Le traitement des femmes par les talibans, un possible «crime contre l’humanité»
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Les mesures prises par les talibans contre les femmes en Afghanistan peuvent constituer « un crime contre l’humanité », ont indiqué les ministres des Affaires étrangères du G7 dans un communiqué diffusé jeudi.
Les ministres, qui se sont réunis par vidéoconférence, ont appelé le régime taliban à revenir sur sa décision d’interdire aux femmes d’étudier à l’université et de bannir les filles de l’enseignement secondaire.
Et ils avertissent Kaboul d’éventuelles conséquences devant la Cour pénale internationale, qui siège à La Haye : « La persécution sexiste peut constituer un crime contre l’humanité en vertu du Statut de Rome, auquel l’Afghanistan est un État-partie. »
« Les politiques des talibans qui visent à effacer les femmes de la vie publique auront des conséquences sur les relations de nos pays avec les talibans », préviennent-ils.
« Les récentes mesures prises par les talibans, qui s’ajoutent aux précédentes mesures cumulées restreignant l’exercice des droits de la personne et des libertés fondamentales des femmes et des filles en Afghanistan, sont extrêmement préoccupantes et semblent constituer une politique systématique », déplorent-ils.
Lors d’un point de presse tenu à Berlin avec son homologue danois, la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, a enfoncé le clou, qualifiant les récentes décisions des talibans contre l’éducation des femmes « d’un nouveau pas en direction de l’époque des cavernes ».
Mais ce n’est pas le seul, a-t-elle dit, rappelant que dans les derniers mois, les talibans ont multiplié les restrictions de liberté imposées aux femmes : « Non seulement elles n’ont plus le droit d’étudier, mais elles n’ont plus le droit d’aller dans des parcs, de sortir de chez elles sans voile. »
Les universités de l’Afghanistan ont été interdites aux femmes, car ces dernières ne « respectaient pas le code vestimentaire », a déclaré jeudi le ministre de l’Enseignement supérieur taliban lors d’une entrevue à la télévision d’État.
« Ces étudiantes qui se rendaient à l’université […] ne respectaient pas les instructions sur le hidjab », a déclaré Neda Mohammad Nadeem. Ce foulard couvrant la tête et le cou « est obligatoire dans l’islam », a-t-il ajouté.
L’interdiction de l’enseignement supérieur en Afghanistan intervient moins de trois mois après que des milliers de jeunes femmes ont passé des examens d’entrée à l’université. Les universités sont actuellement en vacances d’hiver et devraient rouvrir en mars.
La plupart des adolescentes du pays ont déjà été interdites d’enseignement secondaire, ce qui limite sévèrement l’admission à l’université.
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Une décision « ni musulmane ni humaine », juge la Turquie
Cette décision n’est « ni musulmane ni humaine », a lancé jeudi le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu. « Cette interdiction n’est ni musulmane ni humaine. Nous rejetons ce bannissement, nous ne le croyons pas juste. Espérons, si Dieu le veut, qu’ils renonceront à cette décision », a déclaré le ministre lors d’une conférence de presse.
« En quoi l’éducation des femmes blesse-t-elle l’humanité ? » a demandé M. Çavuşoğlu.
La Turquie, dont la majorité de la population est musulmane, est le seul pays membre de l’OTAN à avoir conservé une ambassade ouverte à Kaboul depuis l’arrivée des talibans au pouvoir en août 2021.
L’Iran, frontalier de la Turquie et de l’Afghanistan, a également regretté « d’apprendre que les filles et les femmes afghanes font face à des obstacles pour étudier dans les universités », a déclaré le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Nasser Kanani, dans un communiqué.
Téhéran espère que les responsables afghans « ouvriront rapidement la voie à la reprise de l’éducation des filles à tous les niveaux », a-t-il ajouté.
L’Iran a des niveaux élevés d’éducation des femmes, mais ce pays est actuellement vivement critiqué par les pays occidentaux pour sa violente répression des manifestations qui secouent la République islamique depuis septembre.
Déclenchées par la mort d’une jeune Kurde iranienne arrêtée par la police des moeurs, elles se sont transformées en un mouvement de contestation du régime.
Les États-Unis ont condamné « dans les termes les plus forts » la décision des talibans, que Paris a trouvée « profondément choquante », tandis que le Royaume-Uni fustigeait un « grave pas en arrière ».
ledevoir.com (Québec )