«Ce n’est que le début de la catastrophe» : à Mayotte, le chant des oiseaux remplacé par les coups de marteaux
20/12/2024
Au milieu des parpaings en miettes, derrière le mur de sa maison dont il ne reste que quelques centimètres, Dini Dinis tente de faire du tri dans les débris. «Le mur de ma cour s’est effondré sur ma maison. Tout est à terre, témoigne cet habitant de Petite-Terre, île de l’archipel qui surplombe la baie. J’essaye de voir ce qui peut encore être utilisé, sinon il faut tout jeter.»
Dans ce quartier des hauteurs, tout a été ravagé. Sur la parcelle voisine, seuls des palmiers à qui il reste quelques feuilles, ainsi que des troncs, sont encore debout. La végétation luxuriante des collines environnantes a laissé place à un mélange de terre et de feuilles. Sur les trottoirs, les branches des arbres s’entassent au milieu des restes de tôle et des débris.
Avec des vents à près de 230 kilomètres heure (km/h) samedi 14 décembre, le cyclone Chido a tout emporté. Des cases en tôles, qui peuplent l’île, il ne reste quasiment rien. Même le chant des coqs, qui rythme les réveils des habitant·es, a disparu. Il a été remplacé par les bruits de marteaux sur les tôles, de ceux qui tentent de reconstruire au plus vite leurs cases.
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À l’horizon, pas un maki – le lémurien de Mayotte -, ni une roussette – chauve souris mahoraise qui peut atteindre plus d’un mètre. Depuis six jours, la vie semble suspendue. La priorité est de trouver de quoi boire et manger sur l’île privée d’eau et d’électricité.
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Coupée du monde
Sur le chemin, Neymar, huit ans, les bras chargés de bidons vides, se dirige vers l’un des robinets publics pour faire des réserves. Il faut marcher de longues minutes pour l’atteindre, et porter à bout de bras les bidons remplis au retour. Pas le choix. «On n’a plus rien pour faire à manger», confie-t-il. Pour Mato et Sergent, 14 ans, qui se baladent sur leurs vélos, l’urgence est plutôt de «trouver de la nourriture» avant la tombée de la nuit. Les deux garçons habitent à La Vigie, le plus grand bidonville de Petite-Terre, dont il ne reste que des débris de bois et de tôle. «On n’a plus de maison et rien à manger», confie Sergent, avant de croiser la route de Mohammed. L’homme file en direction de l’un des rares petits commerces encore ouverts. «On a besoin de bougies, lance le père de famille, qui tient sa petite fille par la main. On se dépêche avant qu’il fasse nuit.»
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Depuis le passage du cyclone, seul un supermarché en Petite-Terre a rouvert ses portes. Les client·es rentrent au compte-goutte et ne peuvent payer qu’en espèce, faute de réseau. Le système de téléphonie mobile est indisponible à 80%. «Nous n’avons aucune nouvelle du nord, du sud et de l’ouest de l’île», confie Florent, un habitant de Petite-Terre.
À 22 heures, tout le monde devra être rentré chez soi pour le couvre-feu, instauré depuis mardi 17 décembre. L’objectif : éviter les pillages qui font trembler la plupart des habitant·es. Car si la priorité est de trouver à boire, à manger, ou de reconstruire sa maison, il faut aussi protéger le peu d’affaires qu’il reste. «Il faut faire très attention, confie Abdoul, 41 ans. Dès que la nuit tombe, les jeunes rodent. Ils cherchent à entrer dans les maisons abîmées. Ils en profitent parce qu’on n’a pas de lumière.» Paul, l’un de ses voisins, est sceptique quant au respect de la nouvelle mesure : «Certains prennent ça au sérieux. J’imagine que le fait qu’il n’y ait personne dans les rues facilite les contrôles des gendarmes. Mais généralement, à 22 heures, tout le monde est déjà au lit.»
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«Les pluies vont tout emporter»
À l’extrémité sud de la Petite-Terre, près de l’aéroport de Mayotte, certain·es tentent de retrouver «un semblant de normalité». L’hôtel Ibis, inauguré en 2022, trône désormais au milieu des morceaux de verre et des débris. Les vitres de plusieurs chambres ont explosé et une partie du mobilier de l’établissement est hors d’usage. L’établissement fait partie des rares endroits de l’île qui accueillent encore du public. Mehdi*, fonctionnaire, est venu boire un café. Pour cet habitant de Petite-Terre, «ce que vit Mayotte actuellement n’est que le début de la catastrophe. Nous allons entrer dans la saison des pluies, tout va être emporté vers le lagon», envisage-t-il. Surtout, le cyclone, qui a fait 31 morts selon un bilan provisoire des services de l’État, laisse sans doute «plusieurs centaines, voire milliers» de victimes derrière lui, estime le préfet de Mayotte. Un bilan impossible à déterminer, selon l’État, car les corps sont très rapidement enterrés, comme le veut la tradition musulmane. «Les pluies qui arrivent pourraient faire ressortir les cadavres vite enterrés, craint Medhi. Et une crise sanitaire pourrait alors arriver.»
20/12/2024
* Le prénom a été modifié.
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Au Mozambique : 34 morts
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Les recherches de survivants continuent après le puissant séisme…
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Après le puissant séisme qui a touché lundi Port-Vila, la capitale du Vanuatu, le bilan provisoire est de 14 morts et 200 blessés.
![This screengrab taken from handout video footage posted on the Facebook account of Michael Thompson on December 17, 2024 shows a member of security inspecting a collapsed building in Vanuatu's capital Port Vila after a powerful earthquake hit the Pacific island. The 7.3-magnitude quake struck on December 17 at a depth of 57 kilometres (35 miles), some 30 kilometres off the coast of Efate, Vanuatu's main island, at 12:47 pm (0147 GMT), according to the US Geological Survey. (Photo by MICHAEL THOMPSON / Facebook account of Michael Thompson / AFP) / RESTRICTED TO EDITORIAL USE – MANDATORY CREDIT «AFP PHOTO / FACEBOOK / MICHAEL THOMPSON» - NO MARKETING NO ADVERTISING CAMPAIGNS – DISTRIBUTED AS A SERVICE TO CLIENTS [- NO ARCHIVE ]](https://i0.wp.com/cdn.unitycms.io/images/BhuyQRABKmM9gO_XWlccS4.jpg?resize=1080%2C720&ssl=1)
Les secours continuent mercredi de rechercher des survivants dans les décombres des bâtiments détruits par le puissant séisme qui a frappé la capitale du Vanuatu et fait au moins 14 morts, selon le gouvernement local.
Le tremblement de terre, de magnitude 7,3, est survenu à 12 h 47 locales la veille (02 h 47 suisses) au large de l’île principale de cet archipel du Pacifique, où se trouve Port-Vila.
D’après un bilan obtenu par l’AFP auprès du Bureau national de gestion des catastrophes, 14 personnes sont mortes: quatre qui étaient hospitalisées dans la capitale, six tuées dans un glissement de terrain et quatre dans un bâtiment effondré, selon ce communiqué en date de mardi soir.
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Un hôpital endommagé
Parmi les personnes décédées figurent deux ressortissants chinois, a rapporté l’ambassadeur de Pékin au Vanuatu à la télévision chinoise. Plus de 200 personnes ont reçu des soins à l’hôpital, d’après le bilan du gouvernement.
La secousse a provoqué des «dégâts structurels considérables» dans au moins 10 bâtiments parmi lesquels un hôpital, et a aussi endommagé trois ponts et deux lignes électriques.
Deux importantes réserves d’eau fournissant Port-Vila, «totalement détruites», vont nécessiter une reconstruction, selon ce même bilan. Le principal port de Port-Vila est quant à lui fermé «en raison d’un important glissement de terrain».
La responsable de la Croix-Rouge dans le Pacifique, Katie Greenwood, a également fait mention sur X de «beaucoup de dégâts aux habitations». Plusieurs bâtiments se sont effondrés, dont celui abritant la représentation française, «détruite» selon l’ambassadeur, précisant sur X que le personnel diplomatique était «sain et sauf».
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Pays vulnérable
Michael Thompson, un habitant joint par l’AFP via un téléphone satellite, a notamment fait état de ponts écroulés, de glissements de terrain et de trois personnes sorties de sous les décombres d’un commerce de trois étages détruit. «Malheureusement, l’une d’elles n’a pas survécu», a-t-il témoigné.
Les séismes sont fréquents au Vanuatu, archipel de basse altitude de 320’000 habitants situé sur la ceinture de feu du Pacifique, un arc d’activité tectonique intense qui s’étend sur la majorité du pourtour de cet océan.
Il est classé parmi les pays les plus vulnérables aux catastrophes naturelles telles que les tremblements de terre, les tempêtes, les inondations et les tsunamis, selon le Rapport annuel sur les risques mondiaux.
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Déploiements australiens et néo-zélandais
La France se tient «aux côtés des autorités vanuataises» et est disposée «à contribuer aux opérations de secours» si elles le demandent, a annoncé mardi son ministère des Affaires étrangères.
L’Australie, plus grand voisin du Vanuatu, procède, elle, mercredi au déploiement par avions militaires de médecins et d’équipes de secouristes, a annoncé à la chaîne publique ABC le ministre de la Défense Richard Marles.
La Nouvelle-Zélande a de son côté fait décoller un avion de surveillance pour évaluer les dégâts, a déclaré dans un communiqué le ministre des Affaires étrangères Winston Peters, proposant d’envoyer des effectifs et des provisions «une fois que l’aéroport de Port-Vila aura rouvert».
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L’ambassade américaine fermée
«Nous nous tenons prêts à porter assistance au gouvernement du Vanuatu s’il en fait la demande», a indiqué sur X la mission diplomatique américaine en Papouasie-Nouvelle-Guinée, au nord-ouest de l’archipel meurtri.
L’ambassade de Washington à Port-Vila, établie dans le même bâtiment que celle de la France, «a subi des dommages considérables et est fermée jusqu’à nouvel ordre», a expliqué la même source, précisant que tout le personnel était «sain et sauf».
Une alerte au tsunami avait initialement été déclenchée par le Pacific Tsunami Warning Center (PTWC) dans la foulée du séisme, redoutant des lames d’un mètre de haut le long de certaines côtes du Vanuatu. Elle a depuis été levée. Une réplique de magnitude 5,5 a eu lieu après le tremblement de terre initial, suivie d’une série de secousses plus faibles.
Tribune de Genève : https://www.tdg.ch/vanuatu-les-recherches-de-survivants-continuent