins, Fernand Olivier, né à Chabrillan, résidant à Grâne, 33 ans, brigadier de police, résistant de Romans, Abel Teyssère, 18 ans, chapelier. Et enfin Albert Triboulet, (« Marc ») né à Briançon (Hautes-Alpes), 43 ans, professeur au collège de Romans, militant socialiste et franc-maçon. En 1940, il participe à un réseau clandestin de résistants. Il va donner des cours d’Italien au château de Sallemard à Peyrins pour les enfants réfugiés, notamment les juifs. Il est l’un des premiers responsables des boîtes postales et liaisons départementales à Romans. Il est choisi comme chef de district du Comité romanais de Résistance. C’est lui qui crée la compagnie Abel. Il monte au Vercors comme lieutenant le 8 juin 1944. Lors du repli du Vercors et des opérations de ratissage, il est capturé par les Allemands le 29 juillet 1944 à Saint-Just-de-Claix en tentant de franchir un barrage ennemi. Dénoncé par Mireille Provence, il est torturé, puis fusillé. Il avait une fille de deux ans. Le lycée de Romans porte aujourd’hui son nom.
Quatre venaient d’autres lieux de la Drôme : Léon Didier, 20 ans, et Louis Didier, 24 ans, de Saint-Nazaire-en-Royans, Henri Oddon, 17 ans, de Die membre du C 11, Gaston ou Paul Rey, 18 ans, résistant de Die membre du C 11, pris au col de Rousset le 28 juillet. Georges Fornoni, 18 ans, était originaire de La Seyne (Var).
Trois étaient d’origine ou de résidence non connue : Louis Clot, Henri Orand, 30 ans, E. Sirven, 18 ans. Rappelons enfin 8 fusillés sont restés non identifiés. Peyrins Saint-Just-de-Claix Théodore Oberländer, le principal responsable nazi des tueries de Saint-Nazaire-en-Royans, s’est rendu aux Américains en avril 1945. La RFA (République fédérale d’Allemagne) a toujours refusé son extradition, bien qu’il soit recherché comme criminel de guerre. Dans les années 1950, il reprend un rôle politique, se montrant très influent dans la politique de revanche. Il deviendra ministre dans les années 1960.
Le 5 août, les Allemands quittent Saint-Nazaire-en-Royans après 17 jours d’occupation. Ajoutons cependant que, le 28 août 1944, à 1 km environ de Saint-Nazaire-en-Royans, sur la route de Romans, trois autres résistants sont tués : Louis Amadéo ( » Montanet « ), 22 ans, de Vénissieux, Victor Boiron, 47 ans, de Romans, et Jean Tournissa ( » Paquebot « ), 32 ans, originaire de Pamiers.

.

Auteurs : Robert Serre
Sources : ADD, 1920 W, 9 J 3, 9 J 5, 132 J 1. Le Pionnier du Vercors n° 45 de janvier 1984. Joseph Parsus, Malleval, sd. Le patriote romanais et péageois, 8 septembre 1944. Lassus/Saint-Prix. Deval. Gerland. Drôme Nord. Pour l’Amour de la France. Poret. VB. La Picirella. Abonnenc. Veyer. Pons. Liste abbé Bossan. Plaque hôtel de ville Romans. Site La Seyne, perso.wanadoo.fr. Plaque com., plaque de rue, et plaque lycée Romans. Monument aux morts St-Nazaire-en-Royans, Grâne, Die

Poster le commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *