Plus de 3 600 produits chimiques d’emballages alimentaires ou d’ustensiles détectés dans le corps humain
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La science avance et ses constats semblent toujours plus alarmants. Dans une étude (1) publiée le 17 septembre dans le Journal of Exposure Science & Environmental Epidemiology, une équipe de chercheurs suisses et américains a réévalué à la hausse le nombre de produits chimiques en contact alimentaire (FCC) retrouvés dans le corps humain, dont certains sont déjà considérés comme « extrêmement préoccupants ».
Pour ce faire, les chercheurs ont dressé la liste de tous les FCC, et leurs métabolites, référencés par les industriels des emballages alimentaires et ustensiles de cuisine, soit 14 400 substances au total. Puis ils l’ont confronté aux FCC dont la présence a été détectée dans le corps humain (sang, urine, cheveux, lait maternel) au sein d’un corpus de données médicales comprenant cinq programmes de biosurveillance (aux États-Unis, au Canada, en Europe et en Corée du Sud) et trois banques de données universitaires sur l’exposome et le métabolome. Quant aux FCC restants recensés nulle part dans ce corpus, les chercheurs ont passé la littérature scientifique au crible pour trouver d’autres occurrences spécifiques.
Résultat ? Environ un quart de tous les FCC, 3 601 pour être exact, ont été détectés dans le corps humain. C’est au moins deux fois plus qu’escompté jusque-là par la communauté scientifique. « Plus de 1 800 FCC étaient jusqu’ici connus pour migrer des produits alimentaires [vers le corps humain lors de l’ingestion des aliments] », soulignent les auteurs de l’étude, dont la méthode a, certes, pu aussi repérer des FCC présents également dans la composition d’objets non alimentaires. Quoi qu’il en soit, parmi les quelque 3 600 FCC repérés dans le corps humain, la nouvelle base de données (2) ainsi constituée par les chercheurs recense le bisphénol A, des phtalates, des PFAS, de la résine de mélanine ou encore des encres d’impression et des antioxydants synthétiques. En tout, 80 substances sont déjà considérées comme potentiellement cancérogène, mutagène ou reprotoxique, voire comme perturbateur endocrinien.
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Du plastique jusque dans le cerveau
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Deux autres études viennent, par ailleurs, épaissir davantage l’ombre à ce tableau. Des chercheurs allemands et brésiliens ont identifié jusqu’à seize microparticules de polymères synthétiques différents (entre 5,5 et 26,4 μm de diamètre) dans le bulbe olfactif de huit personnes décédées, originaires de São Paulo, sur quinze. Une confirmation supplémentaire (3) du caractère aéroporté de certains microplastiques et de leur contamination par les voies nasales jusqu’au cerveau. Enfin, une enquête (4) menée par cinq ONG européennes (notamment Zero Waste Europe), et relayée par l’Agence européenne de l’environnement (AEE), atteste de la présence du phtalate de diisobutyle (DIBP) dans les trois quarts des bouteilles en plastique de boissons destinées aux enfants (vendues dans plusieurs pays d’Europe). Ce plastifiant présente des propriétés potentiellement reprotoxiques et de perturbation endocrinienne.
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https://www.nature.com/articles/s41370-024-00718-22. Accéder à la nouvelle base de données sur les FCC
https://www.foodpackagingforum.org/fcchumon3. Consulter l’étude sur les microplastiques
https://jamanetwork.com/journals/jamanetworkopen/fullarticle/28237874. Consulter l’enquête des ONG
https://www.tegengif.nl/wp-content/uploads/2024/09/report_plastic_drinking_bottles_2024.pdf
Félix Gouty, journaliste; Rédacteur spécialisé. Reproduction établissant un lien préformaté [44730] / utilisation du flux d’actualité.