Les manifestants crient leur colère : « Macron doit nous rendre le pouvoir »
Les manifestants crient leur colère : « Macron doit nous rendre le pouvoir » : 74 % des françaises et français pensent que Macron a trahi les électeurs ! Des dizaines de milliers de personnes ont défilé en France samedi, à l’appel de partis et organisations de gauche contre la nomination de Michel Barnier à Matignon. Dans le cortège parisien, les manifestants, écœurés, insistent sur l’importance de la mobilisation et de l’unité de la gauche.
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Yann Philippin
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« Ça fait vraiment plaisir d’être là, de voir autant de monde mobilisé : malgré le contrecoup des législatives, les Jeux olympiques et les deux mois d’attente pour la nomination du premier ministre, les gens sont toujours là ! » Samedi 7 septembre, en début d’après-midi, Élodie, 24 ans, attend place de la Bastille, à Paris, le démarrage de la manifestation contre la nomination de Michel Barnier à Matignon. « C’est très important de dénoncer ce coup de force démocratique, notre vote n’a pas été respecté », dit cette chargée de communication et militante féministe.
Ce jour-là, des dizaines de milliers de personnes – 160 000 à Paris, selon La France insoumise (LFI) ; 26 000, selon la préfecture de police – ont défilé dans près de 130 villes françaises, répondant à l’appel lancé fin août par des organisations de jeunesse (Union syndicale lycéenne et Union étudiante), rejointes par d’autres mouvements de gauche et trois des quatre partis du Nouveau Front populaire (NFP) : LFI donc, les Écologistes, et le Parti communiste français (PCF). Seul le Parti socialiste (PS), en proie à des dissensions internes, manque à l’appel.
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Image MCD
Le cortège parisien a défilé dans le calme – cinq personnes ont été interpellées, pour port d’arme interdit, jets de projectiles et dégradations, selon la préfecture de police –, rassemblant tous les âges et toutes les tendances de la gauche, unies par la même colère. « Macron doit nous rendre le pouvoir et il faut appliquer le programme du NFP. La rue, malheureusement, il n’y a plus que ça, c’est la seule façon de se faire entendre », indique Mireille, une retraitée de 75 ans.
« On est dans un moment très grave de l’histoire, car les Français viennent de se faire voler l’élection », lance en tête de cortège la députée insoumise Aurélie Trouvé, dénonçant un « pacte » scellé par Emmanuel Macron avec le Rassemblement national (RN) afin de poursuivre sa politique néolibérale, en y ajoutant « la haine des étrangers ».
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Détermination et fatalisme
« Scandale », « coup de force » : les manifestant·es parisien·nes crient leur écœurement face à la décision du président de la République de ne pas avoir nommé à Matignon Lucie Castets, la candidate du NFP, force politique pourtant arrivée en tête au second tour des législatives anticipées. « Où est mon vote ? », « Manu mauvais perdant », « Barnier dégage », « Macron roule pour le RN, j’ai la haine », peut-on lire sur les pancartes.
« Je suis absolument scandalisée. Ma grande inquiétude, c’est que Macron passe une nouvelle fois en force, il fait tout pour garder les pleins pouvoirs », indique Stéphane, un enseignant de 40 ans. « C’est catastrophique pour la démocratie, car beaucoup de gens de gauche qui n’avaient pas voté depuis longtemps l’ont fait aux législatives et ils n’y retourneront plus. À la fin, c’est le RN qui compte les points », ajoute son amie Julie.
« Je me sens trahie, ça fait tellement mal, on arrive en tête et on a un premier ministre de droite ultraminoritaire. Finalement, à cause de Macron, l’élection n’a servi à rien », lâche Suzanne, 22 ans, une étudiante venue manifester avec deux amis. Clara, une ingénieure de 25 ans, et son compagnon manifestent pour la première fois : « Macron nous a volé notre vote. On a laissé passer beaucoup de choses, mais là, c’est la goutte de trop.
En tête du cortège, Jean-Luc Mélenchon s’adresse à la foule : « La démocratie, ce n’est pas seulement l’art d’accepter d’avoir gagné, c’est aussi l’humilité d’accepter de perdre, déclare le chef de file de LFI à l’adresse d’Emmanuel Macron. Il n’y aura pas de trêve face à la violence que vous êtes en train de faire. » « Il n’y aura pas de pause, pas de trêve, je vous appelle à une bataille et à une lutte de longue durée », lance-t-il aux manifestant·es.
À Paris, les personnes interrogées par Mediapart sont à la fois déterminées et fatalistes quant à l’impact de la manifestation. « C’est un peu faible, on n’est pas assez nombreux. C’est moins que contre la réforme des retraites », soupire Jean-Marc, sympathisant LFI, qui a participé à tous les mouvements contre les réformes d’Emmanuel Macron.
« C’est difficile de mobiliser, beaucoup de gens sont résignés, indique Alice, logisticienne de 32 ans. Je pense que les mobilisations peuvent reprendre, mais malheureusement, je ne suis pas convaincue qu’elles changeront les choses. Macron dit tout le temps qu’il nous entend mais il continue exactement comme avant. » « Je pense qu’il peut y avoir une étincelle, une maladresse et ça peut exploser, les gens sont à bout », intervient Madeleine, une retraitée de 68 ans. « Macron n’en fait qu’à sa tête, mais s’il n’entend pas, on continuera », ajoute Yuna, étudiante de 21 ans.
Les manifestant·es s’inquiètent aussi de l’arrivée au pouvoir d’un premier ministre de droite, avec le soutien tacite du RN. « Il faut répondre à l’urgence sociale. Si Macron a nommé Barnier, c’est pour faire plaisir au Medef et aux marchés financiers, la même politique qui fait monter le RN », indique un manifestant. Alice, sympathisante écologiste de 24 ans, est aussi venue pour rappeler l’urgence à lutter contre le changement climatique : « C’est un problème majeur, mais Michel Barnier préfère parler d’immigration. »
Qu’elles soient insoumises, écolos, socialistes ou non alignées, les personnes rencontrées dans le cortège insistent toutes sur l’importance de l’union de la gauche, indispensable, selon elles, pour « poursuivre la mobilisation ». Eliott, imprimeur de 23 et sympathisant PS, est venu malgré l’absence des leaders de son parti. « Je regrette qu’ils ne soient pas là, mais l’important est que le NFP reste uni. » « Il faut être heureux que le NFP n’ait pas explosé, c’est un vrai succès. Si les macronistes et LR [Les Républicains – ndlr] avaient été soumis à la même pression médiatique et politique, je pense qu’ils auraient craqué », abonde Yoran, ingénieur de 36 ans.
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Le message a été reçu cinq sur cinq par les représentant·es politiques, défilant en tête de cortège. « Si nous ne sommes pas en capacité d’incarner ce qui permet de tourner la page du macronisme, alors ce sera l’extrême droite au pouvoir. Il y a une pression à la base pour que nous tenions sur l’union, et nous y veillerons comme parlementaires », assure le député écologiste Benjamin Lucas.
« Le PS n’est pas là, mais nous sommes d’accord sur l’essentiel, nous allons censurer ce gouvernement Barnier », ajoute-t-il. « Nous gardons chacun notre autonomie d’action, qui n’empêche pas que nous restions solides et unis », complète la députée LFI Aurélie Trouvé. Avec, en attendant de futures mobilisations, une prochaine étape à l’Assemblée nationale : la motion de censure que le NFP va tenter de faire voter.
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Yann Philippin à suivre sur mediapart