Le Juste du Vieux Montmaur en Diois
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Jacques Mesnil, en dépit de son faux nom, n’était pas Français (il était né en Belgique, s’appelait en réalité Dwelshauvers et avait longuement vécu en Italie).
Et, en 1940, il n’était plus qu’un de ces réfugiés fuyant le nazisme triomphant. En bref, il n’était plus rien qu’un apatride, un « migrant », comme on dirait aujourd’hui avec mépris, pitié et un soupçon de peur.
C’était pourtant un fils de bonne famille. Il avait suivi des études de médecine (dont il ne fit rien car il n’exerça jamais), puis de lettres et d’histoire de l’Art (ce qui n’a – c’est connu – jamais mené non plus à rien). Il réussit néanmoins à publier en 1938 un livre sur le peintre Botticelli, qui fait encore autorité aujourd’hui (réédité en 2017). En dehors de ce succès d’estime, ce n’était rien d’autre qu’un dilettante, un « intello-bobo », comme on dirait aujourd’hui avec mépris, pitié et pas mal de jalousie.
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Ce fut surtout un intellectuel aux idées troubles et dangereuses. Rallié d’abord à l’Anarchisme, ami proche d’Élysée Reclus, ce sulfureux géographe que l’on soupçonne d’avoir été l’initiateur de l’écologie, il se rapprocha ensuite du Communisme, publiant dans l’Humanité, avant de s’en éloigner pour rejoindre d’autres mouvements révolutionnaires comme ceux d’Henri Barbusse et Pierre Monatte.
Ses collègues de la revue « Van Nu en Straks » s’opposèrent à la publication d’une de ses nouvelles, («Wellust » ou «Volupté ») en raison de sa sensualité jugée licencieuse. En résumé, on le voit, il n’était rien qu’un obsédé textuel, évidemment farouchement opposé au mariage. Comme quoi la révolution est bien antérieure à Mai 1968…
C’est à ce migrant, cet intello et cet esthète d’avant-garde que je voudrais rendre hommage aujourd’hui. Jean-Jacques Dwelshauvers, alias Jacques Mesnil, repose en paix au pied du vieux village de Montmaur en Diois. Sa légende ne dit pas s’il s’est suicidé là par amour, un an jour pour jour après le décès de sa fidèle compagne, Clara Koettlitz, rencontrée en Italie. Ou bien si, comme Stefan Zweig le fera en 1942, il voyait s’effondrer autour de lui tout espoir de voir émerger ce monde libertaire et humaniste dont il avait tant rêvé.
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Peu importe. Je ne peux, en ce 13 Novembre, que lui rendre un hommage sincère et fraternel. C’était juste un homme libre et d’avant-garde. Et même si notre époque et ses jugements simplistes sont sans doute plus absurdes encore que la sienne, il faut continuer à croire en des gens de conviction comme lui. Il en reste si peu aujourd’hui…
Mesnil publia d’importants pamphlets anarchistes : Le mouvement anarchiste en 1895 et Le mariage libre en 1901. Comme anarchiste, il détestait le militarisme et l’autorité politique de l’église. En 1897, il rentra en Belgique où il fit la connaissance de l’anarchiste et géographe Élisée Reclus. Il revint à Florence pour recevoir son diplôme de médecine, mais il n’exerça jamais la profession de médecin. Il resta à Florence, poursuivant des études historiques dans un isolement auto-imposé, loin de la dégradation urbaine des classes les plus pauvres, avec lesquelles il s’identifiait. Toujours en Italie, Dwelshauvers rencontra sa future compagne Clara Koettlitz (une collègue de Reclus)et il devint un ami proche d’Aby Warburg et de Giovanni Poggi.
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Œuvres
- « L’Éducation des peintres florentins au XVe siècle », Revue des Idées, 15 septembre 1910, p. 195-206.
- L’Art au nord et au sud des Alpes à l’époque de la Renaissance : études comparatives, Bruxelles, G. van Oest & Cie, 1911.
- Esprit révolutionnaire et Syndicalisme, Paris, Temps nouveaux, 1914, texte intégral [archive].
- Italie du Nord : Piémont, Ligurie, Lombardie, Vénétie, Émilie, Toscane, Paris, Hachette, 1916.
- « Ce que devrait être un quotidien communiste », Bulletin communiste, no 52-53, 30 décembre 1920, texte intégral [archive].
- « Lénine : la Maladie infantile du Communisme », Bulletin communiste, no 10, 10 mars 1921, texte intégral [archive].
- « L’Art dans la Russie des Soviets », Bulletin communiste, no 8, 23 février 1922, texte intégral [archive].
- Masaccio et les débuts de la renaissance, La Haye, M. Nijhoff, 1927.
- Frans Masereel, Berkeley Heights, NJ, Printed Privately by the Oriole Pr., 1934 [Excerpted from, Ishill, Joseph. Free Vistas: an Anthology of Life & Letters. vol. 1. Berkeley Heights, NJ, Oriole Press, 1933 ].
- Botticelli, Paris, A. Michel, 1938.
- « On the Artistic Education of Botticelli », The Burlington Magazine 78, no 457, avril 1941, p. 118-123.
- Raphaël, Paris, Les Éditions Braun, [ 1943 ].
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