«Nous déclarons Damas libéré du tyran», proclame le groupe islamiste HTS en Syrie, Bachar al-Assad a fui la capitale
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Guerre au Proche-Orient : qui a gagné, qui a perdu ? par Selim Nassib
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Le président syrien Bachar al-Assad assiste au sommet extraordinaire conjoint arabo-islamique à Riyad, en Arabie saoudite, le 11 novembre 2023. Le sommet extraordinaire conjoint arabo-islamique qui s’est tenu dans la capitale saoudienne de Riyad a appelé à une cessation immédiate des opérations militaires à Gaza.
Aucun pouvoir n’est éternel. Aussi autoritaire soit-il. Le dictateur syrien Bachar al-Assad, 59 ans, en fait enfin l’amère expérience. Acculé depuis douze jours par une offensive éclair des rebelles syriens, il a fui dans la nuit de samedi 7 à dimanche 8 décembre sa forteresse, à Damas, et abandonné le pays en s’envolant depuis l’aéroport international de la capitale, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), une ONG basée au Royaume-Uni mais ayant de nombreux relais en Syrie.
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Bachar al-Assad «a quitté la Syrie après avoir donné des ordres pour une transition pacifique du pouvoir», selon la Russie
Le dernier rescapé des printemps arabes, qui avait vu de nombreux pays du Moyen-Orient s’embraser pour renverser leurs dictateurs, tombe à son tour, abandonné par l’armée et les forces de sécurité, après vingt-quatre ans au pouvoir. «Al-Assad a quitté la Syrie via l’aéroport de Damas, avant le retrait des membres des forces armées et de sécurité» du site, rapporte ainsi à l’AFP le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane, sur les coups de 4 heures du matin. «Nous déclarons la ville de Damas libéré du tyran Bachar al-Assad, annoncent également sur Telegram les rebelles du groupe islamiste Hayat Tahrir al-Sham (HTS). C’est le moment que les déplacés et les prisonniers attendent depuis longtemps, le moment du retour chez eux et le moment de la liberté après des décennies d’oppression et de souffrance.» Des propos repris par la suite sur la télévision publique. Ils ont également appelé les Syriens déplacés à l’étranger à rentrer dans une «Syrie libre» et à sauvegarder les biens de l’Etat syrien «libre».
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Le Premier ministre prêt à coopérer
Une demi-heure plus tôt, les combattants ont annoncé avoir pris la prison de Sednaya, à Damas, et libéré les détenus de cet établissement pénitentiaire symbole des pires exactions des forces d’Al-Assad, qualifié «d’abattoir humain». Les premières images publiées sur les réseaux montrent un détenu prostré à terre, terrorisé, incapable de répondre à la question : «Comment t’appelles-tu ?»
Le groupe HTS, qui mène la coalition des rebelles, venait alors d’entrer dans la capitale, où des habitants déclaraient à l’AFP avoir entendu des tirs nourris. Plus tôt dans la nuit, ils ont pris la ville de Homs. Après l’annonce de la fuite du «boucher de Damas», le Premier ministre s’est dit prêt à coopérer avec le «leadership» que choisira le peuple, et s’est aussi dit prêt pour toute procédure de «passation». Le chef de la coalition rebelle a, lui, appelé ses combattants à ne pas s’approcher des institutions publiques à Damas.
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Il aura donc fallu treize ans d’une guerre civile effroyable pour que le boucher de Damas s’en aille, en fuyant, contraint et forcé. Après plus d’un demi-million de morts. L’une des pires crises migratoires de l’histoire. Un califat mortifère autoproclamé qui, pour un temps seulement, aura fait trembler la planète et exporté ses soldats de malheur jusque dans les salles de concert européennes. Tout ça parce qu’un homme refusait de céder le pouvoir que son père avant lui imposait déjà d’une main de fer.
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Progression rapide des rebelles
Pourtant, il y a deux semaines encore, Bachar al-Assad semblait toujours aussi profondément installé dans son fauteuil de président dictateur, toujours autant soutenu par ses alliés russes et iraniens. La décapitation du Hezbollah au Liban, le peu d’empressement de Téhéran et Moscou, déjà bien occupés par ailleurs, à soutenir Bachar al-Assad, qui était aussi très affaibli en interne, a permis à une large coalition, dirigée par le groupe islamiste Hayat Tahrir al-Sham et repliée depuis des années autour de la ville d’Idlib, de reprendre le chemin de la guerre, mercredi 27 novembre. En à peine trois jours, ils ont pris Alep, la deuxième ville du pays déjà martyrisé au début de la guerre civile.
Dès le week-end dernier, des rumeurs, faisant état de coups de feu à Damas, laissaient entrevoir ce que personne n’osait croire : la chute probable du président tout-puissant. Son armée promettait une contre-offensive. Sans succès. Chaque jour qui a passé depuis n’a cessé de témoigner de sa faiblesse, et de son délitement. Jusqu’à la prise, jeudi 5 décembre dans l’après-midi, de la ville de Hama, à 140 km au sud d’Alep, sur la route de Homs. La progression rapide des forces rebelles n’a pas laissé à Bachar d’autre choix que de fuir pour sauver sa vie et celle de ses proches.
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Libérant du même coup les millions de Syriens victimes de son joug depuis tant d’années. Et qui rêveront de le voir un jour jugé pour ses crimes. Son départ ouvre désormais une question, aussi inquiétante qu’inconnue : qui pour lui succéder ? Que faire après tant d’années d’horreur pour relever un pays aussi blessé et morcelé ? Le dirigeant du groupe Tahrir al-Sham affiche pour le moment une façade plutôt très modérée. Reste à voir s’il s’agit d’une réalité ou d’un artifice de circonstance.
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