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Bon état des masses d’eau : le bassin Rhône-Méditerranée doit encore faire des efforts

Les bassins Rhône-Méditerranée et Corse ont publié une synthèse de l’état de leurs masses d’eaux superficielles et souterraines. Si des progrès ont été enregistrés, la tâche apparaît encore conséquente au regard des objectifs que fixe l’Europe.

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Bon état des masses d'eau : le bassin Rhône-Méditerranée doit encore faire des efforts
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Comment se situe le bassin Rhône-méditerranée (RM) et celui de Corse dans sa quête vers le bon état de l’ensemble des masses d’eau, demandé aux États membres par la directive cadre sur l’eau (1)  ? Selon l’état des lieux  (2) 2024 de l’agence de l’eau RMC, malgré des points qui se sont améliorés, l’ampleur de la tâche reste conséquente. Pour mémoire, l’objectif désormais fixé pour Rhône-Méditerranée vise 67 % des eaux de surface en bon état écologique en 2027 et 88 % des nappes souterraines en bon état chimique. « Sur le bassin Rhône-Méditerranée, 48 % des cours d’eau sont en bon ou très bon état écologique, a situé Olivier Fontaine, chef de projet à l’agence de l’eau à l’occasion d’un point presse, mercredi 6 novembre. Le bon état est davantage atteint dans les régions montagneuses et les cas les plus dégradés dans les zones les plus peuplées du bassin, où où se trouvent l’activité économique, agricole ou touristique. » Concernant les eaux souterraines, 85 % sont en bon état chimique. « Beaucoup de rivières ont été aménagées (endiguements, barrages…) et sont dans des états beaucoup plus difficiles à concilier avec des milieux vivants et accueillants pour la biodiversité », a également noté Jean-Philippe Deneuvy, directeur de la direction régionale de l’environnement (Dreal) Auvergne-Rhône-Alpes.

La Corse creuse, quant à elle, l’écart, avec 91 % des cours d’eau en bon ou très bon état écologique et 100 % de ses eaux souterraines en bon état chimique.

Pour les agences de l’eau, ce bilan permet notamment d’orienter le financement vers des actions qui ciblent les milieux les plus sensibles. « L’état des lieux permet de mesurer le chemin à parcourir, indique Nicolas Mourlon, directeur de l’agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse. Les différents paramètres suivis servent à identifier les facteurs d’alerte et à évaluer l’efficacité des actions menées. »

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Le glyphosate toujours très présent

Parmi les paramètres pris en compte figurent plusieurs micropolluants. Ces derniers comptent parmi les principales pressions qui pourraient compromettre l’atteinte du bon état. L’amélioration des techniques de détection et des connaissances montre l’ampleur de la contamination. « L’évolution du nombre de substances détectées dans les eaux suit la même courbe que celle du nombre de substances recherchées », a ainsi constaté dans son état des lieux l’agence de l’eau.

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“ Beaucoup de rivières ont été aménagées et sont dans des états beaucoup plus difficiles à concilier avec des milieux vivants et accueillants pour la biodiversité ” Jean-Philippe Deneuvy, Dreal Aura

En 2023, 1 410 paramètres, dont des phytosanitaires, ont été analysés dans les eaux des deux bassins. « Plus de 700 substances sont retrouvées dans les cours d’eau, dont plus de 300 pesticides », indique Olivier Fontaine. Dans les cours d’eau, les phytosanitaires les plus quantifiés restent le glyphosate et son métabolite Ampa. En revanche, dans les eaux souterraines, les triazines et leurs produits de dégradation constituent l’une des plus fortes contaminations. Mais certaines substances commencent à gagner du terrain, comme le S-métolachlore. « La recherche des métabolites ESA et OXA du métolachlore depuis 2017 révèle une forte contamination des eaux souterraines, a souligné l’agence. Le métolachlore ESA est la substance la plus quantifiée à l’échelle du bassin. ».

Les perchlorates très présents dans les échantillons analysés

Parmi les paramètres figurent des substances « d’intérêt émergent », qui ne sont pas encore intégrées à l’évaluation de l’état des lieux mais constituent des signaux de vigilance. Sur le bassin, les quatre premières substances parmi celles les plus fréquemment quantifiées dans les cours d’eau sont des antidiabétiques (metformine), à 93 %, des antihypertenseurs (irbésartan), à 83 %, des ions perchlorates, à 66 %, des anxiolytiques (Oxazepam), à 64 %.

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La présence de perchlorates n’est pas surprenante : le bassin compte quatre des cinq sites de production français de PFAS (deux sites à Pierre-Bénite, dans le Rhône, un à Tavaux, dans le Jura, et un à Salindres, dans le Gard), mais aussi des industries qui utilisent ces substances dans leurs procédés. « En 2023, 21 substances PFAS [substances per-et polyfluoroalkylées (3) ] ont été analysées dans 540 stations en cours d’eau et 442 en eaux souterraines. Elles ont été quantifiées dans 71 % des stations en cours d’eau et 50 % des stations en eaux souterraines », a également relevé l’agence de l’eau..

La Dreal a établi des cartes de vigilance à partir de la surveillance des milieux en croisant la teneur maximale observée (tous PFAS confondus) et le nombre de quantifications relevées dans chaque station depuis 2014. Ce document permet d’orienter la surveillance des services (4) .

Par rapport à 2022, 16 nouvelles stations ont été identifiées grâce à l’amélioration des connaissances comme nécessitant une vigilance accrue. « Ces points concernent des contaminations déjà existantes, a souligné Jean-Philippe Deneuvy. Nous n’avons pas de nouveaux secteurs sur lequel des pollutions sont apparues. C’est un point rassurant par rapport à l’imprégnation globale des milieux. »

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1. Lire Elaboration des Sdages 2022-2027 : le défi du bon état des eaux<br />
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-2-https://www.actu-environnement.com/dossier-actu/bon-etat-directive-cadre-europeenne-eau-dce-sdage-2022-2027-consultation-872. Télécharger la synthèse de l’état des lieux de l’Agence de l’eau RMC
-3-https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-45034-etat-des-lieux-eaux-superficielles-souterraines-agence-eau-rmc.pdf3. Lire notre dossier PFAS : une pollution qui redevient visible
-4-https://www.actu-environnement.com/dossier-actu/PFAS-eau-industries-villes-reach-polluants-eternels-mousses-anti-incendie-vallee-chimie-954. Une Task force interministérielle a été mise en place pour surveiller les zones concernées par les contaminations.
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