Dans la dernière ligne droite, des Démocrates entre angoisse et enthousiasme
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À moins d’une semaine du dénouement de la présidentielle, Kamala Harris adressait mardi, depuis Washington, un message solennel aux indécis devant un public de supporteurs prudemment confiants.
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- Prononçant son discours final dans un lieu symbolique à Washington, Kamala Harris a critiqué Donald Trump et appelé à une nouvelle génération de leadership.
- Le rassemblement a réuni un public multigénérationnel et multiracial.
- Elle a voulu attirer les électeurs indécis avec des propositions concrètes.
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«Un petit tyran», «un aspirant dictateur», «instable»… Kamala Harris a utilisé son «discours de clôture», mardi 29 octobre, pour dénoncer le danger que représente Donald Trump pour la démocratie américaine et appeler à «tourner la page du conflit, de la peur et de la division» qui a marqué la vie politique depuis l’irruption du milliardaire en 2015. «L’heure est venue pour une nouvelle génération de leadership. Je suis prête à l’offrir en tant que prochaine présidente des États-Unis», a-t-elle dit, flanquée de deux drapeaux américains, la Maison-Blanche dans le dos.
Cette allocution était une sorte de dernier grand message adressé aux électeurs à une semaine d’«Election Day», le 5 novembre. Le lieu qu’elle a retenu pour le prononcer ne devait rien au hasard: l’Ellipse, un espace vert entre la demeure présidentielle et le fameux obélisque de Washington où, il y a quatre ans, Donald Trump a prononcé un discours enflammé sur le vol de la présidentielle avant que des centaines de ses partisans ne prennent la direction du Capitole pour l’attaquer.
Au total, 75’000 personnes ont fait le déplacement pour entendre la vice-présidente, d’après la campagne de la démocrate – soit 20’000 de plus que pour le discours du Républicain et un record pour un rassemblement de la candidate. Le parc était trop petit pour accueillir tout le monde. Des milliers de personnes se sont donc retrouvées sur le «Mall», la grande pelouse centrale de la capitale fédérale américaine où des écrans géants avaient été installés.
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Au service du peuple
Comme tous les meetings de la candidate démocrate, le public avait un visage multigénérationnel et multiracial. Il comptait un important contingent d’étudiants, actuels et anciens, de HBCU («Historically Black Colleges and Universities»), des universités fondées après l’abolition pour offrir un diplôme du supérieur aux anciens esclaves et leurs descendants. Parmi elles, Howard University, l’établissement de Washington que Kamala Harris a fréquenté dans les années 1980, était bien représentée.
On pouvait aussi apercevoir des membres de sa sororité, Alpha Kappa Alpha, un club exclusif de femmes noires devenu une véritable armée électorale au service de Kamala Harris.
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Selah, 14 ans, n’a pas encore l’âge de voter, mais cette jeune Afro-Américaine tenait à voir l’ancienne sénatrice de Californie. «Elle est un personnage historique. Elle pourrait devenir la première femme présidente des États-Unis. Et en plus, elle est Noire. Pour moi, elle est une icône.»
Son enthousiasme était partagé par de nombreuses personnes rencontrées, comme Deja, venue du Texas. «Cela serait monumental qu’elle batte Trump, observe-t-elle. Je serais surprise qu’elle ne gagne pas car l’énergie est à son comble!»
Alya Goodman acquiesce: «Il y a des Républicains qui font le tour du pays pour soutenir sa candidature. L’ambiance de cette campagne est différente des précédentes.» Elle est arrivée vers 7 h du matin pour s’assurer d’avoir une bonne place et peut-être «serrer la main de la VP». Cette dernière a pris la parole à 19 h 30 heure locale.
Alya admet toutefois qu’elle ne pensait pas que la course à la Maison-Blanche entre la démocrate de 60 ans et le républicain de 78 ans, miné par les affaires judiciaires et récemment accusé par son ancien directeur de cabinet, John Kelly, d’être un «fasciste», serait aussi serrée.
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L’inquiétude persiste
Pour faire la différence, Kamala Harris a adressé son discours de mardi aux électeurs indécis. Sur une scène parée de panneaux «USA» et «Freedom», elle s’est présentée comme une future présidente au service du peuple face à un adversaire «obsédé par la revanche» contre ses opposants politiques. « S’il est réélu, Donald Trump ira à la Maison-Blanche avec une liste d’ennemis. Moi, j’irai avec une liste de choses à faire», a-t-elle dit.
Et d’égrainer ses ambitions pour son éventuel mandat: lutte contre l’inflation, construction de logements pour baisser les loyers, plafonnement du prix de certains médicaments, rétablissement de l’accès national à l’avortement… «Nous avons été consommés pendant trop longtemps par la division. Cela n’est pas une fatalité.»
En revanche, Kamala Harris n’a pas évoqué le conflit au Proche-Orient, alors même que des dizaines de manifestants donnaient de la voix aux portes du périmètre de sécurité.
Avant qu’elle ne monte sur scène, plusieurs intervenants, représentant des groupes électoraux que la campagne Harris veut mobiliser, ont mis en valeur les différences entre la vice-présidente et l’ancien locataire de la Maison-Blanche: une mère texane qui a failli perdre la vie parce qu’elle n’a pas pu avoir accès à un avortement, un couple d’agriculteurs républicains anti-Trump, le frère de l’un des agents de police décédé après avoir défendu le Capitole le 6 janvier 2021…
Tray Benson, 57 ans, venu avec sa mère octogénaire de l’État républicain de l’Alabama, n’est complètement pas rassuré. Si le milliardaire gagne, dit-il, «nous irons nous installer au Canada». Une exagération? «J’ai déjà trouvé une maison à Edmonton, dans un quartier de gauche. Hors de question de quitter un Trump pour en retrouver un autre là-bas!» «Dieu est avec Kamala Harris», lance pour sa part Edmond, un immigré africain coiffé d’un bonnet arc-en-ciel. Suffisant face à Donald Trump?