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Ils jugent abusive une initiative de la mairie et de la police municipale
Le vendredi 11 octobre 2024, plusieurs riverains de Crest ont découvert des papillons d’avertissement de mise en fourrière sur des vélos attachés au mobilier urbain. La police municipale, invoquant des raisons esthétiques, a procédé à l’enlèvement des vélos, détruisant les antivols à la disqueuse, quelques heures seulement après l’avertissement. Cette décision a suscité l’indignation des habitants d’autant plus qu’elle ne se fonde sur aucune disposition légale.
C’est avec stupéfaction que les riverains du centre-ville de Crest ont constaté vendredi 11 octobre après-midi la disparition de leurs vélos, enlevés du mobilier urbain où ils étaient attachés, suite à une initiative perçue comme abusive de la mairie et de la police municipale. Alors qu’aucune communication préalable n’a été émise par la mairie, les témoignages recueillis indiquent en effet que certains vélos ont été enlevés seulement quelques heures après que des « papillons » d’avertissement aient été apposés, ne laissant pas aux propriétaires le temps de les déplacer.
Une riveraine témoigne : « L’accès à chez moi en vélo n’est pas adapté. Je garde donc mon vélo en bas de chez moi. Lorsque j’ai voulu attacher mon vélo aux arceaux, ils étaient déjà pleins, j’ai donc dû le fixer à un poteau sur la place Ferdinand Marie. Plus tard, j’ai découvert que la police municipale l’avait enlevé alors qu’il ne gênait pas le passage. Quand je suis allée protester, aucune justification légale ne m’a été donnée, à part qu’il « aurait pu gêner la circulation ». Malgré ma demande de restitution et un rendez-vous avec l’élue à la sécurité, Madame Corneille, je n’ai reçu aucun retour à ce jour. »
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Une initiative abusive et illégale ?
Selon le code, cette mesure est en contradiction flagrante avec les articles R. 417-10 et R. 417-11 du code de la route, qui stipulent que seuls les véhicules gênant la circulation ou réduits à l’état d’épaves peuvent être déplacés. Les vélos attachés au mobilier urbain, ne représentant ni obstacle ni danger, ne tombent pas sous cette disposition. De plus, la mairie n’a pas pris la peine de communiquer en amont sur cette décision, laissant les cyclistes sans aucune information préalable. La destruction des antivols, quant à elle, est une atteinte à la propriété privée.
Lors du dernier conseil municipal du 23 septembre, l’opposition a interpellé la nouvelle maire de Crest, Stéphanie Karcher, sur le manque de stationnement ainsi que sur la qualité jugée insuffisante du nouveau matériel en centre-ville. En réponse, celle ci a expliqué que, tout comme pour les voitures, les propriétaires de vélos disposent de sept jours après l’apposition d’un avis pour retirer leur vélo. Cependant, dans ce cas précis, ce délai n’a pas été respecté, avec un enlèvement effectué du matin pour le soir. [source]
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Un précédent à Oullins
Ce type d’abus n’est pas sans précédent. À Oullins, en 2018, une situation similaire avait entraîné la mobilisation des habitants contre la mise en fourrière abusive des vélos. La mairie avait alors reconnu l’illégalité de ses actions et rétabli la situation en faveur des cyclistes. [source]
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Des cyclistes pénalisés par l’absence d’infrastructures adaptées
Les personnes qui garent leur vélo sur le mobilier urbain ne le font pas par choix mais par nécessité. Il n’y a pas assez d’arceaux disponibles, ou bien ils sont trop éloignés des habitations. Les résidents du centre-ville, en particulier ceux qui vivent dans les ruelles étroites de la vieille ville sans accès direct pour les deux-roues, ou encore dans les étages des immeubles, n’ont souvent pas d’autre solution que de laisser leur vélo à l’extérieur, exposé au risque de vandalisme ou de vol. Au lieu d’améliorer les infrastructures, la mairie choisit de sanctionner ceux qui utilisent une mobilité douce et respectueuse de l’environnement.
Les riverains, sans solution de stationnement adaptée, sont doublement pénalisés : ils doivent payer pour récupérer leurs vélos, remplacer les cadenas détruits, et se trouvent dans l’impossibilité de stationner près de chez eux. De plus, la fourrière, ne disposant peut-être pas de moyens adaptés à l’enlèvement des vélos, pourrait les avoir endommagés lors du transport, aggravant encore les frais et désagréments subis. De nombreux usagers outrés ont par ailleurs envoyé des mails à la mairie et à la police municipale pour protester contre cette initiative.
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Une communication défaillante
Aucune communication préalable n’a été faite par la mairie pour informer les riverains de cette nouvelle mesure. Les habitants n’ont reçu aucune information via les médias locaux tels que Le Crestois, Facebook, le site internet de la mairie, la newsletter ou encore Crest le lien, le journal municipal. Ce manque de transparence crée un climat d’incertitude et de méfiance de la part des cyclistes et nuit à l’ordre public comme aux relations avec la mairie, la police municipale, et clive les tensions déjà palpables au sujet des cyclistes. [source]
Des priorités municipales décalées
Cette initiative envoie un signal contradictoire dans un contexte de transition écologique et de promotion de la mobilité douce. Plutôt que de favoriser l’usage du vélo, la mairie pénalise les cyclistes en raison d’un manque d’infrastructures adéquates. La ville n’offre pas suffisamment de stationnements pour vélos, obligeant les usagers à improviser, notamment en attachant leurs vélos au mobilier urbain. D’autre part, le vélo est traité et mis au niveau de la voiture, ce qui semble une absurdité (absence de nuisance sonore et de pollution).
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Les commerçants également pénalisés
Les commerçants seraient à leur tour susceptibles de s’inquiéter, craignant que cette politique ne dissuade les cyclistes de venir dans le centre et d’y faire leurs achats, affectant ainsi leur activité. En effet, les cyclistes pourraient craindre de voir leur vélo amener à la fourrière en seulement quelques heures.
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Raison esthétique, raison d’état ?
L’association Vélo dans la Ville rappelle que ce n’est pas la première fois que la mairie de Crest invoque des raisons esthétiques pour refuser des aménagements cyclables. [source]
À plusieurs reprises, la municipalité a bloqué des projets :
Refus de l’installation d’une pompe à vélo à la médiathèque.
Refus des box résidentiels pour vélos dans le centre ancien.
Retards répétés dans la mise en place des arceaux pour vélos prévus par le schéma directeur cyclable, faisant manquer à la ville une subvention essentielle.
Opposition aux marquages au sol destinés à signaler les zones 30 km/h et les contresens cyclables.
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Une consultation publique nécessaire
La mairie est appelée à consulter les citoyens et les associations pour trouver une solution respectueuse des besoins de chacun. La mise en place de véritables infrastructures cyclables, en cohérence avec la transition écologique, est jugée indispensable.
La ville de Crest est également invitée à reconsidérer cette politique qui pénalise les cyclistes, en contradiction avec les objectifs de transition écologique et de mobilité douce. Un appel est lancé pour une rectification immédiate des mesures prises avec restitution des vélos sans frais et l’ouverture d’un dialogue constructif entre les habitants afin d’apaiser les tensions entre usagers.
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Mobilisation citoyenne
Un appel à mobilisation sous forme de rassemblement pacifique a été lancé par des citoyens.
. Jeudi 17 octobre à 17h devant la mairie de Crest.
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Tous les usagers du vélo sont appelés à participer.