En Géorgie, un chef de l’opposition violenté et arrêté avant une septième nuit de manifestations
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Depuis jeudi 28 novembre, des manifestations émaillées de violences ont lieu dans la capitale, Tbilissi, après l’annonce par le pouvoir du report à 2028 des ambitions géorgiennes d’intégrer l’Union européenne.
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Nika Gvaramia, chef du parti Coalition pour le changement, entouré de policiers avant sa détention à Tbilissi, en Géorgie, le 4 décembre 2024
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Des policiers cagoulés ont brutalisé puis embarqué Nika Gvaramia, dirigeant d’un parti d’opposition, Akhali, mercredi 4 décembre, selon des images diffusées en direct par la chaîne de télévision indépendante Pirveli. Des perquisitions ont également eu lieu dans les bureaux du parti d’opposition Droa ce même jour, avant une septième nuit attendue de manifestations contre le pouvoir, accusé de renoncer aux ambitions européennes du pays.
Sur des images diffusées sur Facebook par une militante de Droa, Tata Khoundadze, des policiers, lors de cette descente, saisissent notamment des bouteilles avec un liquide jaunâtre, des bombes de peinture et des feux d’artifice. Le principal parti d’opposition géorgien, le Mouvement national uni (MNU) de l’ex-président emprisonné Mikheïl Saakachvili, a accusé les autorités d’avoir « lancé une campagne de terreur et de répressions tous azimuts contre les opposants ».
Il a fait état de perquisitions visant deux autres partis d’opposition et accusé la police de confisquer téléphones et ordinateurs portables, ainsi que de bloquer l’accès aux bureaux des jeunes du MNU. « Ces raids violents visent à intimider la population et à réprimer les manifestations », a dénoncé ce parti dans un communiqué.
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Des élus d’opposition refusent de siéger
Les manifestations émaillées de violences à Tbilissi, la capitale, ont éclaté jeudi 28 novembre après l’annonce par le pouvoir du report à 2028 des ambitions de cette ex-république soviétique du Caucase d’intégrer l’Union européenne. Ce choix a mis le feu aux poudres dans un climat politique déjà détérioré. Le parti au pouvoir, le Rêve géorgien, est accusé de dérive autoritaire prorusse, et l’opposition assure qu’il a truqué les élections législatives de fin octobre. Les résultats de ces élections ont aussi été remis en question par des pays occidentaux. Des élus d’opposition ont refusé de siéger au Parlement nouvellement élu, dénoncé comme « illégitime » par les manifestants et des experts.
Les six précédentes nuits de mobilisation, qui avaient rassemblé des milliers de manifestants près du Parlement à Tbilissi, ont été dispersées par la police à l’aide de canons à eau et de gaz lacrymogène. Depuis la semaine dernière, des dizaines de milliers de personnes arborant des drapeaux européens et géorgiens sont descendues dans les rues de Tbilissi et d’autres villes de ce pays niché sur les rives de la mer Noire.
Mardi soir, des affrontements ont encore eu lieu entre la police, qui utilisait un canon à eau et du gaz lacrymogène à profusion, et des protestataires qui lançaient des feux d’artifice dans leur direction. « Onze manifestants, trois journalistes et un policier » ont dû être hospitalisés après ces heurts, a précisé le ministère de la santé. Dans l’après-midi de mercredi, un calme temporaire était revenu sur la place du Parlement à Tbilissi mais une manifestation est encore prévue dans la soirée, au même endroit, faisant craindre de nouvelles violences. Les autorités géorgiennes ont annoncé avoir arrêté ce jour sept personnes accusées d’avoir organisé des violences lors des manifestations ; elles encourent jusqu’à neuf ans de prison.
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Presque 300 personnes en détention
Le commissaire aux droits humains géorgien, Levan Ioseliani, a accusé la police de violenter les manifestants « de façon punitive », ce qui constitue « un acte de torture ». Ce défenseur public a dit avoir rendu visite à des protestataires placés en détention et blessés, constatant avec inquiétude que la majorité d’entre eux étaient gravement atteints à la tête ou aux yeux.
Quelque 293 personnes ont été placées en détention depuis le début du mouvement, a annoncé le ministère de l’intérieur mardi soir, et 143 policiers ont été blessés. Le premier ministre géorgien, Irakli Kobakhidze, a pour l’heure adopté une ligne intransigeante, menaçant l’opposition et refusant toute concession.
Mercredi, il a promis à nouveau de réprimer « l’opposition radicale » et des ONG qui, selon lui, organisent des « actions violentes » et tentent de déstabiliser le pays. « Personne n’échappera à ses responsabilités », a-t-il averti. La veille, il avait assuré que les Géorgiens l’avaient « mal compris » et que l’intégration européenne « progressait », en dépit du report qu’il a lui-même annoncé.
Irakli Kobakhidze a aussi déclaré, sans preuve, que les manifestations étaient le fruit d’une manipulation organisée de l’étranger. Les manifestants protestent tant en faveur de l’Union européenne qu’en opposition à la Russie et perçoivent les choix du gouvernement actuel comme un rapprochement envers Moscou. La Géorgie reste traumatisée par une brève guerre à l’été 2008 qui l’a opposée à la Russie, qui contrôle encore de fait 20 % de son territoire.
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Géorgie : des manifestations éclatent après la suspension des négociations d’adhésion à l’Union européenne
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Tbilissi a été le théâtre de manifestations pro-européennes dans la nuit de jeudi 28 novembre à vendredi. Alors que 79 % des Géorgiens souhaitent devenir membre de l’Europe, le parti pro-russe au pouvoir a déclaré jeudi rompre ses négociations d’adhésion à l’UE
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Un homme tient un drapeau de l’Union européenne alors que des personnes manifestent près du bâtiment du Parlement en opposition à la décision du gouvernement de retarder les négociations d’adhésion à l’Union européenne (UE) jusqu’en 2028, dans le centre de Tbilissi
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Des drapeaux de l’Union européenne ont volé dans les rues de la capitale géorgienne, Tbilissi, dans la soirée du 28 novembre, jusqu’au petit matin. Des manifestants se sont réunis devant le Parlement et le siège du parti pro-russe au pouvoir Rêve géorgien pour dénoncer la décision du gouvernement prise dans la journée de retarder à 2028 les négociations pour intégrer l’Union européenne. Selon une enquête publiée fin 2023, 79 % des Géorgiens souhaitent adhérer à l’Europe.
Peu après minuit, la police anti-émeute a tiré des gaz lacrymogènes contre les manifestants. Des agents masqués ont par la suite fait usage de balles en caoutchouc à l’encontre des protestataires. Ils ont battu certains contestataires ainsi que des journalistes présents. En face, les manifestants ont érigé des barricades qu’ils ont enflammées. Les médias locaux ont fait état de plusieurs arrestations. La présidente pro-occidentale Salomé Zourabichvili, en rupture avec le gouvernement, a dénoncé sur X une «répression» qui s’est poursuivie selon elle jusqu’à 6 h 30 du matin. Selon le ministère de l’Intérieur géorgien, 43 personnes ont été arrêtées lors de la manifestation «pour avoir désobéi aux ordres légitimes de la police et pour vandalisme»
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Les forces de sécurité utilisent des grenades lacrymogènes lors d’une manifestation devant le Parlement géorgien dans le centre de Tbilissi, le 28 novembre 2024
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Une rupture avec l’Europe
Dans la journée du 28 novembre, le parti pro-russe Rêve géorgien avait annoncé suspendre les négociations d’adhésion à l’Europe jusqu’en 2028, et refuser toute subvention budgétaire de Bruxelles. Pourtant, cela ne faisait même pas un an que la Géorgie avait obtenu le statut de candidat officiel pour devenir membre de l’Union Européenne. La cause de cette décision soudaine ? Le sujet brûlant des élections législatives du 26 octobre, contestées et boycottées par l’opposition pro-occidentale géorgienne, mais aussi par l’Union Européenne.
Le Parlement européen a communiqué jeudi 28 novembre à propos de ces élections, en rejetant les résultats. Les députés européens «demandent l’organisation d’un nouveau vote dans un délai d’un an» qui serait fait sous contrôle international. Bruxelles accuse Rêve géorgien d’être «entièrement responsable» d’un recul démocratique dans le pays et d’avoir manipulé l’élection. Le pays du Caucase a répondu aux déclarations européennes en les qualifiant de «cascade d’insultes».
La présidente Zourabichvili demande toujours l’annulation des législatives
Les relations entre la Géorgie et le Parlement européen se dégradent déjà depuis quelques mois. Fin juin 2024, le Conseil européen avait gelé le processus d’adhésion du pays à cause de l’adoption d’une loi sur la transparence de l’influence étrangère, qualifiée de «loi Poutine».
L’Union Européenne suit la ligne des pro-occidentaux géorgiens, qui qualifient l’élection de «fraude». Depuis lundi 25 novembre, les députés du parti de l’opposition refusent de participer aux discussions du Parlement nouvellement élu en Géorgie. Les députés de Rêve géorgien ont voté ce jeudi 28 novembre, à l’unanimité, pour qu’Irakli Kobakhidzé, actuel Premier ministre, conserve son poste, malgré le boycott des pro-occidentaux.
La présidente Salomé Zourabichvili, en rupture avec le gouvernement mené par Rêve géorgien, a déclaré «inconstitutionnel» le nouveau Parlement. Elle attend toujours une réponse à sa demande d’annulation des résultats des législatives auprès de la Cour constitutionnelle. Selon des experts, tout vote effectué par le nouveau Parlement ne peut être officialisé tant que la demande de Salomé Zourabichvili n’a pas été étudiée.
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APPIS et Libé