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Un ouragan de coups ? Violences envers les femmes et catastrophes climatiques semblent aller de pair

changement climatique
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Farmers from various districts of Karnataka

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Une nouvelle étude analysant les données de 156 pays établit une corrélation entre certaines catastrophes climatiques (tempêtes, glissements de terrain et inondations) et les violences physiques ou sexuelles s’exerçant sur les femmes deux ans plus tard. Les auteurs estiment probable un lien de cause à effet, ces évènements venant aggraver les inégalités entre les genres.

Ouragan Hélène aux États-Unis, typhon Yagi en Asie, inondations meurtrières au Sahel et en Europe… Le mois de septembre 2024 a été « marqué par des précipitations intenses » à travers la planète. S’il est « encore trop tôt » pour relier celles-ci avec certitude au changement climatique, le réchauffement global a en tout cas « doublé » la probabilité de connaître des précipitations intenses sur quatre jours du niveau de celles de la tempête Boris en Europe (La Presse, 2 octobre).

Parallèlement, dans le monde, au moins trois femmes sur dix subiront des violences physiques et/ou sexuelles au cours de leur vie (Sardinha et al., The Lancet, 2022). Les catastrophes climatiques aggravent-elles ce fléau ? C’est ce qu’ont voulu savoir les auteurs d’une étude publiée le 2 octobre dans la revue Plos Climate par des scientifiques de l’University College London, de l’université d’Exeter et du South African Medical Research Council.

Ces chercheurs britanniques et sud-africains ont analysé quelque 363 enquêtes nationales menées pendant une ou plusieurs années entre 1993 et 2019 dans 156 pays, afin d’estimer la prévalence des violences conjugales s’exerçant envers les femmes. Puis, ils ont mis ces résultats en regard des catastrophes climatiques répertoriées dans la base de données des « événements d’urgence » (Emergency Events Database).

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Violence envers les femmes : au-delà des « moteurs économiques » ?

À produit intérieur brut (PIB) égal, les auteurs ont ainsi observé une corrélation entre d’un côté, les catastrophes de type « hydro-météorologique », c’est-à-dire les glissements de terrain, les tempêtes et les inondations, et de l’autre, les violences conjugales subies par les femmes deux ans après l’événement.

Point de corrélation, en revanche, lorsqu’il s’agissait de catastrophes géologiques (volcans et séismes) ou atmosphériques (incendies, sécheresses et vagues de chaleur).

Les PIB plus élevés, eux, allaient de pair avec moins de cas de violences conjugales, ce qui semble cohérent avec des travaux antérieurs. Le degré de corrélation entre catastrophes hydro-météorologiques et violences envers les femmes au sein du couple peut d’ailleurs s’avérer « similaire aux moteurs économiques de (cette) violence », comparent les auteurs dans un communiqué.

Cependant, qui dit corrélation ne dit pas forcément lien de cause à effet. Néanmoins, les catastrophes climatiques pourraient venir aggraver les inégalités entre les genres, suggère l’étude.

Si l’équipe liste des perspectives d’approfondissement, notamment sur les formes de violences exercées, sur l’impact à long terme par rapport à l’impact à court terme, ou encore sur les distinctions entre les pays et les régions, elle voit déjà dans ses propres résultats un argument pour « faire progresser les efforts actuels pour […] prendre en compte les énormes implications de la [violence conjugale] liée au climat sur la vie des femmes » dans les politiques environnementales.

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Nastasia Michaels Journaliste rédactrice web Environnement GEO.fr
Avant de devenir journaliste scientifique et de publier ses articles dans la rubrique Environnement de GEO.fr ainsi que dans les pages du magazine GEO,Nastasia a côtoyé les chercheuses et les chercheurs dans le cadre de plusieurs stages réalisés au sein des laboratoires du Muséum national d’Histoire naturelle à Paris. Désireuse de transmettre ses connaissances, elle a complété son Master 2 en « Ecologie, Biodiversité, Evolution » à Sorbonne Université (ex Université Pierre et Marie Curie – Paris VI) par un Master 2 en « Journalisme et communication scientifiques » à l’Université de Paris (ex Paris Diderot). À travers ses nombreux voyages en Afrique, en Amérique centrale et en Asie, elle a développé un vif intérêt pour les relations entre les sociétés humaines et les écosystèmes, terrestres ou marins. Sa maîtrise de l’anglais (langue maternelle de son père) et de l’espagnol lui ouvrent l’accès à des sources d’information variées, principalement des publications scientifiques dans les domaines de la biodiversité, du climat ou de la botanique par exemple. La complexité du vivant la fascine chaque jour davantage.

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