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Gouvernement Barnier : pour l’écologie, un intitulé à rallonge mais un périmètre considérablement réduit

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Analyse  : Le ministère de la Transition écologique, de l’Énergie, du Climat et de la Prévention des risques perd quatre ministres délégués et des attributions cruciales comme les Transports, la Mer ou la Forêt. La biodiversité, elle, a disparu.

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Qu’elles semblent loin, les déclarations enflammées de Michel Barnier sur l’écologie… Rare personnalité de droite à avoir manifesté un intérêt sincère pour le sujet dès les années 1990, ministre à l’origine d’une loi majeure renforçant la protection de l’environnement, le tout nouveau chef du gouvernement a visiblement d’autres priorités en tête désormais. En témoigne la composition de son équipe, dévoilée ce week-end.

Plus encore que le casting choisi, c’est le périmètre donné au ministère de la Transition écologique qui laisse craindre un nouvel affaiblissement de l’ambition écologique de la France, déjà amoindrie au cours des derniers mois par Gabriel Attal, le prédécesseur de Michel Barnier à Matignon.

Alors qu’au sein du gouvernement précédent Christophe Béchu, le ministre de la Transition écologique (MTE), était entouré de cinq ministres délégués, sa successeure, Agnès Pannier-Runacher, n’en compte qu’une seule : Olga Givernet, chargée de l’Energie. Pour Marine Braud, ancienne conseillère écologie à Matignon auprès d’Elisabeth Borne, « cette nouvelle architecture marque un bond en arrière d’au moins quinze ans ».

Le périmètre du ministère de la Transition écologique est le plus restreint depuis le Grenelle de l’Environnement, en 2008. 

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La biodiversité portée disparue

Certes, le « MTE » récupère un secteur clef, l’énergie, qui avait été transféré en janvier dernier à Bercy. Sauf que dans le même temps beaucoup d’autres sortent de son giron. C’est par exemple le cas du Logement et des Transports, qui sont deux très importants postes d’émissions de CO² en France, mais aussi de la Mer. Le premier hérite d’un ministère de plein exercice, tandis que les deux autres atterrissent au ministère « du Partenariat avec les territoires et de la Décentralisation », confiée à Catherine Vautrin, qui n’est pas franchement connue pour son appétence pour les enjeux écologiques.

Loin de n’être que de simples redécoupages administratifs, ces changements pourraient avoir des conséquences politiques majeures. Très concrètement, cela signifie que le ministère de la Transition écologique perd la main sur un dossier aussi crucial que le Zéro Artificialisation nette (ZAN), visant à limiter l’artificialisation des terres, qui est l’une des causes de la perte de la biodiversité. Avec un risque de recul ? Les élus de droite et d’extrême droite comptent en tout cas parmi les plus ardents contempteurs de ce dispositif…

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Deux autres changements préoccupants sont à noter : la biodiversité perd son secrétariat d’Etat et ne figure plus dans aucun intitulé ministériel. Quant aux forêts, qui faisaient jusque-là l’objet d’un combat permanent entre le ministère de l’Ecologie et celui de l’Agriculture, leur gestion est entièrement récupérée par le second, rebaptisé « ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de la Forêt ». Alors que la capacité d’absorption du CO2 des forêts françaises s’effondre, ce rattachement ne laisse pas augurer une politique forestière plus à l’écoute des milieux et des cycles naturels.

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Priorité à la relance du nucléaire

Au vu de ce « saucissonnage » de l’écologie, qui risque de conduire à son effacement, difficile de pleinement se satisfaire du retour du dossier énergétique dans l’escarcelle du « MTE ».

Certes, cette décision est une bonne nouvelle tant la relance du nucléaire et le développement des énergies renouvelables sont des sujets ô combien stratégiques pour atteindre nos objectifs climatiques. Mais le ministère s’étant vu dépouiller de ses autres prérogatives, ce changement donne, de fait, une place disproportionnée à ce sujet.

Alors qu’une politique écologique réellement ambitieuse implique d’intervenir sur des sujets aussi divers que l’aménagement du territoire, la rénovation énergétique des bâtiments ou l’électrification des transports, et de revoir en profondeur nos modèles de consommation et de production, la transition tend aujourd’hui à se réduire à la seule relance de l’énergie nucléaire. Celle-ci « bénéficie d’une attention présidentielle sans commune mesure avec celle accordée à la nature », fait ainsi remarquer l’avocat de l’environnement Arnaud Gossement, dans une analyse publiée sur le réseau social X.

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Depuis le discours prononcé en 2022 par Emmanuel Macron à Belfort, dans lequel le chef de l’Etat avait annoncé une relance du nucléaire, « la transition énergétique a absorbé la transition écologique », estime même l’expert. Avec cette nouvelle configuration gouvernementale, mais aussi la nomination de Vincent Le Biez, jusqu’à présent chargé de la politique du « nouveau nucléaire », comme conseiller « environnement » de Michel Barnier, une nouvelle étape vient donc d’être franchie.

Ces changements, lourds de conséquences, interviennent alors que le Secrétariat général à la Planification écologique (SGPE) connaît lui aussi quelques turbulences. Créée en juillet 2022, cette structure pilotée par Antoine Pellion était jusqu’alors directement rattachée à Matignon, une proximité censée permettre au climat de ne plus être l’éternel oublié des arbitrages interministériels. Or, si le nouveau Premier ministre a décidé de conserver le SGPE, sa place va être revue, avec un son rôle qui devrait être plus administratif que politique. Symbole de ce basculement, Antoine Pellion n’est plus conseiller auprès du Premier ministre, ce qu’il était sous Elisabeth Borne comme Gabriel Attal. Difficile de ne pas y voir une forme de marginalisation.

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