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Trouble narcissique, vol d’héritage et vulgarité… On a (re) lu pour vous le livre de la nièce de Donald Trump

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7 novembre 2024 

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Mary Trump

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Couverture du livre « Too Much and Never Enough. How My Family Created the World’s Most Dangerous Man »de Mary Trump, en librairie lors de sa sortie aux Etats-Unis en juillet 2020. 

Après avoir lu cet ouvrage, qui vient tout juste d’être réédité en poche chez Points, vous saurez tout sur la psychopathologie du 45ᵉ et désormais 47ᵉ président des Etats-Unis. Et sur les traumas originels qui peuvent l’expliquer.

Lorsqu’on grandit dans une famille de fous, il y a de grandes chances d’en devenir un·e à son tour, et de peut-être terminer thérapeute, d’excellent niveau, aux circuits de perception ultracâblés. C’est le cas de Mary Trump, la nièce du président américain, qui a décrit admirablement la monstruosité de sa famille dans son livre « Too Much and Never Enough » (« Trop et jamais assez »), sorti aux Etats-Unis en juillet 2020. La doctorante en psychologie clinique y a tracé les lignes entre la sociopathie de son grand-père, Fred Trump, et les destins de ses cinq enfants : Freddy, Maryanne, Elizabeth, Donald et Robert. Alors que Donald Trump vient de remporter la présidentielle américaine, s’apprêtant à accéder une seconde fois à la Maison-Blanche, nous republions cet article.

Etre la fille de Freddy, l’enfant maudit de la famille, a condamné l’héritage de l’autrice, mais lui a permis de s’extirper de ce clan où règnent la cooptation, l’ego, les mensonges, la méchanceté et le fric.

 

La nièce du président américain démarre son livre sur l’anniversaire de ses tantes (80 et 75 ans) à la Maison-Blanche, en 2017. C’est peut-être cette soirée qui l’a décidée à écrire. Trois ans plus tard, à l’approche des élections, elle publie un portrait de son oncle vu nulle part ailleurs. On a lu pour vous ce best-seller qui s’est déjà vendu à plus d’un million d’exemplaires. Voici ce qu’il faut en retenir en dix points.

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1. Famille dysfonctionnelle à la Maison-Blanche

Quand elle était petite, Mary Trump aimait son nom de famille (crié en plein cours de voile, il sonnait comme celui d’un enfant n’ayant peur de rien). Son rapport à son patronyme a changé quand ce dernier s’est mis à désigner des immeubles de Manhattan. Et en 2017, pour le double anniversaire de ses tantes, elle atterrit dans un hôtel Trump. La déco n’est pas si mal, se dit-elle, mais son nom, affiché partout, lui donne le tournis. Il surgit du minibar. « Je me suis servi du vin blanc Trump que j’ai fait couler dans ma gorge Trump. »

Fâchée avec le clan depuis son éviction de l’héritage grand-paternel, Mary retrouve ici l’oncle orgueilleux et vulgaire d’autrefois. A propos de Lara, la femme de son fils Eric, sa belle-fille donc, Donald lance : « Franchement, j’avais aucune putain d’idée de qui c’était jusqu’à ce qu’elle prononce un bon discours pour moi en Géorgie. »

Au cours du dîner, la famille rit d’un épisode culte : Freddy, le père de Mary, a un jour renversé un bol de purée sur la tête du petit Donald. A l’évocation de ce souvenir, l’autrice voit le président se renfrogner : l’humiliation est encore vive. En regardant les convives, Mary Trump réalise que l’Amérique a élu un homme qu’aucun de ses frères et sœurs n’a soutenu pendant sa campagne. Elle sait que Maryanne, la grande sœur, a eu du mal à supporter de voir le candidat républicain utiliser l’alcoolisme et la mort de Freddy à des fins politiques (un audio volé de Maryanne, dépitée par le mandat de son frère, a d’ailleurs récemment fuité dans le « Washington Post »). Chez Mary, la résignation a pris le dessus lorsqu’elle a constaté l’impassibilité des Républicains après l’épisode « attraper les femmes par leur vagin ».

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2. Absence de la mère

Le père de Donald Trump, Fred Trump, est un enfant d’immigrés allemands qui n’a, de souvenir de petite-fille, jamais montré le moindre signe d’empathie. « C’est un sociopathe de haut niveau », écrit-elle, dans la mesure où son trouble ne l’a pas empêché de faire fortune.

Lorsque sa femme, Mary Anne MacLeod (arrivée d’Ecosse à l’âge de 20 ans pour trouver un mari) a failli mourir des suites de l’accouchement de Robert, le dernier enfant, le patriarche n’a pas versé une larme. Elle a finalement été hospitalisée près d’un an. Un temps durant lequel Donald, 2 ans et demi (« un âge crucial de son développement ») n’a bénéficié d’aucun soin. « Quand on a de la chance, un des deux parents est émotionnellement disponible, comble nos besoins sur la durée et répond à notre désir d’attention », écrit-elle. Cela permet de créer un « lien d’attachement sécure » et de développer ses capacités d’empathie.

Le président des Etats-Unis n’a pas eu cette chance.

En ces temps de pandémie, on apprend au passage que Friedrich, le père de Fred Trump, le grand-père de Donald, est mort de la grippe espagnole.

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3. « Tough guy »

Autre saveur d’enfance : Donald Trump a été témoin de la démolition psychique de son grand frère Freddy. Le « vieil homme » (« old man ») voulait un fils fort. Puissant. Pas comme son propre frère, John, un professeur sans ambition. Il défendait une philosophie de vie basique selon laquelle les gens riches méritaient de l’être. La fragilité était pour lui le pire des défauts.

Dès son plus jeune âge, Freddy a donc « été écartelé entre la responsabilité que son père plaçait en lui et son inclination naturelle ». L’aîné des fils aimait faire des blagues. Sortir avec ses copains. Il avait le sens de l’humour, un goût pour l’aventure et une grande sensibilité. Ado, il s’est mis à mentir pour dissimuler ces penchants. A l’âge de 25 ans, dans un sursaut, il quitte la société Trump pour devenir pilote de ligne. Mais il est alors soumis à un harcèlement quotidien de son père, repris en chœur par Donald Trump. « Tu n’es qu’un conducteur de bus dans les airs [bus driver in the sky, NDLR] ! »

Freddy se met à boire, trop pour voler. De retour dans l’entreprise familiale, à moins de 30 ans, il est écrasé par son père. Chaque jour un peu plus. Jusqu’à en mourir.

Pendant tout ce temps, nous dit Mary Trump, le petit Donald s’est construit en antithèse. « Il a effacé tous les traits de personnalité qu’il aurait pu avoir en commun avec son frère. » Garçon incontrôlable, violent, abusif, il est envoyé dans une école militaire privée. Puis, après ses études, il s’introduit en force dans la société de son père : « Il devient cette créature de country clubs, harcelant, pointant toujours son doigt vers les autres, refusant de prendre ses responsabilités. » Son père, Fred Ier, est subjugué par son culot. « Transformé par sa présence. » « Au moment de son élection, sa peur et ses vulnérabilités étaient déjà enterrées si profondément qu’il n’avait plus à prendre en compte leur existence », écrit Mary Trump.

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4. Diagnostic

Selon l’autrice, la plupart des commentateurs et des journalistes pensent que Donald Trump a un trouble de la personnalité narcissique, et effectivement, il répond, dit-elle, à au moins neuf des critères listés par le DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux).

Mais pour elle, cette étiquette ne suffit pas à décrire le tableau clinique du président. Car son oncle répond aussi aux critères du trouble de la personnalité antisociale (sociopathie). Et à ceux du trouble de la personnalité dépendante. Elle pense également qu’il pourrait souffrir, depuis l’enfance, de difficultés d’apprentissage non repérées. Et que sa consommation quotidienne de Coca Light (douze par jour) et son manque de sommeil pourraient contribuer à un mauvais état général.

« Les pathologies de Donald sont si complexes », et ses comportements si souvent inexplicables, « qu’il faudrait une batterie de tests », dit-elle, pour poser un diagnostic définitif. Par ailleurs, « Donald a été institutionnalisé la majorité de sa vie adulte et il est impossible de savoir ce qu’il serait devenu dans le monde réel ». Durant son premier mandat, le personnel de la Maison-Blanche l’aura aussi protégé de son « propre désastre ».
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5. Mythe du « self-made-man »

Donald Trump est passé par l’université Fordham dans le Bronx (New York), ce dont il ne se vante pas. Puis, il aurait, selon Mary Trump, recruté un jeune garçon, Joe Shapiro, « un pro des tests », pour aller passer l’examen (le SAT) à sa place. C’est ce qui lui aurait permis d’intégrer la Wharton School (école de commerce de l’université de Pennsylvanie).

Au sein de l’organisation Trump, Donald, focalisé sur Manhattan, engrange ses premiers succès en s’aidant des réseaux et de l’argent de son père (413 millions de dollars investis dans son fils). A ces débuts, il publie le livre « The Art of the Deal » qui est un succès commercial. Mais à la fin des années 1980, les banqueroutes s’enchaînent.

« Quand les choses ont commencé à virer à la catastrophe, Fred ne pouvait plus admettre l’inaptitude de son fils. Il ne pouvait plus que se convaincre du contraire. Son monstre s’était émancipé. »Donald Trump ne cesse, d’une part, de s’endetter et, d’autre part, d’augmenter son train de vie. C’est, selon Mary Trump, l’émission de la NBC du producteur Mark Burnett qui le sauvera « après une décennie de dépôts de bilan ». Dans « The Apprentice », Donald Trump joue un entrepreneur de génie, un Dieu tout-puissant de Manhattan qui apprend la vie à des jeunes surdiplômés. A chaque fin d’émission, il vire un candidat (« You’re fired »). Dans l’imaginaire des Américains qui ont regardé la série, Donald Trump imposera toujours un certain respect. (Pour rappel, l’une des candidates, Summer Zervos, l’a accusé d’agression sexuelle).

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6. Des cadeaux magnifiques

En 1977, à l’occasion d’une fête de Noël, Donald Trump offre à sa nièce des sous-vêtements à 12 dollars achetés chez Bloomingdale’s. Cette année-là, le frère de Mary obtient lui un agenda en cuir qui a deux années de retard. Une autre fois, Mary se souvient d’avoir reçu un panier garni avec des boîtes de sardines à l’intérieur. Leur mère se verra quant à elle offrir, de la part de la femme de Donald, Ivana, un sac de marque avec un mouchoir usé à l’intérieur.

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7. L’après-midi au ciné

L’après-midi du 26 septembre 1981, un des grands-parents de Mary appelle une ambulance pour qu’elle prenne en charge leur fils Freddy. A ce moment-là, l’existence même du fils aîné, malade, alcoolique, loser vivant au domicile parental, rend le patriarche furieux. Mary Trump raconte que sa grand-mère, qui savait que son fils était dans un état physique lamentable, lui a bloqué l’entrée de la maison quelques jours avant sa mort. L’autrice précise aussi que Donald et Elizabeth sont allés au cinéma ce 26 septembre, alors que l’état de leur grand frère se dégradait. Personne n’est allé le voir à l’hôpital. Il est mort le soir même à 42 ans. « Je n’attendais aucune larme, sauf peut-être de ma grand-mère, mais Donald et surtout mon grand-père ne se sont vraiment pas du tout laissés abattre. »

Le père de Mary voulait être incinéré, pour ne pas être enterré. L’idée d’être mis sous terre le terrifiait. Mais sur décision du vieux, il a été incinéré et enterré.

« Au Thanksgiving suivant, le premier sans lui, Donald et son père ont parlé comme d’habitude de politique, de business, et de la laideur de certaines femmes. »

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8. L’histoire du livre

Un jour, Donald Trump appelle sa nièce. Il est tombé sur un texte d’elle et trouve qu’elle écrit bien. Au téléphone, il lui demande si elle serait d’accord pour écrire son troisième livre. « Il fallait le montrer émergeant des profondeurs, victorieux et plus successful que jamais. Il n’y avait pas grande matière pour illustrer ce récit, vu qu’il était en train de vivre une quatrième banqueroute avec le Plaza Hotel, mais je devais essayer. »

Problème : à chaque fois qu’elle entre dans son bureau pour l’interviewer, il lui parle de golf. Un jour, il lui tend une cassette de travail sur laquelle il a pris des notes vocales. Une logorrhée dans laquelle il parle de femmes qui, après l’avoir éconduit, sont soudainement devenues des harpies, des grosses souillons. « J’ai arrêté de demander des interviews. » Au bout de quelques semaines, Donald la fait virer par son éditeur. Ce qui tombait bien. « Après tout ce temps passé avec lui, je n’avais pas la moindre idée de ce qu’il faisait. »

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9. Ivana, Marla et Melania

Avant de se faire virer, Mary Trump a eu le temps de se rendre quelques jours à Mar-a-Lago, l’immense propriété de son oncle à Palm Beach, en Floride. Elle y rencontre Marla, qui a succédé à Ivana (et avec laquelle Donald Trump aura une fille à la voix grave : Tiffany). La nièce de Donald découvre une femme beaucoup plus douce qu’Ivana. Qu’elle ne reverra plus. En 1997, elle sera quittée par l’intermédiaire d’un courrier FedEx et remplacée par Melania, un mannequin slovène de 28 ans qui peut rester silencieuse tout un repas. (Pour en savoir plus sur Melania, on vous conseille cet article de « Vanity Fair » où l’on découvre, entre autres, qu’elle se serait engagée, pour avoir un enfant, à retrouver un corps identique à son corps d’avant grossesse.)

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10. Déshéritée

A la mort du vieux Trump, en 1999, la fortune de la famille, évaluée à plusieurs dizaines de millions de dollars, est divisée entre les quatre enfants vivants. Comme si le fils aîné n’avait pas existé. « Comme mon père était mort sans le sou, ses enfants n’avaient le droit à rien. »

Le clan fait pression sur les héritiers de Freddy pour qu’ils signent ce testament injuste. Donald les menace même d’annuler l’assurance-maladie qui les protège, alors que l’enfant du frère de Mary a de gros problèmes de santé. Les enfants de Freddy finissent par céder. Vivent leur vie. Mary Trump se marie à une femme, avec laquelle elle a une fille.

C’est dix-huit ans plus tard, en 2018, que Mary Trump décide de riposter pour la première fois : elle aide des journalistes du « Times » à révéler les fraudes fiscales de son oncle. Elle ne supporte plus que Donald Trump inflige au pays la violence qu’il a infligée à son père.

Deux ans après, il y a ce livre. Avec en exergue, cette phrase de Victor Hugo : « Cette âme est pleine d’ombre, le péché s’y commet. Le coupable n’est pas celui qui y fait le péché, mais celui qui y a fait l’ombre. »

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Le débat public français n’en est pas encore au point extrême de dégradation qu’il atteint outre-Atlantique. Mais on y décèle déjà de premiers symptômes ( à suivre sur  MCD )

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« Trop et jamais assez. Comment ma famille a fabriqué l’homme le plus dangereux du monde », par Mary L. Trump, traduit de l’anglais par Valérie Le Plouhinec et Julie Sibony, Points, 288 p., 8,70 euros.

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Nolwenn Le Blevennec

 

 

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