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En Moldavie, victoire d’extrême justesse du oui à l’adhésion à l’UE

La présidente sortante pro-européenne, Maia Sandu, arrive en tête du premier tour de la présidentielle, mais rate le plébiscite qu’elle espérait tirer du référendum, le oui ne l’emportant qu’avec 50,39 % des voix d’après des résultats quasi définitifs.

 Emmanuel Grynszpan

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La présidente moldave Maia Sandu 

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Garder une bonne mine avec un mauvais jeu. C’est la ligne suivie par Maia Sandu, présidente proeuropéenne et candidate à sa réélection en Moldavie, après l’annonce des premiers résultats du premier tour de l’élection présidentielle, dimanche 20 octobre, tard dans la soirée. Les résultats sont décevants pour le camp proeuropéen, alors qu’une victoire paraît à portée de main pour les partisans d’un rapprochement avec Moscou, qui régnait sur la Moldavie à l’époque soviétique.

Maia Sandu avait cru pouvoir rassembler un large consensus et une forte participation en organisant le même jour un référendum sur l’adhésion à l’Union européenne (UE) de son pays de 2,6 millions d’habitants. Lundi matin, après après dépouillement de plus de 99 % des bulletins, le oui était légèrement devant avec 50,39 % des suffrages à la question : « Etes-vous favorable à une modification de la Constitution en vue de l’adhésion de la République de Moldavie à l’Union européenne ? ». Le Kremlin a aussitôt dénoncé des « anomalies » dans le comptage des voix.

« La Moldavie a été confrontée à une attaque sans précédent contre la liberté et la démocratie de notre pays, aujourd’hui et ces derniers mois », a déclaré Mme Sandu lors d’une conférence de presse. Celle-ci a été retardée de plusieurs heures, parce que les résultats partiels, au départ calamiteux pour les partisans du oui, allaient en s’améliorant à mesure que ceux de la capitale et de la diaspora (plutôt favorable à Maia Sandu) s’ajoutaient au vote rural, qui lui est majoritairement hostile.

La présidente sortante, âgée de 52 ans, arrive en revanche nettement en tête du premier tour de la présidentielle, avec 42,31 % des voix. Le 3 novembre, elle affrontera au second tour Alexandru Stoianoglo, un ancien procureur de 57 ans soutenu par les socialistes prorusses, qui obtient un score près de trois fois supérieur à celui annoncé par les sondages, avec 26,09 % des suffrages.
« Semer la peur et la panique »

« Maia Sandu visait un score de 45 %, ses partisans espéraient même une réélection dès le premier tour. Son problème est qu’elle n’a pas de réserve de voix pour le second tour, à la différence de son rival Stoianoglo. Le camp prorusse va s’allier contre elle, avec les votes “dégagistes” », souligne Ion Tabarta, analyste politique et directeur exécutif du Centre d’information et de documentation de l’OTAN à Chisinau.

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La candidate sortante a cherché à expliquer ces résultats décevants par l’action de « groupes criminels, agissant de concert avec des forces étrangères hostiles à nos intérêts nationaux », une allusion transparente à la Russie, que Chisinau accuse de financer illégalement l’opposition. Selon Maia Sandu, ces groupes criminels ont « attaqué notre pays à coups de dizaines de millions d’euros, de mensonges et de propagande. Nous avons des preuves évidentes que ces groupes criminels avaient pour objectif d’acheter 300 000 votes. Leur objectif était de saper le processus démocratique. Leur intention était de semer la peur et la panique dans la société ».
Lire aussi | Quelques semaines avant le scrutin présidentiel, la Moldavie met au jour un système d’achat de votes prorusses

Début octobre, le conseiller à la sécurité nationale de la Moldavie, Stanislav Secrieru, a indiqué que Moscou avait injecté quelque 100 millions d’euros pour tenter de perturber le déroulement du scrutin.

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Young Moldovans waving EU

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Ces allégations ont été corroborées par plusieurs récentes enquêtes journalistiques indépendantes, qui ont notamment montré que les électeurs moldaves se vont vu proposer l’équivalent d’une centaine d’euros payés sur un compte bancaire russe en échange de la preuve photographique d’un vote en faveur d’un des dix candidats opposés à Mme Sandu. Washington s’est aussi fait l’écho des préoccupations concernant les interférences russes en Moldavie. « Ces derniers mois, le gouvernement américain, la présidente moldave Sandu, les services de sécurité moldaves et d’autres alliés et partenaires ont averti que la Russie cherchait à saper les institutions démocratiques moldaves à l’approche de l’élection présidentielle et du référendum sur l’adhésion de la Moldavie à l’UE », avait indiqué le porte-parole du conseil de sécurité nationale américain John Kirby dans son briefing du 15 octobre. De son côté, le Kremlin « rejette catégoriquement » les allégations selon lesquelles il interviendrait dans le processus électoral en Moldavie.
Un écho régional

La Moldavie, l’un des pays les plus pauvres d’Europe, a commencé en 2024 des négociations d’adhésion à l’UE après avoir obtenu le statut de candidat aux côtés de l’Ukraine, dont elle est voisine, en 2022. Le gouvernement de Mme Sandu s’est engagé à réformer le système judiciaire du pays et à soutenir l’économie afin que celui-ci rejoigne l’UE d’ici à 2030. Mais la Russie, qui possède un puissant levier de pression avec ses fournitures de gaz et de nombreux relais dans le monde politique, s’évertue à garder dans sa « sphère d’influence » ce pays situé entre l’Ukraine, en guerre, et la Roumanie, membre de l’UE et de l’OTAN.

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Le score décevant du camp proeuropéen en Moldavie aura un écho régional et va servir les intérêts du Kremlin, estime Dionis Cenusa, expert associé au Centre d’études de l’Europe de l’Est à Vilnius : « L’échec du référendum favorisera le rival de Sandu au second tour. En outre, le résultat des élections, mais surtout du référendum, sera utilisé à des fins de propagande en Géorgie à l’approche des élections législatives du 26 octobre. »

La Moldavie et la Géorgie, deux ex-républiques soviétiques dont le territoire est occupé par des entités séparatistes contrôlées par Moscou, sont le terrain d’une lutte de plus en plus féroce entre les intérêts russes, prompts à dévoyer les processus démocratiques, et des sociétés civiles favorables à une intégration européenne.

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Emmanuel Grynszpan

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