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La droitisation française démythifiée, et 2 autres conseils de lecture

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Le 16 Novembre 2024 
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En tête de notre sélection, le politiste Vincent Tiberj s’attaque à une idée reçue : les Français ne deviennent pas plus libéraux. Ce sont les failles de notre démocratie qui expliquent les derniers résultats électoraux.

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Chaque samedi, Alternatives Economiques sélectionne pour vous des livres qui méritent d’être lus. Cette semaine, nous vous conseillons : La droitisation française, par Vincent Tiberj ; Quand les travailleurs sabotaient, par Dominique Pinsolle ; Critique de la raison décoloniale. Sur une contre-révolution intellectuelle, par un collectif de chercheurs.

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1/ « La droitisation française. Mythe et réalités », par Vincent Tiberj

A l’heure du triomphe de Cnews, des scores historiques du Rassemblement national (RN) et de la nomination de Bruno Retailleau au ministère de l’Intérieur, difficile de croire que la France ne vire pas à droite. Et pourtant ! Dans son dernier ouvrage, Vincent Tiberj montre, en s’appuyant sur un indicateur statistique original – les indices longitudinaux de préférence –, que les citoyens sont de plus en plus ouverts culturellement, de moins en moins xénophobes, et qu’ils ne deviennent pas plus libéraux.

Comment expliquer alors les résultats électoraux, incontestablement favorables à la droite ? En mobilisant ses travaux sur l’abstention électorale, le sociologue pointe les failles de la démocratie française. Et décrit une « grande démission » de citoyens qui ne sont pas désintéressés de la politique, mais rejettent le jeu institutionnel et partisan. Bonne nouvelle pour la gauche, ces citoyens de plus en plus progressistes sont nombreux.

Il faudra cependant des changements institutionnels et politiques profonds pour convaincre ces électeurs de revenir aux urnes par choix, et non pas seulement par défaut quand l’urgence l’appelle.

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Vincent Grimault

La droitisation française. Mythe et réalités, par Vincent Tiberj, PUF, 2024, 310 p., 15 €.

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2/ « Quand les travailleurs sabotaient. France, Etats-Unis (1897-1918) », par Dominique Pinsolle

Il fut un temps où la CGT a été tentée d’intégrer la pratique du sabotage à ses modes d’action. Il faut entendre sabotage au sens de mauvais travail volontaire : trop lent, on laisse tomber ses outils dans la machine, etc., tout ce que la classe ouvrière peut inventer comme « ruses de guerre » contre les capitalistes pour améliorer son sort. Si on trouve la pratique en Ecosse dès 1889, elle a été théorisée en France par l’anarchiste Emile Pouget. Elle traversera l’Atlantique pour se retrouver chez l’IWW, un syndicat révolutionnaire américain.

Le livre montre qu’il y a eu beaucoup de théories mais que la pratique est restée marginale alors même que les adversaires des syndicats n’ont de cesse de la gonfler pour l’assimiler à la violence, la destruction et le crime. Les réflexions de Taylor sur l’organisation scientifique du travail sont parties de là : comment éviter tout ce qui peut freiner la production. Dès la fin des années 1910, l’idée même tombe en désuétude. Un pan méconnu de l’histoire économique.

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Christian Chavagneux

Quand les travailleurs sabotaient. France, Etats-Unis (1897-1918), par Dominique Pinsolle, Agone, 2024, 455 p., 25 €.

 

3/ « Critique de la raison décoloniale. Sur une contre-révolution intellectuelle », par un collectif de chercheurs

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S’il y a un domaine au carrefour de la sociologie et de l’histoire qui a considérablement progressé ces dernières années et où le débat fait rage, c’est celui des études décoloniales. Ce néologisme un peu étrange a imposé une doxa où il conviendrait de tout décoloniser (l’art, le savoir, le droit…) au motif que les imaginaires et la culture occidentale sont intrinsèquement coloniaux et donc porteurs de logiques racistes.

Comme le dit Mikaël Faujour dans la présentation de ce remarquable livre collectif (dont les contributeurs sont natifs d’Amérique latine) : « Si la théorie décoloniale s’est formée à partir de ce site spécifique qu’est l’Amérique, faisant de 1492 un moment charnière dans l’histoire, elle a vocation dès le début à être transposée au sein d’autres aires géographiques et culturelles, et à fournir une grille d’analyse plus vaste du monde actuel […]. »

On sait qu’aujourd’hui, les thèses décoloniales jouissent d’une certaine audience chez les jeunes et étudiants politisés. Ce livre, par ses éclairages divers puisant aux sources de ces théories, permet d’en comprendre leurs linéaments, leurs méandres et les raisons de leur diffusion dans la quasi-totalité des régions du monde.

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Christophe Fourel

Critique de la raison décoloniale. Sur une contre-révolution intellectuelle, par Collectif, Coll. Versus, L’échappée, 2024, 255 p., 19 €.

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