Verdict dans le procès de l’assassinat de Samuel Paty par un islamiste radicalisé : «Il y a eu une reconnaissance de la gravité de ces faits»
.
Avocate des parents et d’une sœur du professeur d’histoire-géographie décapité, Me Virginie Le Roy salue le verdict rendu vendredi 20 décembre par la cour d’assises spécialement composée de Paris et souligne sa portée «pour l’avenir».

.
Acmé de sept semaines d’audience sous haute tension, le moment était très attendu : vendredi 20 décembre, après trente heures de délibéré, la cour d’assises spécialement composée de Paris a rendu son verdict dans le procès de l’assassinat du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty, décapité le 16 avril 2020 à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) par un islamiste radicalisé. Les peines prononcées à l’encontre des huit accusés, de trois ans avec sursis à seize ans de réclusion criminelle pour les deux amis du terroriste Abdoullakh Anzorov (Naïm Boudaoud et Azim Epsirkhanov), sont plus lourdes que celles requises par le parquet. Avocate des parents de Samuel Paty et de sa sœur Gaëlle, Me Virginie Le Roy y voit «un signal fort».
.
Votre sentiment et celui de la famille Paty au lendemain du procès ?
Le maître mot est : soulagement. Nous sommes soulagés parce que le parquet général nous avait prévenus – et ceci assez tôt dans le procès, lors de la troisième semaine – qu’il allait abandonner la qualification de «complicité d’assassinat terroriste» et qu’en termes de peines, les réquisitions ne seraient pas très hautes. On n’était alors qu’au début des interrogatoires de fond [sur les faits, leurs circonstances, ndlr], c’était assez incompréhensible et choquant pour la famille. Sachant que nos convictions ont été renforcées au terme des interrogatoires des deux complices. L’un d’eux [Naïm Boudaoud] est quand même revenu sur toutes ses auditions, soutenant n’avoir pas su qu’Abdoullakh Anzorov était radicalisé… Ils ont adopté des positionnements non seulement invraisemblables mais insultants. Ces mensonges, l’absence de réponses plausibles, ces postures à longueur d’audiences ont été très violents pour la famille. Il était donc hors de question, pour nous, de renoncer à cette qualification.
.
Comment aviez-vous vécu les réquisitions du parquet national antiterroriste, revues à la baisse ?
Très mal. Avec un sentiment d’abandon. J’ai récupéré mes clients en pleurs, on est allés se mettre dans une salle à côté. Et pourtant je les avais prévenus. Mais il y avait un tel décalage… On avait tellement parlé de Samuel Paty, glorifié le hussard de la République, il y avait eu tant d’hommages, toutes choses qui leur ont fait beaucoup de bien d’ailleurs, et voilà que le parquet fait machine arrière sur les qualifications, propose des peines qui ne sont pas à la hauteur, c’est un coup terrible.
.
Le verdict a été incertain jusqu’au bout…
Complètement. Nous ne savions pas à quoi nous attendre. J’étais fébrile quand l’audience a repris pour le verdict. J’avais fait le choix de plaider sur les faits, infraction par infraction, c’était un réquisitoire, ce qui a d’ailleurs pu m’être reproché, mais je pense que nous avons été entendus. Quand le président de la cour dit : «Ces faits d’une barbarie absolue constituent une atteinte irrémédiable aux valeurs de la République» et pointe qu’ils ont causé «un émoi considérable dans le pays», il y a une reconnaissance de la gravité de ces faits.
.
La défense dénonce un verdict politique, fait pour «apaiser l’opinion publique» ?
Les magistrats de cour d’assises, surtout en matière terroriste, sont très indépendants. L’opinion publique n’est pas leur sujet, ni la politique. Cela dit, au sens noble du terme, oui, ce verdict est politique car il marque une jurisprudence pour l’avenir, à partir d’un dossier assez inédit – on part des réseaux sociaux pour arriver à un attentat terroriste, tout se passe sur le sol français.
.
Vous dites qu’il fallait «un signal d’alerte»…
Oui. Un signal fort. Cet attentat a été commis avec une facilité hallucinante et il n’est pas possible de permettre la déresponsabilisation générale. Il est tellement facile de jeter de fausses polémiques sur les réseaux sociaux et de les entretenir qu’il est nécessaire que l’institution judiciaire, par ses poursuites et ses verdicts, marque le coup de cette évolution. Dans cette affaire, chaque accusé a eu une adhésion absolument naturelle à ce qu’on lui a demandé de faire… On parle beaucoup d’engrenage, mais il n’y a pas eu de résistance ! Comme je l’ai dit lors de ma plaidoirie, nous sommes à terre mais nous ne sommes pas naïfs.
.
En 2022, la famille de Samuel Paty avait déposé, avec vous, une plainte contre les pouvoirs publics, pour ne pas l’avoir assez protégé. Où en est-elle ?
A l’instruction. J’estime qu’il y a matière à demander des explications et des comptes. Samuel Paty a été ostracisé, non protégé, laissé dans une solitude terrible.
.
Trois des condamnés ont annoncé faire appel…
Nous nous y attendions et c’est leur droit. Mais nous avons été très combatifs, déterminés, et nous le resterons.
.
Mickaëlle Paty exfiltrée du procès sur l’assassinat de son frère face à la colère de familles d’accusés.
.
Mickaëlle Paty a été exfiltrée lors d’une audience sous tension, au moment du rendu des verdicts pour le procès de l’assassinat de son frère, Samuel Paty, vendredi 20 décembre.
.

Après sept semaines d’audience, la cour d’assises spéciale de Paris a rendu son verdict à l’issue du procès des individus jugés pour le meurtre de Samuel Paty. Au cours d’une audience électrique, vendredi 20 décembre, durant laquelle tous les accusés ont été condamnés d’un à seize ans de prison, la sœur du professeur, Mickaëlle Paty, a été exfiltrée.
Lorsque les peines ont été annoncées par la cour qui les a tous déclarés coupables de « complicité d’assassinat terroriste », des voix contestataires des familles des tueurs se sont élevées dans l’assemblée, notamment lorsque Brahim Chnina et Abdelhakim Sefriou, jugés pour avoir lancé une campagne de haine sur les réseaux sociaux contre Samuel Paty, ont écopé de treize et quinze ans de prison.
Mickaëlle Paty n’a pas pu s’exprimer à la fin du procès
Pour éviter les débordements et faire évacuer la sœur de Samuel Paty, les forces de l’ordre se sont alors rapprochées de la partie civile, à qui elles ont glissé : « On va vous faire sortir par une autre porte. » Mickaëlle Paty n’a donc pas pu s’exprimer devant les caméras, comme il est d’usage à la fin d’un procès. Encore le dictat des tueurs et leurs affidés !
MCD